Littérature française
  Verdier
L'Image
Chaoïd
Deyrolle
Antigone
L’Éther Vague
Farrago
Fourbis

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
divers

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines
  Détours fertiles
La Passion

Art et architecture
  Collection « Art et architecture »
L’Imprimeur

Tauromachie

Cuisine

Revues

Retour Accueil

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  Le Grand Sylvain

  Pierre Bergounioux

  Tirage numéroté sur Ingres (203,35 F/31 €)

  72 pages
9 €
ISBN : 2-86432-176-9

Résumé

     Ces créatures pareilles à des gemmes, les gemmes, une infinité de choses qui sont belles résident hors de nous, dans leur être propre, où elles s’évertuent à demeurer. Lorsqu’on s’avise qu’elles existent et que leur possession remédierait, un peu, à l’infirmité de notre condition, elles nous échappent. On se souvient. On a gardé une fugace image de leur splendeur, jusqu’au jour où il s’avère qu’on est peut-être capable. Du temps a passé. Celui qui reste, c’est donc à ça qu’on va l’employer : à annuler par un acte opposé, positif, chaque dommage et chaque perte qu’on a essuyés pour commencer. Notre fin, ce serait alors de remonter vers l’origine en bouclant, pour ce faire, la figure de zéro.



Extrait du texte

     On est exposé à deux sortes d’ennuis : ceux qui procèdent du dehors et ceux qui montent du dedans. Les seconds n’appellent pas réparation. Ils s’abolissent d’eux-mêmes, sauf s’ils trouvent un objet extérieur, en soi indifférent, où se fixer. On devra veiller alors, par la suite, à éviter l’objet en question, son odeur surtout, sous peine de voir la vieille épouvante revenir au galop, de se retrouver dans la peau d’un gosse qui tremble à l’autre bout du temps, avec maman qui pleure tout ce qu’elle sait. À moins qu’il n’ait pris fantaisie au même gosse, enfin à la version qu’en a tirée l’année consécutive ou celle d’après, encore, de réclamer un insecte, auquel cas il va bien falloir user de l’éther. Chaque fois qu’on donnera satisfaction au second, dont l’âge est compris entre cinq et sept ans, pour qu’il rentre en lui-même et s’abîme dans l’oubli, on va réveiller le premier, celui de trois à cinq ans qui gigote pour essayer d’échapper à la grosse aiguille et n’y parvient pas mieux que son successeur n’a réussi à garder sa bestiole. Pour rendre à l’un la cétoine qu’il avait laissée s’envoler, j’ai tiré l’autre de l’éloignement prudent où je l’avais confiné. Des semaines durant, sous ombre d’anesthésier des créatures à six pattes avant de les percer d’une épingle, je l’ai ressuscité. J’ai partagé son inquiétude, que j’avais su contourner pendant le quart d’un siècle.



Extraits de presse

     Soixante pages lentes que l’encre a niellées en séchant, et qui puisent leur charme et leur douleur métaphysiques dans l’indifférence de Pierre Bergounioux pour tout autre moyen de séduction des lecteurs qu’une viscérale sincérité.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 23 septembre 1993.

 

     Il y a dans l’écriture comme dans le propos de Pierre Bergounioux – les deux étant, plus visiblement que chez tout autre, inséparables – une âpreté, une gravité tragiques. La beauté et la densité de sa prose peuvent bien refuser toute séduction ou facilité, elles ne s’en imposent pas moins.

     Patrick Kéchichian, Le Monde, 24 septembre 1993.

 

     Une écriture pleine, tendue à la limite de la rupture, tout à fait unique dans l’actuel paysage littéraire, et qu’on sent aujourd’hui parvenue à un degré suprême de pureté. [...] Si l’on voit Descartes de nouveau, et Kant, fermement calés à l’horizon, avec toujours ces traits qui sont un vrai bonheur pour la réflexion [...], on y pressent aussi la permanence des plaisirs sensuels du regard, avec leur capacité d’émerveillement inentamée.

     Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 29 septembre 1993.

 

     Cela fait toujours quelque chose de se trouver en présence d’une écriture qui en est vraiment une, qui n’a plus rien à voir avec le lot commun, les listes, les prix, toute la comédie littéraire, feuilles de saison que la comédie aura dispersées dans les trois minutes. Pierre Bergounioux écrit. C’est-à-dire qu’il ne craint pas d’écrire dans une langue unique, la sienne, irréductible au divertissement pascalien : il est l’écrivain qui est vraiment capable de rester dans sa chambre. Dans sa « gousse de chair, dirait-il plutôt, le sac de peau où on va passer l’intermède. »
     Bon sang, où est-ce que nous avons déjà lu ce genre de mots abrupts, déchiquetés comme les grands marcheurs de Giacometti (qu’il admire, croit-on savoir) ? Dans Beckett, dans Péguy aussi, lorsque Péguy ratisse obstinément la terre avec ses mottes et ses vieux clous. Qu’importe où nous avons déjà rencontré ce langage. Nous voyons bien à qui nous avons affaire : un gaillard pour qui les romans ne font que tourner autour de la « gousse de chair », trop dure à habiter.Ce qu’il veut lui, sa seule idée en tête, c’est raconter ce que ça fait, au plus juste, au plus rigoureusement cartésien du terme, d’habiter cette gousse de chair.

     Michel Crépu, La Croix, 31 octobre 1993.



Radio et télévision

     Jamais sans mon livre, de Bernard Rapp, France 3, 25 septembre 1993.
     Voix du silence, par Antoine Spire, France Culture, 6 novembre 1993.
     Un livre, des voix, par Claude Mourthé, France Culture, 18 novembre 1993.
     Fiction, chronique de Rémy Lillet, Radio-France Internationale, 15 décembre 1993.