Mais le déluge et sa menace, pour l’heure, étaient passés. Venait une pluie fraîche et belle, comme des larmes attendues, elle venait à Bologne depuis Orte, et tout était plus sombre et plus clair, plus aérien et précis, plus éclatant et tendre. Puis il tonna un peu, puis il cessa de pleuvoir, puis il plut à nouveau, mais doucement, comme les petites larmes d’une veuve, et là, entre ces larmes, se leva comme un rêve un grand arc lumineux. On vit, dans cet arc de trois couleurs, un beau coteau, avec une maisonnette et deux arbres et, derrière, un nuage couleur abricot, qui ressemblait à un beau navire. « Et qui donc nous amènera ce navire, me mis-je à penser, qui seront, dans dix ou vingt ans, les nouveaux seigneurs d’Italie ? » Sur ce navire, il me sembla voir accoudés deux anges du Trecento, peut-être même bibliques, mais on ne comprenait pas s’ils s’approchaient ou bien s’ils nous quittaient pour toujours : leur visage un peu pâle était légèrement incliné, de leurs yeux baissés s’échappait je ne sais quelle parole triste et tendre. Puis, peu à peu, l’arc-en-ciel se défit en une myriade de gouttes et le train ralentit sur un immense pont de fer : au-delà du pont apparurent deux rives et des barques tranquilles, une plaine enveloppée d’une légère brume. Ici, dans la vallée du Pô, on eût dit déjà l’automne : ici, ni printemps, ni été ; ici, du fer et la tête vide ; ici, nuit, brume, soliloques, pain. (Terreurs d’été) |