Soixante pages lentes que l’encre a niellées en séchant, et qui puisent leur charme et leur douleur métaphysiques dans l’indifférence de Pierre Bergounioux pour tout autre moyen de séduction des lecteurs qu’une viscérale sincérité.
Jean-Baptiste Harang, Libération, 23 septembre 1993.
Il y a dans l’écriture comme dans le propos de Pierre Bergounioux – les deux étant, plus visiblement que chez tout autre, inséparables – une âpreté, une gravité tragiques. La beauté et la densité de sa prose peuvent bien refuser toute séduction ou facilité, elles ne s’en imposent pas moins.
Patrick Kéchichian, Le Monde, 24 septembre 1993.
Une écriture pleine, tendue à la limite de la rupture, tout à fait unique dans l’actuel paysage littéraire, et qu’on sent aujourd’hui parvenue à un degré suprême de pureté. [...] Si l’on voit Descartes de nouveau, et Kant, fermement calés à l’horizon, avec toujours ces traits qui sont un vrai bonheur pour la réflexion [...], on y pressent aussi la permanence des plaisirs sensuels du regard, avec leur capacité d’émerveillement inentamée.
Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 29 septembre 1993.
Cela fait toujours quelque chose de se trouver en présence d’une écriture qui en est vraiment une, qui n’a plus rien à voir avec le lot commun, les listes, les prix, toute la comédie littéraire, feuilles de saison que la comédie aura dispersées dans les trois minutes. Pierre Bergounioux écrit. C’est-à-dire qu’il ne craint pas d’écrire dans une langue unique, la sienne, irréductible au divertissement pascalien : il est l’écrivain qui est vraiment capable de rester dans sa chambre. Dans sa « gousse de chair, dirait-il plutôt, le sac de peau où on va passer l’intermède. » Bon sang, où est-ce que nous avons déjà lu ce genre de mots abrupts, déchiquetés comme les grands marcheurs de Giacometti (qu’il admire, croit-on savoir) ? Dans Beckett, dans Péguy aussi, lorsque Péguy ratisse obstinément la terre avec ses mottes et ses vieux clous. Qu’importe où nous avons déjà rencontré ce langage. Nous voyons bien à qui nous avons affaire : un gaillard pour qui les romans ne font que tourner autour de la « gousse de chair », trop dure à habiter.Ce qu’il veut lui, sa seule idée en tête, c’est raconter ce que ça fait, au plus juste, au plus rigoureusement cartésien du terme, d’habiter cette gousse de chair.
Michel Crépu, La Croix, 31 octobre 1993. |