Accueil
Littérature française
  Collection jaune
L’Image
Chaoïd
Fondation empreinte

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
grecque
japonaise

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines

Art et architecture

Tauromachie

Cuisine

Revues


vidéos

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  L’Autre Sonia
(La otra Sonia)

  Sonia García Soubriet

  Roman
Traduit de l’espagnol par Guy Suarès
Épuisé

  104 pages
ISBN : 2-86432-122-X

Résumé

     Le récit de Sonia est fait de mondes silencieux et d’émotions. L’apparition soudaine de l’effroi, au cours des nuits immenses de l’été ou la douceur magique des matins, suscitent dans le regard de la fillette un miroitement subtil de sensations.
     Rien de plus éloigné de la couleur locale que cette histoire simple du temps essentiel, du temps premier des êtres et des choses. Point n’est besoin de connaître les villages de la Manche, ni leurs maisons aux multiples recoins, écrasés de chaleur à l’heure de la sieste, pour se sentir d’emblée inclus dans ce décor, participant aux jeux étranges de la cousine, au prodigieux face à face de l’enfance et de la mort. Il suffit de se souvenir.



Extrait du texte

     Mes nuits de petite fille commençaient toujours de joyeuse façon. Cette joie étrange de nuit d’été.
     Bien que nous finissions sur la place, lorsque la nuit commençait nous cherchions les rues les plus solitaires pour jouer. L’esplanade des bicyclettes, la Plaza de los Abastos près du marché, parfois le chemin obscur dans la rue de doña Crisanta, qui après le fossé, la travée d’arbres passée, se transformait en un chemin de sable qui allait jusqu’aux aires, où se trouvaient les dernières maisons du village et le bidonville des gitans. Peu importait. Le tout était de sortir à la rencontre de ces lieux que seule la nuit faisait nôtres, sentir l’air de l’été, épier terrasses et balcons, écouter les bavardages de ceux qui prenaient le frais à la porte de leur maison ou surprendre le sommeil de quelqu’un à travers une fenêtre entrebâillée.
     Lorsque nous allions sur le chemin, nous nous arrêtions près des aires tandis que les chiens furieux aboyaient, remplissant le ciel et la nuit. Nous regardions les champs, les faibles lumières d’une voiture qui passait au loin, riant sans savoir pourquoi. Répondant aux chiens.
     Je me souviens à peine de nos jeux, mais oui des nuits si vastes, si chaudes, des murs encore tièdes de tant de soleil, du frisson froid qui s’élevait de chaque soupirail quand nous passions, la sensation de couper le vent en allant à bicyclette, et le rire. Nos rires pour rien, nos blagues qui réveillaient l’écho et agaçaient les voisins.
     À la fin seulement, nous retournions à la place, vide à ces heures, large, énorme, avec le bruit de la fontaine qui se mêlait aux conversations des soirées du Casino.
     Nous revenions alors que ceux de la dernière séance de cinéma en plein air étaient déjà partis avec leurs motos et le vacarme de toujours, alors que le village était vide et silencieux. Là, sur la place on entendait les cloches de l’horloge de l’église, qui annonçait quelque heure tardive, suivie par celle de la mairie, plus rapide et légère.
     C’était alors que la nuit changeait. En s’achevant, déjà de retour vers la maison, elle se teintait de tristesse. Je regardais la place avec inquiétude, avec une angoisse infinie. Une sensation de fin du monde m’envahissait.
     C’était la peur qui s’enchevêtrait dans les arbres, sur le sol rugueux où nous courions, c’était à cause d’elle que les gens se faisaient étranges, mes parents inclus.
     Je me vois revenant tête basse et très triste à travers les rues vides, écoutant l’écho de nos pas et les ronflements qui se faufilaient à travers les balcons entrouverts. Je pensais à mon lit et au sommeil comme à un refuge. Demain tout sera différent, me disais-je. Et c’était ainsi.



Extraits de presse

     Page des libraires, avril 1991
     par Hugo Marsan

     L’Autre Sonia, c’est d’abord Sonia García Soubriet elle-même qui se souvient de son enfance. Dans la maison des vacances, les nuits ont des tristesses voluptueuses de fin d’été. Dans l’appartement de Madrid, l’adolescence signe la fin des rêves, l’apprentissage de la douleur. Sonia, c’est la petite fille qui observe les adultes, c’est aussi le double qui surgit dans les cauchemars et pendant la maladie, une enfant qui sait déjà qu’elle va vieillir et que la chouette dont elle apprivoise le cri s’en va avec l’aube, l’abandonnant à cette contrefaçon de l’espoir que nous appelons réalité, le futur sans illusions qui s’enorgueillit de ses frontières.
     Autobiographie romancée, le récit est une prestigieuse mise en écriture des odeurs, des rires, des investigations fondamentales du désir et de l’amour. Grave, il capte – dans le regard d’une fillette – la mort somptueuse et rituelle, sorcière apprivoisée qui s’échappe aux premiers rayons du soleil et n’emporte que les vieillards que l’on a toujours connus cheminant vers elle. L’autre Sonia est un magnifique texte, de ceux qui détectent les fiertés vacillantes de la vie et les blessures qu’elle colmate avec courage. Chronique familiale, L’autre Sonia décline sa galerie de portraits, vieilles tantes crispées sur leur folie, compagnes de jeux que le temps dilue, parents trop proches pour incarner le mystère, ombres bienveillantes quelque peu aveugles. Mais c’est dans l’évocation des zones perturbées de l’enfance, quand tout est compris avant de pouvoir être formulé, que le récit atteint toute sa splendeur.

 

     La Montagne, 14 avril 1991
     par Daniel Martin

     L’Autre Sonia est un voyage en enfance. Un pays lointain d’où l’auteur n’a pas rapporté les habituels souvenirs de tendresse, de douceur et de fausse candeur. Elle est allée dans les recoins les plus obscurs à la recherche de ses angoisses de petite fille, de ses peurs anciennes. Une série de mystères qu’elle a ramenés à la lumière pour tenter de leur trouver une place dans sa vie d’adulte, « oui, les nuits commençaient toujours de joyeuse façon, propres comme une prolongation du jour, la peur surgissait brutalement, seule et nue, coupant net jeux et mots ».
     Dans la deuxième partie, avec Madrid, arrive l’hiver, l’école et tout un monde hostile qu’il faut affronter. C’est alors que l’autre Sonia prend toute son importance, « ce qui est vrai, c’est que j’ai su à cet instant précis que quelque chose de nouveau se passait en moi, parce que ce personnage minuscule, témoin permanent de ma vie, de chacun de mes actes, celle qui regardait à travers mes yeux et respirait de mon souffle, ne m’abandonnerait jamais ».
     Mais un jour, elle est partie... Comme l’enfance !
     Sonia García Soubriet a écrit ce texte entre ombre et lumière. Ce n’est ni un roman ni un récit, plutôt un long poème en prose dont chaque mot, chaque image, chaque rythme, aurait été choisi, après maintes hésitations, au plus juste.
     L’Autre Sonia est à lire – peut-être comme il a été écrit – lentement, pour que le temps puisse opérer entre chaque chapitre.

 

     L’Express, 30 mai 1991
     par Jean-Paul Frenceschini

     Il est difficile de rendre avec plus de finesse que dans cette brève et mélancolique évocation le sentiment d’irréalité, l’oscillation entre éblouissement et détresse, l’incertitude de tout début dans la vie.

 

     Le Quotidien de Paris, 13 mars 1991
     par Gérard de Cortanze

     La belle audace de ces pages tient à l’utilisation toute linéaire qui est faite des jeux de la mémoire. Aucune aspérité, aucune brisure mais une suite « musicale » de sensations, de silences, d’effrois, de pudeurs dissimulées. Avec, pour toile de fond, des jeux de couleurs et d’ombres.

 

     Gai pied hebdo, 14 mars 1991
     par Hugo Marsan

     L’écriture très belle (excellente traduction) ressuscite un monde d’odeurs et de gestes ô combien évocateur d’une vie provinciale où chacun joue son rôle dans le spectacle collectif et tait les secrets inavouables, puis d’une vie dans la capitale plus âpre, plus décisive. L’adolescence combat l’enfance pour survivre. Dans la maturité l’écrivain rejoint son jeune âge, dans le tendre mouvement d’une timide reconquête. Sur un thème classique et banalisé, Sonia García Soubriet innove et réussit.

 

     La Nouvelle République du Centre Ouest, 14 mars 1991
     par Bernard Aimé

     Sans doute est-il tentant d’évoquer Rafael Alberti, et plus encore Antonio Machado, face à cette chronique d’une enfance de larmes et de peurs, avec ses quelques souvenirs heureux qui émergent comme des « lambeaux de vie endormie ». Ce premier récit d’une jeune femme de 33 ans, mélancoliquement intimiste et discrètement tragique, se lit comme l’on s’étonne d’un tableau impressionniste subitement transpercé de traits fulgurants aux couleurs flamboyantes, ou comme l’on s’effraie de toute cette tristesse injuste qui s’empare soudain d’un chanteur de flamenco.

 

     L’Humanité Dimanche, 11 avril 1991

     Aventure réussie pour ce roman d’atmosphère. Impressions de la nuit, peurs muettes enfouies, détresse pour cette petite fille fantasque. Étrangère dans un monde d’effroi, silencieuse et solitaire, Sonia n’a qu’une alliée, cette voix intime et complice qui la guide à l’intérieur d’un univers intérieur en grand bouleversement.