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  Le Dos

  Alain Lercher

  Nouvelles

  160 pages
13,60 €
ISBN : 2-86432-146-7

Résumé

    Là, c’est un enfant qui n’entrevoit que le dos de son père, revenu brièvement d’une absence de toujours et qui part à jamais.
     Ici, la famine, il faut alors gérer la rareté, dans le désordre. Et le désordre est nommé, c’est la jeunesse ; les enfants seront abattus, puis servis pour nourriture. Leur résistance, passive, finira par contenir la tranquille barbarie villageoise.
     Des situations, des drames aussi simples que le jour, parfois noirs comme ce qui lui succède.
     Des paraboles.
     Des histoires qui sont à tout le monde et auxquelles l’auteur ne fait que prêter sa propre voix.



Extrait du texte

     Je ne peux pas raconter l’histoire du dos sans raconter l’histoire d’Alfredo, puisqu’il en est l’auteur et qu’il y est en scène. Mais ce souci d’honnêteté entraîne une étrange complication, technique, sans doute, car je ne tiens pas à raconter une histoire à la place d’une autre, mais aussi morale. Alfredo est parti depuis plusieurs années et je n’ai plus de nouvelles de lui. Je ne sais donc pas s’il a envie que je lui attribue cette histoire ni que je parle de lui. Dois-je dire son nom et, parlant de lui, car il le mérite, ne rien dissimuler ? Ou dois-je parler de lui sous un autre nom, en arrangeant quelques détails ? Je pourrais alors considérer qu’il est protégé par la règle formelle de la ressemblance fortuite, mais je méconnaîtrais son droit à se voir attribuer ses propres histoires. J’ai déjà rencontré cette situation. Cela tient au fait que raconter des histoires qui sont arrivées aux autres, à moi-même parfois, m’intéresse plus que d’en inventer. Mais dans ce cas, j’ai toujours un sentiment de malhonnêteté à devoir déformer les situations, changer les noms des gens et des lieux. Je conçois bien que les histoires particulières sont, précisément, particulières et qu’il faut parvenir à les raconter de façon à ce qu’elles puissent parler à plus d’un, mais ce travail propre du narrateur sur la forme de l’histoire porte sur le point de vue qu’il faut adopter, sur les éléments de la situation qu’on doit retenir ou non, il n’implique pas la modification des noms et des circonstances.



Extraits de presse

     Les dix nouvelles trouvent leur unité dans la densité du texte, des phrases courtes élémentaires, où prennent de rares greffes conjonctives. Les registres des différentes histoires sont éparpillées entre le rêve, l’anecdote, la tragédie banale, la nostalgie, le conte philosophique ou la fantaisie littéraire.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 8 octobre 1992.

 

     Histoires peu ordinaires

     Le genre n’est pas annoncé. Peut-être parce que présenter ces textes comme des nouvelles serait s’arrêter à leur apparence formelle – textes brefs, courtes histoires – et gommerait leur unité, fondée par l’identité du regard, de l’écriture du ton. D’une histoire à l’autre, en effet, c’est le même qui écrit, un même que progressivement le lecteur reconnaît comme l’unique narrateur de toutes ces histoires qui, imaginaires ou vécues, rêvées ou observées, appartiennent au même monde. Un monde où le bonheur léger, n’existe qu’éphémère, avant d’être rattrapé par les jours gris, ni beaux ni laids, un peu décevants parfois, qui font la trame du quotidien.
     Cette trame-là, du quotidien, n’est que suggérée. Telle la page blanche séparant chaque histoire, elle constitue la toile de fond d’où émerge chacune de ces nouvelles comme autant d’instants guettés par qui, justement, se tient à l’affût de ce qui, dans sa vie, ne se produit pas tous les jours mais peut arriver à tout un chacun. Une rencontre par exemple qui, fût-elle « de dos », ou au cours d’un « voyage », ou encore grâce à une petite annonce, peut, ou aurait pu changer la vie.
     Comme autant de fragments de ce qui pourrait être le récit d’un témoin de notre temps, chacune de ces nouvelles traduit l’intérêt de Lercher pour ce qui sort de l’ordinaire sans quitter le terrain de la banalité, cette frange où, perdant ses repères confortables, on ne distingue plus ce qui ressortit à la normalité telle qu’on l’imaginait et ce qui, faisant intrusion dans un quotidien sans histoire, verse dans l’horreur, qui n’est jamais qu’un autre aspect de la banalité.
     Fidèle à une écriture d’une pureté et d’une sobriété remarquables, Lercher conserve la pudeur et la retenue qui faisaient le charme de Géographie (Gallimard, 1990). Mais ici l’humour a laissé place à une tristesse feutrée, sans autre objet, sans doute, que la laideur du monde quand il n’est pas travesti des illusions de la jeunesse. Et si l’auteur veut continuer de penser que « les choses ne sont pas tristes », par référence peut-être à un passé qui ne fut pas totalement dénué d’instants heureux, on ne peut s’empêcher d’entendre cette déclaration qui clôt cet ensemble, comme une forme élégante d’appel et de déni.

     Louise Lambert, La Croix, 28 septembre 1992.

 

     On découvre là, jusque dans ce qui pourrait passer pour de l’impudeur si l’on s’en tenait à la seule apparence des choses, une écriture extrêmement retenue et économe dans ses effets. Comme une volonté de se tenir toujours un ton au-dessous, qui accroît considérablement la force dramatique de chacune de ces histoires.

     Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 28 octobre 1992.

 

     Observateur lucide des misères du cœur, du racisme, de la vie dans sa banalité perverse, il prend le parti du témoin, de celui qui dit. On trouve chez lui autant de manières d’écrire, de raconter qu’il y a de situations. Lercher coule sa prose, tantôt poétique, tantôt réaliste, tantôt très proche du fantastique latino-américain, autour des personnages dont il a choisi d’accompagner l’aventure particulière.
     Et cette multiplicité de tons, ce registre élargi d’émotions sur lequel il joue composent un ensemble d’une troublante variété. Tout se passe comme si, en entrant dans ce livre, nous faisons une sorte de tour du monde des écritures. D’où ce dépaysement permanent du lecteur. D’où aussi ce malaise et ce bonheur conjugués, à tomber ainsi dans tous les pièges et tous les charmes d’un écrivain qui maîtrise l’art de la narration.

     Michèle Gazier, Télérama, 25 novembre 1992.

 

     Dans une langue à la perfection un peu froide, Alain Lercher pousse très loin l’exploitation d’un univers dont l’intimité est renforcée par l’emploi de la première personne. Il donne à lire ce qui, d’ordinaire, reste caché et qui, si on l’en croit, n’arrive pas qu’aux autres !

     Aliette Armel, Le Magazine Littéraire, novembre 1992.