Le Jour et l’Heure, « carnet de bord » des allées et venues de Gil Jouanard, relève d’une minutie clinique. Dans la lignée des Papiers collés de Georges Perros, il fait aussi écho à L’Heure de la sensation vraie de Peter Handke. [...] Apôtre de la nuance, Jouanard passe au scanner tout ce qui lui est périphérique. La grâce contre la pesanteur. « L’art du peu » rend net ce qui est devenu flou à force d’ôter leur sens aux mots. Il est bon que ce siècle de conflagrations laisse entendre une littérature chuchotée. Bernard Morlino, Lire, octobre 1998.
Descriptions et réflexions s’entremêlent, on sent l’auteur agacé ou goguenard quelquefois, drapé dans sa certitude que l’homme va « du rien absolu au néant parfait » ; un brin de désabusement, une trop brusque radicalité nous porteraient à penser qu’il s’exténue en « désesperrance » (quête de l’« origine », de l’« épanouissement d’une clarté sans illusions ») s’il n’était sincère. Le mot voyage est à lui seul une grande valise pleine de sens, le mot sens est à lui seul une autre valise aux significations multiples, et c’est ainsi que les poètes pérégrinent, à pied, en train, en avion, démultiplient leurs impressions par le moyen de l’écriture. Gil Jouanard s’interroge, s’explique sur ce va-et-vient du réel (le vécu, l’expérience) à la virtualité du texte qui devient à son tour de la réalité tangible. Á l’éphémère sensation, les mots confèrent une autre réalité, plus durable, celle-là même qui peut nous ramener au présent et au plaisir prolongé de ce présent. Josiane Bataillard, Le Quotidien jurassien, 19 septembre 1998.
C’est de la simplicité et de la densité du regard porté sur les êtres et les choses que dépend ici la qualité des sensations, des impressions et des intuitions couchées sur le papier. Un regard ne répugnant jamais quand il se porte sur les êtres à utiliser l’ironie, rarement féroce, s’attachant surtout aux « signes » toujours mouvants, approchant par des chemins obliques – en n’hésitant pas à se perdre dans le détail – une réalité par nature fragmentée et venant donc opportunément nous rappeler la méfiance que doivent inspirer les incessantes et soi-disant exhaustives explications d’un « réel », pourtant de plus en plus désincarné et difficile à circonscrire, dont nous sommes sans cesse bombardés. En littérature, comme partout ailleurs. Frédéric Joly, La Marseillaise, 29 août 1998. |