L’enjeu de la question du paysage est de savoir dans quel monde au
juste les hommes souhaitent vivre. Une chose aussi
« abstraite » que la préservation de la beauté et du
caractère des paysages vaut-elle la peine qu’on s’y arrête ?
Actuellement, la réponse de la société est non. Engagés dans la fuite
en avant du « toujours plus » – de population, de richesse,
de croissance, de revenus, de dépense d’énergie par tête d’habitant, de
confort et d’assurances contre tout… – nous approchons du moment où la
peau nue du monde se révèle : l’air que l’on respire prend à la
gorge, du ciel viennent non plus les dieux mais des avions, les mers se
mettent à puer, tandis qu’au sol le travail patient d’une géologie
millénaire, qui fit le tracé des fleuves, la courbe des coteaux, la
fertilité des humus et l’incroyable diversité des paysages, est
brutalement bouleversé. Et malgré cela le credo demeure et la société libérale est décidément bien belle… |