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  Maison des autres
suivi de Un moment comme ça

  Silvio D’Arzo

  Récit
Traduits par Philippe Renard et Bernard Simeone
Préface d’Attilio Bertolucci

  96 pages
10,80 €
ISBN : 2-86432-283-8

Résumé

     « Ici, en haut, il y a une certaine heure. Les ravines et les bois, les sentiers et les pâturages deviennent d’une couleur vieille rouille, puis violette, puis bleue : dans le soir naissant, les femmes soufflent sur leurs réchauds, penchées au-dessus des marches, et le bruit des clarines de bronze arrive clairement jusqu’au village. Les chèvres se montrent aux portes avec des yeux qui semblent les nôtres. »
     La douloureuse question qu’une vieille femme, après laspus et repentirs, pose au prêtre d’un village perdu de l’Apennin, dans Maison des autres, ne peut avoir de réponse : l’univers minéral et désolé où elle affleure, par la magie d’une prose obsédante, se referme sur le drame indicible qui fait le livre.
     Tout aussi dense est la rencontre d’un instituteur et d’un « veuf de village », à la fin de la guerre, dans Un moment comme ça, qui débusque le tragique sous l’apparence du sordide, et qu’on peut lire comme un double de Maison des autres dont la figure féminine serait absente.
     Mais le vrai mystère de ces deux récits tient à la façon dont leur rythme même transforme en consolation la profondeur du deuil.



Extrait de Maison des autres

     Et maintenant, c’était fini. Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini.
     Pourtant, je n’éprouvais même pas de douleur, ni de remords, de mélancolie ou quoi que ce soit de ce genre. Je sentais seulement en moi un grand vide comme si désormais plus rien n’avait pu m’arriver. Rien jusqu’à la fin des siècles.
     Je faisais les cent pas dans la pièce où pour la première fois elle m’avait si bêtement parlé, je déplaçais un livre, le déplaçais à nouveau, ou tapais comme ça sur une vitre : et maintenant même un enfant aurait pu me conduire par la main. Une absurde vieille, un absurde prêtre : toute une absurde histoire de quatre sous.
     Un bruit monta de la ruelle. Les six vieilles de Bobbio arrivaient à l’instant. Toutes les haies avaient gelé. Les six vieilles se réchauffaient en battant des pieds. Un filet de fumée sortit d’une autre maison.
     Le garçon monta et frappa à la porte.
     « Monsieur le curé, m’annonça-t-il sans entrer. Je cours sonner la cloche. À présent, la Melide a fini.
     — J’arrive », dis-je.
     Il faisait froid. Décembre est froid chez nous.



Extraits du dossier de presse français

     Constituant le fond sur lequel vient se détacher l’échange, l’événement, central (« Quelque chose était arrivé, une fois, une seule, et maintenant tout était fini »). Encore cet événement est-il si essentiel, si violent qu’il ne peut se dire et que tout le récit tient à cet évitement, à une circonlocution : Maison des autres est un des plus beaux livres qu’on ait jamais écrit sur ce que la vie a, foncièrement, d’impossible.

     Patrick Mauriès, Libération, 7 avril 1988

 

     Rarement la misère aura été proférée avec une pareille crudité, une telle économie de moyens. Après lecture, on demeure un peu abasourdi, meurtri, inexplicablement heureux.

     Pierre Mertens, Le Soir (Bruxelles), 11 mai 1988

 

     Ce qui rend ce livre magique, c’est sans doute cette alliance entre une intrigue mince, mais dont la gravité ne nous échappe pas, même avant que la question soit posée, comme si celle-ci, déjà, était dans l’air, et un décor de bout du monde qui n’est jamais tragiquement défini comme tel, mais dit tout simplement.

     Françoise Asso, La Quinzaine littéraire, 15-31 mai 1988

 

     D’autres solitudes, immenses et profondes, vrillées à l’esprit et au corps de chacun dans le bijou sublime et unique qu’est Maison des autres de Silvio D’Arzo.

     Jean-Paul Manganaro, Le Magazine littéraire, juin 1988

 

     Livre très sombre, venu de ces lieux de dénuement où la vie semble perdre sens et valeur, Maison des autres, comme la nouvelle de Tolstoï (La Mort d’Ivan Illitch), est le récit d’un drame invisible noué dans le silence et la solitude, à l’extrémité de l’existence.

     Patrick Kéchichian, Le Monde, 29 juillet 1988