Le soir, 4 mars 1998 par Michel Grodent
Parallèlement reparaît en France la Lettre de Staline à ses enfants réconciliés, de Raoul Vaneigem. On sait que l’auteur du Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations fait de Staline un porte-parole de la peur qui travaille nos sociétés et les jette régulièrement dans les bras du totalitarisme. Cinq ans après la publication de son livre, Vaneigem assure que rien n’est venu le démentir, que du contraire. « L’ombre de Staline, écrit-il, n’a cessé de se propager partout où des êtres qui n’ont plus d’humain que l’apparence se réfugient dans le nihilisme de l’ennui, l’impuissance agressive et la passivité hargneuse ». Brave « new world » où chacun est devenu « son propre chien de garde »: on y sacrifie l’homme à des abstractions marchandes !
Le Courrier de L’Escaut, 20 juin 1998 par Michel Voiturier
Considéré par son auteur comme un divertissement, ce livre drôle et ironique a des allures qui rappellent de grands classiques : les Lettres persanes de Montesquieu, le Candide de Voltaire, L’île des pingouins d’Anatole France Partant du constat que « le prétendu communisme ne fut jamais qu’un capitalisme d’État bureaucratisé », Vaneigem donne à Joseph Staline une parole posthume qui lui permet de jeter sur notre société (pourrait-on dire civilisation ?) un regard plutôt acerbe. Car il considère que, même depuis la chute du mur de Berlin et le déboulonnage des statues du mort du Kremlin, pas grand-chose n’a changé dans le monde. Constatant que « l’homme libre a été la plus belle conquête du hamburger », l’ex-petit père du peuple rappelle que les promesses d’une vie meilleure faites par le libre-échange mondialisé n’ont pas plus de chance d’être tenues que celles qu’il a lui-même tenues au temps du marxisme dévoyé. Il serait bien temps, néanmoins, de tenir compte « des plaisirs de la rencontre, de l’amour, de l’amitié, de l’art, du savoir, de la création, de la tendresse, que sais-je encore qui passionne les hommes, les femmes, les enfants dès qu’ils cessent d’être astreints à de rentables corvées ». Sous la plume du Lessinois, dont le style ne cesse de conserver des délicatesses de XVIII e siècle, le vieux dictateur jubile. Il a laissé un désert économique en deçà du rideau de fer ; les capitalistes qui le vilipendaient laissent, eux, un universel désert écologique et social. Rien n’est totalement perdu, sans doute, à condition que chacun se convainque que « la vie n’est ni un droit ni un devoir mais une volonté ». |