Page des libraires, avril 1991 par Hugo Marsan
L’Autre Sonia, c’est d’abord Sonia García Soubriet elle-même qui se souvient de son enfance. Dans la maison des vacances, les nuits ont des tristesses voluptueuses de fin d’été. Dans l’appartement de Madrid, l’adolescence signe la fin des rêves, l’apprentissage de la douleur. Sonia, c’est la petite fille qui observe les adultes, c’est aussi le double qui surgit dans les cauchemars et pendant la maladie, une enfant qui sait déjà qu’elle va vieillir et que la chouette dont elle apprivoise le cri s’en va avec l’aube, l’abandonnant à cette contrefaçon de l’espoir que nous appelons réalité, le futur sans illusions qui s’enorgueillit de ses frontières. Autobiographie romancée, le récit est une prestigieuse mise en écriture des odeurs, des rires, des investigations fondamentales du désir et de l’amour. Grave, il capte – dans le regard d’une fillette – la mort somptueuse et rituelle, sorcière apprivoisée qui s’échappe aux premiers rayons du soleil et n’emporte que les vieillards que l’on a toujours connus cheminant vers elle. L’autre Sonia est un magnifique texte, de ceux qui détectent les fiertés vacillantes de la vie et les blessures qu’elle colmate avec courage. Chronique familiale, L’autre Sonia décline sa galerie de portraits, vieilles tantes crispées sur leur folie, compagnes de jeux que le temps dilue, parents trop proches pour incarner le mystère, ombres bienveillantes quelque peu aveugles. Mais c’est dans l’évocation des zones perturbées de l’enfance, quand tout est compris avant de pouvoir être formulé, que le récit atteint toute sa splendeur.
La Montagne, 14 avril 1991 par Daniel Martin
L’Autre Sonia est un voyage en enfance. Un pays lointain d’où l’auteur n’a pas rapporté les habituels souvenirs de tendresse, de douceur et de fausse candeur. Elle est allée dans les recoins les plus obscurs à la recherche de ses angoisses de petite fille, de ses peurs anciennes. Une série de mystères qu’elle a ramenés à la lumière pour tenter de leur trouver une place dans sa vie d’adulte, « oui, les nuits commençaient toujours de joyeuse façon, propres comme une prolongation du jour, la peur surgissait brutalement, seule et nue, coupant net jeux et mots ». Dans la deuxième partie, avec Madrid, arrive l’hiver, l’école et tout un monde hostile qu’il faut affronter. C’est alors que l’autre Sonia prend toute son importance, « ce qui est vrai, c’est que j’ai su à cet instant précis que quelque chose de nouveau se passait en moi, parce que ce personnage minuscule, témoin permanent de ma vie, de chacun de mes actes, celle qui regardait à travers mes yeux et respirait de mon souffle, ne m’abandonnerait jamais ». Mais un jour, elle est partie... Comme l’enfance ! Sonia García Soubriet a écrit ce texte entre ombre et lumière. Ce n’est ni un roman ni un récit, plutôt un long poème en prose dont chaque mot, chaque image, chaque rythme, aurait été choisi, après maintes hésitations, au plus juste. L’Autre Sonia est à lire – peut-être comme il a été écrit – lentement, pour que le temps puisse opérer entre chaque chapitre.
L’Express, 30 mai 1991 par Jean-Paul Frenceschini
Il est difficile de rendre avec plus de finesse que dans cette brève et mélancolique évocation le sentiment d’irréalité, l’oscillation entre éblouissement et détresse, l’incertitude de tout début dans la vie.
Le Quotidien de Paris, 13 mars 1991 par Gérard de Cortanze
La belle audace de ces pages tient à l’utilisation toute linéaire qui est faite des jeux de la mémoire. Aucune aspérité, aucune brisure mais une suite « musicale » de sensations, de silences, d’effrois, de pudeurs dissimulées. Avec, pour toile de fond, des jeux de couleurs et d’ombres.
Gai pied hebdo, 14 mars 1991 par Hugo Marsan
L’écriture très belle (excellente traduction) ressuscite un monde d’odeurs et de gestes ô combien évocateur d’une vie provinciale où chacun joue son rôle dans le spectacle collectif et tait les secrets inavouables, puis d’une vie dans la capitale plus âpre, plus décisive. L’adolescence combat l’enfance pour survivre. Dans la maturité l’écrivain rejoint son jeune âge, dans le tendre mouvement d’une timide reconquête. Sur un thème classique et banalisé, Sonia García Soubriet innove et réussit.
La Nouvelle République du Centre Ouest, 14 mars 1991 par Bernard Aimé
Sans doute est-il tentant d’évoquer Rafael Alberti, et plus encore Antonio Machado, face à cette chronique d’une enfance de larmes et de peurs, avec ses quelques souvenirs heureux qui émergent comme des « lambeaux de vie endormie ». Ce premier récit d’une jeune femme de 33 ans, mélancoliquement intimiste et discrètement tragique, se lit comme l’on s’étonne d’un tableau impressionniste subitement transpercé de traits fulgurants aux couleurs flamboyantes, ou comme l’on s’effraie de toute cette tristesse injuste qui s’empare soudain d’un chanteur de flamenco.
L’Humanité Dimanche, 11 avril 1991
Aventure réussie pour ce roman d’atmosphère. Impressions de la nuit, peurs muettes enfouies, détresse pour cette petite fille fantasque. Étrangère dans un monde d’effroi, silencieuse et solitaire, Sonia n’a qu’une alliée, cette voix intime et complice qui la guide à l’intérieur d’un univers intérieur en grand bouleversement. |