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Roman
Traduit de l’allemand par Jean-Yves Masson |

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272 pages
23 €
ISBN : 2-86432-208-0 |
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« Marie-Madeleine, c’est ainsi que vous m’appelez. Mais il faut que vous me donniez mon vrai nom : Miryam. En araméen, ma langue maternelle, Miryam veut dire : la Belle, et aussi : l’Amère. L’un et l’autre me conviennent : je fus belle, et il y eut beaucoup d’amertume tout au long de ma jeunesse, jusqu’au jour où je rencontrai Yechoua ; et une autre amertume encore m’était réservée pour le jour où il fut tué. » Réfugiée dans la grotte de Saintes-Maries-de-la-Mer, Marie de Magdala se souvient et raconte, sans rien cacher de ses indignations, de son amour, de ses faiblesses, la quête de liberté et la soif de justice qui l’amenèrent à se joindre aux disciples du rabbi de Nazareth. La romancière qui lui prête sa voix, s’appuyant sur une documentation historique précise, relève le défi de la fiction et arrache aux clichés les personnages que l’on croyait connaître. Laissant à chacun la liberté de conclure selon ses convictions, c’est avant tout le portrait saisissant d’une femme passionnée qu’elle livre au lecteur. |

Magdala est le nom de la ville d’où je viens. Une petite ville en Galilée, amoncellement de cubes de pierre blanchis à la chaux, si blancs qu’ils aveuglent sous le plein soleil et brillent dans le clair de lune. Une ville marchande, une de ces villes aux odeurs fortes, parfums et puanteur mêlés : l’odeur de poisson venue du lac de Tibériade et de l’aire de salage, les parfums des denrées dont mon grand-père faisait le négoce en gros : bois de santal, myrrhe, baume, huile d’olive parfumée ; et, se mêlant à tout cela, l’odeur des bouses de chameaux et de l’urine des ânes, et la sueur des hommes, des commerçants et des caravaniers qui venaient du désert. Lorsque le vent du nord soufflait, il purifiait l’air, et la ville, pendant quelque temps, sentait le désert et les neiges lointaines de l’Hermon. Ma ville natale. C’est aux poissons qu’elle doit son nom ancien : Migdal Nounaya, la citadelle des poissons. Les Grecs qui vivaient dans la province orientale voisine, la Décapolis, l’appelaient Tarichaia, et ce nom lui aussi est lié aux poissons. Lorsque, longtemps après la mort de Yechoua, je vécus dans ma caverne, dans cette contrée qu’on appelait la Provincia, bien loin de mon pays natal, bien loin du théâtre de la grande souffrance, l’odeur de la mer arrivait jusqu’à moi, portée par le vent d’ouest : une odeur de sel, de poisson, odeur bien connue, mêlée à vrai dire avec une étrange odeur d’eaux mortes et de marécages ; mais la faible trace d’odeur de sel et de poisson suffisait à éveiller mes souvenirs, et me faisait mal. Durant ces jours-là, je me recroquevillais dans le recoin le plus profond de cette caverne profonde, je frappais de mes poings la roche rugueuse et mouillée, et je criais, appelant Yechoua. Tout en sachant parfaitement la vanité de mes cris, je criais et je frappais autour de moi. Je criais si fort que les moutons qui paissaient devant ma caverne s’enfuyaient à toute allure en même temps que les chiens de garde et que le berger qui m’apportait chaque jour du pain et du lait. C’était lui qui m’avait montré la caverne, alors que j’allais au hasard, désemparée, sans feu ni lieu. En ce temps-là, c’était un enfant. Je l’ai vu grandir. Il ne s’éloignait pas de moi et il était aussi doux que ses moutons. Malgré cela, quand je criais, il détalait précipitamment, poussant lui aussi de grands cris. Il n’ignorait pourtant pas pour quelle raison je hurlais, et il le comprenait car je lui parlais beaucoup de Yechoua ; il me croyait sa veuve, et je le laissais dans cette croyance. C’était lui qui, le premier, nous avait vu aborder ; il était debout au bord de la mer, à cet endroit de la côte sablonneuse vers lequel la tempête nous avait poussés et où elle avait fait échouer notre navire, la vieille embarcation à voile toute vermoulue, et qui depuis longtemps ne tenait plus la mer qu’avec peine, grâce à laquelle nous échappâmes aux persécutions de Saulus, dix ans après la mort de Yechoua : Miryam Choulamith, Miryam Yaakovi et moi, accompagnées de Chochana, Yohana et Sara, nos fidèles servantes ; les deux sœurs de Béthania nous accompagnaient, ainsi que leur frère Lazare, qu’elles appelaient Liézer, et qui commença bientôt à prêcher courageusement. Nous avions également engagé deux marins phéniciens, qui nous avaient conduits jusque-là moyennant une grosse somme d’argent. Après le débarquement, ils se firent baptiser et devinrent les compagnons de Lazare. |

Los Muestros, 1er trimestre 1995 (mars 1995), par Maurice Chavardès, L’écriture et la vie
Miryam a marqué en 1983 le retour, au premier plan de la scène littéraire allemande, de la romancière Luise Rinser, qui n’avait pas publié de roman depuis L’Ange noir (1974). Il a connu dans les pays de langue allemande un succès considérable (plus de 500 000 exemplaires) et l’on peut espérer qu’il fasse redécouvrir en France le talent de conteur de cette romancière dont quinze livres ont été traduits en français dans les années 60 et 70 aux éditions du Seuil. Dans Miryam, l’un des témoins capitaux de la vie du Christ, Marie de Magdala, se raconte et décrit son itinéraire spirituel. Réfugiée dans la petite grotte des Saintes-Maries-de-la-mer, aujourd’hui bien connue des touristes, elle passe en revue les étapes de sa vie et conteste les idées reçues sur « Jésus » (Iechouah de Nazareth), sur son entourage, et sur sa propre destinée. Luise Rinser s’appuie ici sur une solide documentation historique et sur une connaissance précise du judaïsme, avec le souci constant de toujours rester accessible, même aux lecteurs peu familiers de la Bible ou des Évangiles. Sous sa plume, Marie Madeleine n’est plus une prostituée, et ce n’est pas non plus l’esprit fantasque et rêveur à qui Renan attribuait la principale responsabilité de ce qu’il appelait « l’invention », de la résurrection du Christ. C’est une femme indépendante qui prend ici la parole, refusant le rôle dans lequel la société de son temps veut cantonner les femmes. Riche et belle, elle ne veut pas de mari et préfère l’étude de la Torah, normalement réservée aux hommes. Trilingue, elle découvre la philosophie grecque. Esprit rationnel, elle n’est pas prête à s’en laisser conter et déteste le mysticisme vague des anachorètes. Sa quête commence par un désir de libération : sa propre libération, et celle de son peuple, opprimé par les Romains. Elle sera pourtant l’une des premières à comprendre que l’enseignement du Nazaréen est tourné vers un sens différent du mot « liberté ». Après avoir conquis de haute lutte sa place parmi les disciples – peu enclins à accepter une femme ! – elle deviendra l’une des figures les plus rayonnantes du mouvement déclenché par l’enseignement de Iechouah, à un moment où il ne s’est pas encore changé en « église ». Au fil du livre, Luise Rinser réhabilite la figure de Juda (Iehouda), montrant qu’il n’est en rien le traître vulgaire que l’on voit d’habitude en lui. Elle n’hésite pas à contester l’authenticité de certains propos le concernant, prêtés au Christ par les Évangiles. Sous sa plume, les Apôtres, plus généralement, ne sont jamais des images d’Épinal mais des figures individuelles, de fortes personnalités nettement dessinées. Luise Rinser trace du Christ un portrait humain, vivant, dont le caractère le plus remarquable est de laisser à chaque lecteur le soin de décider quel statut il lui accorde – divin ou humain, fondateur de religion ou rénovateur spirituel. Le livre acquiert ainsi une densité humaine qui, avec l’intensité poétique de l’évocation des villes et des paysages de Judée, n’est pas la moindre de ses qualités. Née en 1911, à Pitzling en Bavière, Luise Rinser a publié son premier récit, Les anneaux transparents, en 1941. Interdit par la censure, ce livre lui vaut également une suspension de ses activités d’enseignante ; arrêtée en octobre 1944 pour activités de résistance, elle est détenue jusqu’à l’arrivée des Américains. En 1946, le Journal de captivité qu’elle tire de cette expérience lui vaut un fort début de renommée littéraire. C’est son premier chef-d’œuvre : Jan Lobel de Varsovie (1948) qui consacre sa réputation ; traduit en 1954 en France par Clara Malraux aux éditions du Seuil, il connaît dans toute l’Europe un grand succès. Dès lors, Luise Rinser alterne nouvelles et romans, pour la plupart consacrés à des destins de femmes d’aujourd’hui, avec des recueils de notes intimes, des écrits autobiographiques, des récits de voyage. Elle vit aujourd’hui à Rocca di Papa, près de Rome, et a publié deux autres romans depuis Miryam ; la sortie du second tome de son autobiographie est, en Allemagne, l’un des événements littéraires de cette rentrée.
Témoignage chrétien, 18 novembre 1994, par Maurice Chavardès,
Luise Rinser est cette Allemande antinazie qui connut le camp de concentration et devint, après la guerre, un auteur de réputation mondiale. On lui doit une douzaine de livres traduits en français. Le dernier publié, dans une traduction de J.-Y. Masson, est intitulé : Miryam. C’est l’histoire de Marie Madeleine. Contrairement à la réputation qui lui a été faite, Marie Madeleine – Miryam – ne fut pas une prostituée, mais une femme libre dans une nation où les femmes ne l’étaient pas. Miryam, qui refuse d’être mariée par son père, selon la coutume, s’interroge : pourquoi les femmes sont-elles soumises aux hommes ? Pourquoi s’instruire est-il interdit aux femmes ? Elle honore le Dieu d’Israël, mais connaît les écrits de Platon et la philosophie grecque. Et quand elle rencontre Jésus, elle sait que sa quête de vérité, de justice et d’amour a trouvé enfin son objet. Avec lui, elle ira dans les tavernes que fréquentent les publicains, les charretiers et les filles faciles. N’est-ce pas là que Jésus entendait « les plaintes et les imprécations contre les Romains, les prêtres, les riches » ? Luise Rinser, qui fait de Marie Madeleine la narratrice de ce récit biographique, s’appuie sur une sérieuse documentation historique et une grande connaissance du judaïsme. Elle conteste l’authenticité de certaines paroles évangéliques, notamment au sujet de la trahison de Judas. Et elle laisse à chacun la liberté de voir en Jésus un prophète humain ou l’envoyé de Dieu. Miryam est un grand livre, un livre profond, émouvant, bien écrit... |

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