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  Le Matin des origines

  Pierre Bergounioux

  56 pages
8,50 €
ISBN : 2-86432-133-5

Résumé

     La Vie s’entend à s’attacher les services des créatures en qui elle est éparse et persiste. Il n’y a que les nôtres qu’elle paraisse un peu dédaigner. On ne serait pas, sans cela sujet au doute. On n’aurait pas tous ces regrets ni cette envie, souvent, de ne plus vouloir. La tentation d’abandonner ne serait pas tapie au creux de chaque jour et jusqu’au cœur de nos entreprises.
     Cette félicité qu’il faut supposer aux animaux, elle nous a peut-être été accordée un très court instant, au commencement. Il serait dans sa nature non seulement qu’elle se dissipe mais que son souvenir lui-même s’efface après qu’elle a rempli son office, qui est que nous restions. Ensuite, nous vivons par habitude. Quelques complications, du côté de mes origines, ont laissé dans ma mémoire deux ou trois fragments que je soupçonne d’en être issus.

P. B.



Extrait du texte

     Ces images que je porte en moi et qui auraient dû s’effacer flottent hors de toute chronologie. Ceux qui se tenaient près de moi, leurs yeux, lorsqu’elles scintillèrent, ne les voyaient pas plus que les miens, maintenant, ne décèlent le tremblement virginal, la beauté native de ce qui m’entoure. Il ne s’est rien passé, pour eux. Nul instant détaché de l’épaisseur du temps, n’entaille sa profondeur obscure d’un éclat de gemme. J’ai peu de ces instants. À peine, mis ensemble, couvriraient-ils l’étendue d’un jour unique, idéal, dont les jours ultérieurs, à peine distincts d’être si souvent revenus, emportés, dévorés par je ne sais quelles fins amères, ne sont que l’ombre attardée.



Extraits de presse

     Pierre Bergounioux, écrivain silencieux publie des livres rares parce que subjugués par les exigences de l’écriture qui en fomente la beauté et en détermine l’essence.

     Hugo Marsan, Gai pied Hebdo, juin 1992.

 

     Bref, délicat, juste et désenchanté, le récit de Pierre Bergounioux joue avec la mémoire comme d’un instrument dont il tire des sons graves et pénétrants.

     Laurent Lémire, La Croix, 8 juin 1992.

 

     On retrouve la belle écriture sinueuse de Pierre Bergounioux, qui façonne l’un des univers romanesques marquants de notre temps. [...]
     À travers ce texte [...], on discerne mieux pourquoi et comment, dans ses romans, quelque chose d’aussi extrêmement individuel, de l’ordre de l’expérience la plus intime, a pu à chaque fois déboucher sur l’horizon de tous, construisant le lien avec le sens et, au-delà, avec l’Histoire, par l’accès à la conscience que ces expériences fondatrices sont certes irréductibles, mais qu’elles relèvent en fin de compte d’une commune nécessité.

     Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 20 mai 1992.

 

     La prose de Bergounioux est d’une beauté étrange. Elle est comme extraite d’un bloc de pierre dure et grise et, par l’usage sûr du ciseau, métamorphosée en objet translucide, souple, gardant dans ses courbes le secret de cette étrangeté.

     Patrick Kéchichian, Le Monde, 10 juillet 1992.

 

     Bergounioux use du français sans réserve, des tournures qui pourraient sentir l’obsolescence au prétexte que la langue orale s’y casse le nez, des formes verbales simples puisque, malgré qu’on en ait et comme son nom l’indique, le passé simple est moins compliqué que le passé composé. À la fin de l’envoi, lorsque la quête de mémoire et la leçon d’écriture ont renoncé à bloquer le temps en arrêt sur image, le lecteur court commander chez son libraire les sept romans que Pierre Bergounioux a déjà publiés sans claironner.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 21 mai 1992.