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  Le théorème du Surmâle
Lacan selon Jarry

  Paul Audi

  224 pages
16 €
ISBN : 978-2-86432-660-1

Résumé

« L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment », tel est le théorème énoncé en ouverture du Surmâle, roman publié en 1902 et qualifié de « moderne » par son auteur, Alfred Jarry.
Pour Paul Audi, la vérification de la validité de ce théorème telle qu’elle s’accomplit dans le roman de Jarry éclaire d’un jour nouveau la fameuse thèse de Jacques Lacan selon laquelle « l’amour supplée » au fait qu’« il n’y a pas de rapport sexuel ».
Car, en imaginant un « sur-mâle » capable de faire l’amour plus de quatre-vingts fois d’affilée avec une même femme et en se demandant par là si l’acte sexuel, quand il s’avère voué à la répétition, ne fait pas de l’amour quelque chose d’insignifiant, Jarry posait une question autrement pertinente : Que signifie faire l’amour ? Que fait-on exactement quand on « fait l’amour » ? Mieux : quel est donc cet amour dont on dit qu’il est « fait » ?
Lire Lacan à la lumière de Jarry permet d’affronter depuis une perspective imaginaire – et pas seulement psychanalytique – le problème du désir et de ses rapports tragi-comiques à la jouissance et à l’amour.

L’œuvre de Lacan fait l’objet aujourd’hui, trente ans après sa mort, d’une appropriation par une génération qui ne l’a pas connu, qui n’est donc pas soumise à une quelconque fascination ou à un quelconque rejet. Pour cette génération, il ne saurait être question de la personnalité de l’homme (attitude qui aura longtemps hypothéqué la réception de l’œuvre), mais de la pertinence d’une pensée. Voilà qui devrait rendre possible une lecture libre, décomplexée et, dans le meilleur des cas, féconde.
La gageure que soutient Le Théorème du Surmâle réside dans l’intrication des deux voix : la voix d’un romancier et celle d’un psychanalyste. En l’occurrence, Alfred Jarry et Jacques Lacan. À cette occasion, les notions de jouissance et de phallus – si affadies par leur usage intempestif – y sont clairement explicitées, ce qui permet de dérouler la question de l’acte sexuel dans sa confrontation avec l’amour, en suivant le fil conducteur du roman de Jarry, Le Surmâle.
La problématique du livre réside en effet en ceci : le basculement de la sexualité dans l’amour, l’engendrement de l’amour dans et depuis l’acte sexuel.
Il ne s’agit pas d’un essai sur Lacan ni sur Jarry, mais sur le réel de l’amour. En tentant, avec l’aide de Jarry, d’inscrire l’amour dans le Réel, Paul Audi déroge à la perspective explorée dans un premier temps par Lacan (Lacan a longtemps placé l’amour dans le registre de l’Imaginaire) pour rejoindre une perspective à laquelle Lacan résiste encore dans le séminaire Encore, bien qu’il y réalise enfin une percée décisive au cours de la toute dernière séance.
Ce livre voudrait répondre à ce que son auteur pense être la plaie de notre temps et qu’il appelle, très euphémiquement, la crise de l’amour. Le pronostic de cette crise, on le doit à Jarry ; le diagnostic, à Lacan. C’est en tirant un trait entre ces deux que se dessine un espoir pour l’avenir.




Revue de presse

Presse écrite

   Le Magazine littéraire, n°514, décembre 2011
   par Maxime Rovere

   Dans son objectif – penser l’amour – c’est le énième livre consacré au sentiment et à la relation les plus en vogue de cet automne. Mais, par sa méthode – croiser un roman d’Alfred Jarry et un séminaire de Jacques Lacan, soit Le Surmâle et Encore – Paul Audi se démarque de ses camarades. Avec quel résultat ? D’abord, une prise de distance efficace à l’égard du « disque-ourcourant », puis une belle échappée dans les lumières que la pataphysique projette sur la jouissance. Située dans la plus stricte orthodoxie lacanienne, l’étude a le mérite de démontrer que les disciples pensent… encore.



   Mondesfrancophones.com,
mercredi 26 octobre 2011
   Le dur désir d’aimer
   par Jacques Henric

   […] Un livre de Paul Audi récemment paru prend à bras-le-corps, si je puis dire, l’inépuisable question de l’amour, de ses mystères et de ses embrouillaminis avec le sexe. Pour mener son analyse, Paul Audi s’appuie sur un psychanalyste et sur un écrivain, Lacan et Jarry. Thèse de Lacan, qu’il résume ainsi : « Quand on aime, il ne s’agit pas de sexe », l’amour étant ce qui supplée au rapport sexuel, lequel n’existe pas. Énoncé de Jarry mis dans la bouche de son héros, André Marcueil, et dont Paul Audi fait un théorème (le Théorème du Surmâle) : « L’amour est un acte sans importance, puisqu’on peut le faire indéfiniment ». Dans l’interprétation inédite du chef-d’œuvre de Jarry que propose Paul Audi, une question, lancinante, revient : « Faisons-nous vraiment l’amour quand nous faisons l’amour ? » Dit plus crûment : aime-t-on vraiment quand on baise ? Ou tout aussi crûment et en collant à l’actualité : l’homme qui veut posséder toutes les femmes pour en jouir sans leur assentiment, disons par exemple un directeur général d’un Fonds Monétaire International, mâle livré à ses seules pulsions et aux exigences immaîtrisables de son bâton-à-physique, pour reprendre l’expression de Jarry, sait-il, ce priapique, que « faire l’amour assidûment ôte le temps d’éprouver l’amour » ? Commentaire de Paul Audi, concernant le Surmâle : « L’amour qui s’éprouve ne recouvre absolument pas celui de l’amour qui se fait ». Le Surmâle n’est pas un séducteur, à savoir un être de langage dont l’approche des femmes passe avant tout par la parole. Il faut du temps (plus que sept minutes dans une chambre d’hôtel new-yorkais !) pour séduire une femme, pour que l’amour naisse et dure. Le passage admirable du roman de Jarry est celui où le Surmâle, redevenant André Marcueil, s’éprend d’amour pour Ellen, sa proie qu’il craint d’avoir baisée à mort, et s’abîme dès lors dans une longue contemplation éblouie de son corps, de ses yeux, de ses oreilles, de ses seins, de son sexe…
   […]



   Lettre de la Magdelaine, mercredi 31 août 2011
   Anamorphoses, indéfiniment. 4. Lacan selon Jarry, Paul Audi relit le Surmâle
   par Ronald Klapka

Radio et télévision

« Les nouveaux chemins de la connaissance », par Philippe Petit, France Culture, vendredi 10 février 2012, de 10h à 11h
« L’essai du jour », par Jacques Munier, France Culture, vendredi 9 septembre 2011, de 6h35 à 6h45