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  Les Figurants

  Didier Daeninckx

  Récit
Accompagné de dessins de Mako
Prix Paul Féval pour l’ensemble de son œuvre

  96 pages
11,50 €
ISBN : 2-86432-219-6

Résumé

    Valère Notermans est un cinéphile. Sa connaissance du septième art est passionnée, exhaustive, méticuleuse, particulièrement attachée à l’aventure des débuts et toujours en quête de rareté.
     Venu dans la région de Lille pour un banal festival, il découvre, un jour de braderie, des images fascinantes qui témoignent d’une grande maîtrise. Il ne se résoudra pas à rejoindre son domicile avant d’avoir identifié le réalisateur de cette troublante bobine, avec pour seul indice quelques lettres de la fin du générique.
     Comme toujours chez Daeninckx, le jeu de miroir de la fiction et de la réalité fait à la fois la séduction et la force du récit. Roman policier, page d’histoire, fresque sociale, en toute simplicité il choisit tout et y ajoute l’humour.



Extrait du texte

     Si la fréquentation assidue des accoudés du Bar des Amis avait très sensiblement modifié la vie de Valère, sa rencontre avec Jérôme Sisovath l’avait bousculé en profondeur. Il avait fait irruption un midi, une affichette et un rouleau de scotch à la main.
     — Je peux mettre ça sur votre vitrine ?
     Igoucimen avait allongé le cou, par-dessus son comptoir.
     — Ça dépend de quoi ça parle...
     Jack Nicholson souriait en coin et en quadrichromie, sous les lettres à la calligraphie western du Family Palace.
     — Je vais essayer de relancer le ciné du quartier... Si ça vous intéresse, vous serez toujours le bienvenu !
     Il avait joint le geste à la parole et posé sur le zinc un carnet d’une dizaine d’exonérations. L’aventure avait duré six mois. Commencée dans l’hommage aux grands maîtres du western et du film noir, elle s’était achevée dans la diffusion à la sauvette de karatés sud-coréens et de pornos soft normands en vidéo gonflée. Valère avait récupéré quelques places gratuites qui lui permirent de redécouvrir la dimension réelle du mot « écran », d’en déconnecter la signification de celle de l’aquarium à télécommande qui trônait dans la salle à manger et devant lequel Elvire passait cette moitié de vie pré-sonorisée qu’elle ne commentait pas. C’est là, au creux des fauteuils d’orchestre du Family Palace, qu’il assista aux premiers pas des hommes surexposés de Georges Lukas. Le titre presque chimique de ce film aux images brûlées, THX, avait découragé les foules périphériques, et ils n’étaient qu’une dizaine à suivre les aventures de l’étrange peuplade souterraine aux crânes rasés. Il en restait moins de la moitié, quelques mois plus tard, pour les débuts de Robert de Niro devant la caméra de Martin Scorcese. Les travellings vertigineux de Main Streets furent directement suivis, à l’affiche, par Profession suceuse qui ne valait que par la netteté de ses gros plans.



Extraits de presse

     Le Quotidien Jurassien, 20 mai 1995,
     par Josiane Bataillard,
     Didier Daeninckx, auteur de polars, et la passion du cinéma

     Dans le roman Les Figurants, Valère Notermans tourne le dos à « une vie entière en version ordinaire sous-titrée », sa passion du cinéma lui fait rejoindre l’Histoire. Un hommage aux cent ans du cinéma.
     Valère s’ennuie, l’ingénuité complaisante d’Elvire, sa femme, ne le distrait plus. Jérôme Sisovath qui relance un cinéma de quartier l’entraîne dans cette aventure. Le cinéma ferme après quelques mois d’acharnement « cinéphilique »... Valère s’est pris de passion et progressivement s’initie à l’histoire du ciné : premiers films, premiers metteurs en scène. Il est capable à l’occasion de placer quelques réflexions dans le vent pour épater quelques figurants festivaliers, mais il est en fait un véritable amateur, en quête du film rare. Willy le chiffonnier : brocanteur le met sur une piste : une pellicule sur laquelle figurent quelques scènes d’une cruauté artistiquement maîtrisée mais dont le metteur en scène et les acteurs demeurent inconnus, même des plus férus. Valère relève le défi et trouve. Le roman compte quatre-vingt-huit pages, la révélation survient à la quarante-troisième, le mystère est levé dans les dernières pages. C’est bien ficelé. Les « figurants » deviennent les acteurs principaux d’une tragédie de l’Histoire. Valère brûle la pellicule, sacrifice ou holocauste ? Peut-être parce qu’il s’est lui-même laissé prendre au piège.
     Le roman progresse tout bonnement, chronologiquement, sans se presser, et pourtant il est d’une extrême brièveté. Un mystère, une fausse piste, liés à l’histoire du cinéma, c’est simple et serré comme un expresso. C’est la fin qui surprend, qui détonne, qui grince : l’histoire est plus cruelle que la fiction !
     Parvenu au terme du livre, on prend plaisir à en remonter le cours des pages. Il se lit dans les deux sens, comme un policier qui nous propulse vers la fin et comme un journal qu’on feuillette, à rebours, au hasard, d’un fait divers à l’autre. Avec Daeninckx on découvre la banlieue, la province, les brumes et les bouis-bouis, les habitués et les tenanciers du Bar des Amis, un relieur libraire... Quelques lignes et les voici, en chair et en os avec toute leur histoire et leur souffle, au quotidien. Quatre-vingt-huit pages multipliées par autant de relectures entrecoupées du plaisir de feuilleter pour retrouver les dessins de Mako, des gravures en noir et blanc, comme ces éditions de l’entre-deux-guerres du Livre moderne illustré, comme aux premiers temps du cinéma.

 

     Ewi, La Liberté, 9 avril 1995
     Un fragment d’horreur taillé au burin léger

     Didier Daeninckx a le coup pour bouleverser son lecteur sans avoir l’air d’y toucher. Les Figurants commence avec une non-scène de ménage qui tape tellement sur les nerfs que dès la fin du chapitre premier, c’est tout vu : Valère va tuer sa femme et on est peut-être dans un polar humoristique.
     Manifestement, Daeninckx a un projet plus pervers. Valère se contente, outre d’élire quasiment domicile au bar du coin – ce qui n’est pas très original –, de devenir un pèlerin des festivals. Et de sillonner, au gré des engagements de son ami Jérôme, une France cinéphile très ciblée, celle des multiples festivals régionaux.
     Valère devient un spécialiste du cinéma marginal, et le lecteur se marre parce que la satire est plaisante. Mais Daeninckx nous attend en traître au coin d’un projecteur. Un soir, aux « États généraux du cinéma nordiste », Valère voit un fragment mystérieux : quelques séquences anonymes, d’un réalisme sidérant... Plagiat d’un maître ? Brouillon d’un génie ? Intrigué, Valère pense retrouver l’époque, l’auteur, en identifiant les acteurs. Avec des photos, il démarre une enquête qui aboutit très vite... à la nausée. Avec une simplicité, une sobriété telles qu’on sort estourbi mais incrédule. Ces 88 pages sont un coup de poing donné avec des gants, ce qui assure une longue résonance...
     Des dessins de Mako parsèment l’ouvrage comme au hasard de l’inspiration, ce qui donne une présence de plus, noire à souhait, à cette évocation du cinéma des années trente... ou quarante. On ne le dira pas pour garder son effet au dénouement.