Jamais connu le calme de l’enfance. Ou par instants, mais si brefs. Après-midi de novembre. Je le suivais à travers champs, tentant de mettre mes pas dans les siens, très grands. Il se retournait de temps en temps. Peut-être me souriait-il ! Une lumière grise, rouillée, d’aucune saison, un étouffement serein étant associé tout naturellement à cette lumière-là. La position des étoiles, les vertus des simples, la couleur des tulipes, l’arrivée des loups et le vol des aéroplanes, il ne cessait de parler, une complainte par rafales, puis de longs silences, comme le un-deux des hirondelles. Parfois, je ne me souviens même plus de son visage, le vrai, pas celui des photographies. Je me souviens des tanks qu’il fabriquait avec des bobines vides de fil découpées soigneusement ; ils avançaient, remontés par un semblant de clé sur le côté. La nuit tombait près de la route. Elle m’appelait au loin, criait mon nom qui revenait derrière les blés. Quand elle nous a rejoints, elle avait un tablier bleu et tout était comme dans un livre d’images aux couleurs peintes et trop soulignées. |