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  Les Jours perdus

  Jérôme d’Astier

  96 pages
12 €
ISBN : 2-86432-223-4

Résumé

     La douceur s’éteint : une mère s’affaiblit et disparaît, sous les yeux d’un enfant. Au pensionnat, il découvre un nouvel amour.
     Des années durant, ce souvenir fut une vérité silencieuse. Pour la restituer, l’adulte s’est efforcé de laisser parler le cœur d’autrefois. Sans rien ajouter à une vision chétive, entachée d’ombre et d’inconnu. Car l’enfance est à la fois fervente et négligente.



Extrait du texte

     Nous avons vécu des mois dans le silence. Il ne fallait pas faire de bruit, à cause de la maladie de ma mère. J’avançais sur la pointe des pieds dans les parages de sa chambre. Nous fermions les portes avec douceur.
     Plus tard, dans une boucherie, j’ai vu un poulet nourri au grain. Sa peau était toute jaune et la pitié a mis des larmes dans mes yeux. C’est que la peau de ma mère avait justement pris cette couleur.
     Je me demandais si, moi aussi, une fois, la maladie me teindrait.
     Dans ma prière du soir, sa guérison venait en premier. Elle maigrissait. Je fis tristement la découverte de ses os, car elle n’avait plus assez de chair pour les cacher. Adieu, chères courbes de son corps...
     Quand je lui disais de manger, elle répondait en souriant. Sa faim était devenue menue. Je devinais ses membres, grêles comme des rameaux secs, sous la robe de chambre. Des veines saillaient à ses poignets. Elle manquait de force pour me serrer dans ses bras.
     Sa chambre était pleine d’une odeur de médicament, épaisse et douce, opiacée. On la sentait sur elle, quand elle se promenait dans l’appartement. Un nuage l’enveloppait.
     Elle ne devait plus la sentir, cette odeur faussement apaisante. Il y avait en elle quelque chose du parfum qui reste autour des roses mortes, des amas de pétales en train de sécher dans les coupes, au bord du pourrissement. On avait beau aérer, elle était toujours là, saturant les tissus et les tentures, qui continuaient de l’exhaler, quand même il n’y eût plus de remède.



Extraits de presse

     [...] Un beau roman sur la mort d’une mère, l’histoire d’un enfant qui assiste à l’agonie. On lui cache tout, et il sait tout. Parce qu’il croit en un Dieu méchant qui exigerait des sacrifices, il donne ses jouets aux pauvres, puis, un jour, s’en va noyer son chat, l’animal préféré, tel un petit Abraham dont l’Éternel n’aurait par retenu le bras. Rien n’y fait : Dieu se détourne. Voici le fils devant le cadavre de sa mère.
     Jérôme d’Astier cherche une belle écriture tantôt timide, tantôt extravertie. On devine qu’il a travaillé, à la plume, jusqu’au moment où la phrase rend la douleur et le sentiment dans un naturel parfait. Cela s’appelle le talent. [...]
     Merci à Jérôme d’Astier de nous avoir dit à son tour que « la vie humaine commence de l’autre côté du désespoir ».

     Michel-Antoine Burnier, L’Express, 8 juin 1995.

 

     C’est une histoire d’amour traitée en demi-teinte, où les sentiments les plus violents, les plus absolus, et ils peuvent l’être avec autant de force chez un enfant que chez un adulte, avec leur part de désir, sont évoqués dans une langue maîtrisée, sans trace de complaisance.
     C’est très émouvant, et l’auteur dont c’est le premier texte publié, révèle un talent et une sensibilité exceptionnels.

     Notes bibliographiques, août-septembre 1995.

 

     Un texte entre ombre et clarté, d’une écriture lumineuse, d’une constante poésie...

     Maurice Chavardès, Témoignage chrétien, 16 juin 1995.

 

     Un premier petit livre lisse et tendu comme la peau d’un tambour que la moindre caresse, le simple feulement du regard lisant, fait vibrer d’émotion et pénètre le cœur.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 25 mai 1995.

 

     Il faudrait chercher longtemps, et avec une certaine mauvaise foi, pour trouver un défaut au premier roman de Jérôme d’Astier. On pourrait avancer les phrases qui ouvrent le livre, accolées les unes aux autres, comme posées précautionneusement au bord de la page. Des phrases propres, rangées. De la belle ouvrage pour dire un drame : la longue agonie d’une mère. Ces phrases, si précises, si légères presque, mesurent la distance rendue nécessaire pour permettre le récit. Jérôme d’Astier a dû les polir, en écarter plus d’une, les accorder comme on ferait d’un vieux piano fragile. Un travail d’orfèvre qui fait oublier la douleur. [...]
     Les Jours perdus n’est pas seulement un roman bien écrit, c’est aussi un livre salvateur, régénérateur. Il dit en silence ce que tout autre chose qu’un texte littéraire dirait avec mièvrerie et préciosité.

     Thierry Guichard, Le Matricule des anges, 15 juin 1995.

 

     Un beau récit, pudique, sensible, qui montre que toute entrée de la vie est une forme de deuil.

     Louise L. Lambrichs, La Croix, 14 mai 1995.



Radio et télévision

     Panorama, France-Culture, 17 mai 1995.
     Agora, par Olivier Germain-Thomas, France-Culture, 6 juillet 1995.