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  Le sage trompeur
Libres raisonnements sur Spinoza et les Juifs

  Jean-Claude Milner

  Court traité de lecture 1

Parution : mars 2013

  128 pages
14,50 €
ISBN : 978-2-86432-718-9

Résumé

Spinoza sait qu’une question inquiète l’Europe de son temps : comment les Juifs sont-ils encore possibles ? Publiant, en 1670, le Traité théologico-politique, il met à profit l’occasion pour proposer sa réponse, sous la forme d’un court manifeste, inséré à la fin d’un chapitre.
Les premiers mots situent l’enjeu : « Aujourd’hui les Juifs ».
L’aujourd’hui de Spinoza est devenu un passé. Mais la question demeure. Elle inquiète plus que jamais et bien au-delà de l’Europe. À en croire certains, il y va de la paix et de la guerre pour tous.
Aussi est-il opportun de comprendre ce que dit Spinoza. Car ses propos sont obscurs. À dessein.
Spinoza veut qu’on soit déconcerté, afin qu’on cherche ce qu’il veut vraiment signifier. Il écrit ainsi parce qu’il est persuadé d’avoir à tenir des propos offensants. Offensants pour les Juifs, qu’il connaît bien puisqu’il est né parmi eux, mais surtout offensants pour les honnêtes gens.
Quand la vérité blesse au point qu’elle ne puisse se dire, le seul moyen pour celui qui ne veut pas se taire, c’est de passer par la fausseté. Le manifeste de Spinoza est un tissu de contrevérités. Elles sont destinées à éveiller l’attention. En les relevant et en les rectifiant une à une, le lecteur découvrira ce que doit être, selon Spinoza, la politique à mener à l’égard des Juifs. Il identifiera les événements et les raisons qui éclairent les choix de 1670.
Il mesurera à quel point ces choix anciens déterminent notre présent et notre avenir.
Au cours de mon enquête, j’ai décidé de me taire sur mes propres sentiments. J’admets qu’on puisse être choqué par ce que j’ai mis au jour.


Revue de presse

Presse écrite

   Mezetulle, Blog-revue de Catherine Kintzler, mercredi 22 mai 2013
   Spinoza « le sage trompeur » et l’art d’écrire
   par Catherine Kintzler



   Le Monde des livres, vendredi 12 avril 2013
   Spinoza et les juifs, suite… et fin
   par Roger-Pol Droit

   Jean-Claude Milner a l’habitude d’aller à contre-courant. Au terme d’une enquête à la Sherlock Holmes – qui le conduit à explorer la bibliothèque de Spinoza, à parcourir mille documents d’époque, à reconstituer un puzzle complexe d’allusions masquées –, il dessine un visage du sage qui peut choquer. En seront troublés, chagrinés, peut-être furieux, les amis de Spinoza qui voient mécaniquement en lui, en toutes circonstances, le glorieux ancêtre de la démocratie moderne, des libertés et des droits humains. Mais tous ceux qu’intéressent, plutôt que les hymnes, les travaux minutieux qui compliquent le jeu, doivent lire attentivement ce nouveau livre du savant linguiste et philosophe.
   Ce n’est qu’un court texte qu’examine à la loupe Jean-Claude Milner : le paragraphe 12 du chapitre III du Traité theologico-politique (1670). Spinoza s’y interroge sur les raisons de la pérennité du peuple juif à travers l’histoire, bien que dispersé et dépourvu d’État – toute explication par le miracle ou l’élection divine étant pour lui hypothèses à écarter d’emblée. La réponse, pour le philosophe, tient à la circoncision des juifs, qui leur attire une « haine universelle », cette dernière assurant, paradoxalement, leur perpétuation. « Que la haine des nations soit très propre à assurer la conservation des juifs, poursuit Spinoza, c’est d’ailleurs ce qu’a montré l’expérience. » Plus étrange se révèle la suite du texte, qui enchaîne plusieurs contrevérités à l’appui de sa démonstration.
   Spinoza affirme ainsi qu’en Espagne les juifs convertis au catholicisme par la contrainte ont ensuite partagé privilèges et honneurs sans que personne garde mémoire de leur condition antérieure (« Rien d’eux ne subsistait, pas même le souvenir. »). Or lui savait fort bien que ce n’était pas le cas, et ses lecteurs de l’époque, après l’Inquisition, pouvaient repérer là une affirmation des plus étranges. Pour Jean-Claude Milner, ces contre-vérités sont intentionnelles et font système. Toutes sont destinées à conduire le lecteur vers des propositions, qualifiées par Milner d’« indécentes », que Spinoza cherche à transmettre de façon cryptée, par prudence.

   Crime parfait
   Toutes conduisent à l’auto-effacement des juifs par apostasie, sur le modèle de Sabbataï Tsevi, contemporain de Spinoza, faux messie, suivi par de nombreux disciples, qui se convertit finalement… à l’islam. Loin d’être le fondateur d’une politique éclairée, Spinoza, selon Milner, « la détruit dans son principe ». Il ne laisse aux juifs d’autre issue que de disparaître, définitivement, en oubliant à jamais d’être, d’avoir été ou de devoir être juifs. On évitera le contresens qui ferait de Spinoza un précurseur du nazisme. Car « il ne s’agit pas de mise à mort, mais d’obtenir, sans effusion de sang, que plus personne ne se dise juif ». Il est en effet essentiel que cette éradication intégrale soit aussi tout à fait dépourvue d’une haine contre-productive.
   Totale, sans haine, cette annihilation a en quelque sorte la structure du crime parfait, qui produit de façon inconsciente ses effets sur des siècles, comme un « aérosol d’opinion » qui diffuse. Son lien avec Spinoza n’était pas établi. C’est chose faite. Les débats vont être vifs.



   Marianne, samedi 23 mars 2013
   Spinoza et la haine antijuive
   par Robert Redeker

   Inclus dans le Traité théologico-politique, le manifeste de Spinoza sur l’être et le devenir des juifs intrigue. Persuadé qu’il s’agit d’un texte crypté, Jean-Claude Milner en restitue le texte clair. Apparaissent alors les thèses indécentes de Spinoza. Milner n’étant pas un de ces obsédés de la transgression, « indécence » est moins chez lui un terme valorisant qu’un mot motif d’interrogation et d’inquiétude. En quoi consiste cette indécence ? Les juifs sont pour Spinoza les coupables de la haine qu’ils suscitent. Le degré de liberté d’une république se mesure à son degré de sévérité à l’égard des juifs. La libre république qu’il appelle de ses vœux est celle de la persécution sans haine des juifs qui aboutit à l’effacement même du nom « juif ». Tout se passe comme si, pour Spinoza, le faux messie qui se prétendait le rédempteur du peuple juif, Sabbataï Tsevi, avait, en se convertissant à l’islam, montré la voie. À la nécessaire apostasie des juifs, de préférence en faveur de l’islam, s’articule l’apostasie du sage, en faveur d’une sorte de christianisme sans Église. Le Traité théologico-politique selon Milner, accomplit « l’apostasie publique de Spinoza ».
   Il n’est hélas pas impossible, que son manifeste, qui peut résonner comme « un manuel des persécuteurs », connaisse de nombreux imitateurs.

Radio et télévision

« Répliques », par Alain Finkielkraut, France Culture, samedi 29 juin 2013, de 9h07 à 10h
« Le journal de la philosophie », par François Noudelmann, France Culture, mercredi 27 mars 2013, de 10h50 à 11h