Les Nouveaux Cahiers, numéro 1998, par Jean-Jacques Wahl, Histoires d’anges
La dernière traduction de l’hébreu des éditions Verdier risque de n’intéresser qu’un public restreint mais l’ambition de la collection n’est pas d’œuvrer pour l’immédiat. C’est le long terme qu’elle vise en mettant à la disposition des lecteurs francophones des ouvrages représentatifs de la pensée juive à travers les âges. Si le texte du « Livre d’Hénoch » (qui n’occupe que 60 pages sur les 420 du volume et qui est consacré pour l’essentiel à l’angélologie) n’est pas vraiment d’une lecture captivante pour le commun des mortels, l’introduction et les notes de Charles Mopsik sont un modèle du genre. Elles ont le mérite de rendre accessible à tout lecteur intéressé par le judaïsme une littérature généralement méconnue. Nous laisserons aux spécialistes le soin de relever telle interprétation controversée, telle allusion sujette à caution, mais on ne peut qu’admirer la clarté des analyses, la rigueur du travail et l’honnêteté intellectuelle exceptionnelle du traducteur-éditeur. Autant de qualités qui font de cette publication une œuvre qui fait honneur aux études juives.
L’Arche, octobre 1989, par Maurice-Ruben Hayoun Dialogue de Sages
Il faut savoir gré à Charles Mopsik de nous avoir fait l’aubaine d’une si belle traduction de l’œuvre éditée en 1928 par le savant suédois Odeberg. J’ignore si le grand public va être passionné par une telle production mais je puis assurer qu’un vide important vient d’être comblé grâce à cette contribution en français. De quoi s’agit-il ? Il s’agit d’une œuvre de visions extatiques accordées à un grand Sage du Talmud, connu pour son habileté exégétique et son autorité halakhique, Rabbi Ishmaël. C’est en réalité un dialogue entre ce Sage et Métatron, l’ange connu des mystiques, qui lui présente les cieux et ceux qui l’habitent. On l’aura compris, une telle œuvre, brève mais ô combien dense, est « irrésumable ». Ce qui se ressent d’ailleurs un peu dans les notes du traducteur, certes fournies, copieuses et érudites mais parfois un peu longues. Depuis 1928, date à laquelle le suédois avait publié son œuvre, de multiples études et traductions se sont succédées sur le sujet : c’est entre beaucoup d’autres choses, le mérite de Charles Mopsik que de les avoir mises à la portée du public francophone. C’est le cas des travaux de Philip Alexander, de Peter Schäfer et dans une moindre mesure de K. E. Grözinger et de M. Idel dont un article traduit de l’hébreu est reproduit en appendice à l’ouvrage. La seule (et mince) réserve que je ferai, tient en une phrase : Charles Mopsik, qui nous a gratifié d’une introduction longue et assez bien charpentée, n’a peut-être pas tiré de l’ouvrage de Scholem, La Mystique juive : Les thèmes fondamentaux (Paris, 1986) tout le parti qu’il aurait pu : je pense, outre la forme mystique de la divinité, fugitivement citée ça et là, au corps astral, aux vêtements de l’âme etc. Mais ceci n’est qu’une vétille qui ne saurait déparer une contribution aussi valable et qui arrive en son temps. |