Au contraire du sillon que l’homme inscrit dans la terre, la frontière est une ligne abstraite, tracée à sa surface. Ligne qui sépare, protège ou fait violence, qui dessine les sinuosités de l’Histoire, les aléas de la puissance ou de la gloire. Ligne aussi qui passe et, là, s’inscrit, dans la conscience et le cœur des individus. Au-delà de références précises à l’Histoire sur lesquelles il s’appuie, le roman de Vegliani exprime toute la violence et l’ambiguïté de cette seconde inscription. [...] Le très beau et grave roman de Vegliani est plus qu’une simple démonstration. Récit limpide, rigoureusement maîtrisé et conduit, il mène insensiblement le lecteur jusqu’à l’extrémité d’une interrogation sur la nature et le sens de cette « frontière » qui déchire l’homme qu’aveuglément elle traverse. Un mot dont il faut rester économe s’impose ici : révélation.
Patrick Kéchichian, Le Monde, 14 décembre 1990
Où passe la frontière entre l’amour et la passade, le vrai et le faux, la loyauté et la trahison quand vacille l’image du père, de François-Joseph ou de Mussolini, qui incarne la patrie, fonde l’identité et dicte la loi ?
Paul-Jean Franceschini, L’Express, 27 décembre 1990
Composé de deux mondes romanesques étroitement imbriqués, le roman de Franco Vegliani se déploie pourtant avec une limpidité extraordinaire. Si le lecteur veut s’amuser à déjouer les renvois d’un plan à l’autre et les montages destinés à construire l’histoire d’Emidio Orlich, il peut aussi s’abandonner aux plaisirs du suspense. Car les fragments narratifs s’enchaînent avec une science très sûre des retardements et des anticipations, qui stimule la curiosité du lecteur et entretient habilement sa participation aux événements racontés. Dominés par une stratégie narrative sans faille, ces jeux de renvois se coulent dans une phrase somptueuse, qu’une excellente traduction française restitue parfaitement. Les éditions Verdier ont révélé là un écrivain remarquable.
Alberte Spinette, La Libre Belgique, 21 février 1991 |