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  Journal à deux
(Diario a due)

  Paolo Barbaro

  roman
Traduit par Muriel Gallot

  200 pages
15 €
ISBN : 2-86432-119-X

Résumé

     Journal à deux reste un des romans les plus ambitieux de Paolo Barbaro, tant par l’écriture que par la recherche formelle.
     Dans un couvent de Padoue dont il entreprend la rénovation, Dario, le géomètre, écrit : «[...] j’ai idée que ce qui compte ce sont plutôt les fissures que les pierres. » Mots prémonitoires pour cet homme sceptique que sa rencontre avec sœur Adriana, la supérieure, mènera au bout de lui-même. À l’insu l’un de l’autre, tandis que se poursuivent relevés et travaux, chacun des deux tient un journal de plus en plus intime, à l’écoute d’une fragilité faite d’angoisse et de grâce. La maladie de Dario, le renoncement d’Adriana seront les deux visages, inquiétants et sublimes, d’une même conversion. Leurs voix qui, d’abord discordantes, semblent se rejoindre au fil des pages, inscrivent dans cet autre corps qu’est le livre une polyphonie abrupte, évoquant les figures primitives de Cimabue ou de Giotto.
     S’interdisant tout vain prestige, la langue de Paolo Barbaro, où alternent concrétion et clarté, cerne au plus près les fluctuations intérieures des personnages.



Extrait du texte

     Mais le voici, le petit oratoire, il est ouvert : un petit espace, après toutes les grandes églises que je me souvenais avoir vues dans l’agenda. Presque une catacombe. Si nous étions arrivés là tous les deux, par miracle, pour un moment encore, dans un endroit comme celui-là, nous l’aurions éprouvé ensemble – nous l’aurions réparti entre nous, me suis-je dit – le choc le plus mystérieux qui puisse traverser un être humain : le sentiment d’une affinité plus forte que toutes nos différences, qui subsistent pourtant – moi homme/elle femme, moi laïc/elle religieuse... et tant d’autres – sentiment plus intime et plus puissant que tout ce que nous avions éprouvé jusqu’à maintenant. Nous l’aurions partagé à deux et peut-être nous serions-nous sauvés. Il me fallait l’éprouver seul et cela me bouleversait. Seul restait clair le sentiment de cette terrible « affinité-coïncidente », comme nous disons, nous autres géomètres : les mêmes angoisses, les mêmes remords, la même poussière. Mais déjà ils s’apprêtaient à fermer.
     Dehors, vers l’hôpital, deux sœurs marchaient rapidement, s’éclipsaient sans bruit : comme entrent ou sortent certaines apparitions – un instant, mais elles laissent pour toujours un signe – à quelque moment irremplaçable de notre vie.



Extraits du dossier de presse français

     On ne parlera pas ici de bons sentiments, la bonne littérature suffit. Et si n’étaient déjà ce dialogue incisif qui se noue dès l’abord entre les âmes, Dario, Adriana et nous, cette intelligence du regard, il y aurait pour le moins l’éclat d’un style qui sait s’y prendre pour surprendre.

     G. Bergé, La Cité, Bruxelles, 5 septembre 1991

 

     Il ne suffit pas de restaurer un couvent en ruine pour lui redonner sens, il faut aussi, à certains moments, repenser la Règle et inventer un nouveau chemin. Ainsi s’élabore ce Journal à deux dont les voix, d’abord discordantes, semblent se rejoindre au fil des pages. Cela nous vaut un superbe récit à deux voix, où la rencontre de l’Autre fait ressurgir la question de l’identité, nouée dans l’enfance et dénouée ici dans l’anéantissement et la mort.

     Alberte Spinette, La Libre Belgique, 7 novembre 1991

 

     Pas plus que Bonaviri ou Dessì, Paolo Barbaro n’est un romancier traditionnel. Narrateur minutieux et lent, il n’hésite pas à sacrifier l’action au climat, les situations aux sinuosités psychologiques. Son style dépouillé, limpide, sa démarche rationnelle, tranchent sur ses contemporains, et l’on comprend qu’il trouve naturellement sa place chez un éditeur particulièrement attentif à la sensibilité poétique des écrivains italiens.

     René de Ceccatty, Le Monde, 20 décembre 1991