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  Mummy, mummies

  Alain Fleischer

  Avec 9 photographies de l’auteur

  80 pages
14,80 €
ISBN : 2-86432-368-0

Résumé

Dans une manière chère à l’auteur – le vis-à-vis en miroir de l’essai et de la fiction, mis en perspective par le souvenir de l’expérience vécue (ici les Fragments autobiographiques 4 et 5) – la question posée est celle de la secrète connivence qui se révèle dans la langue anglaise entre la maman et la momie, désignées par le même mot : mummy.
Photographie et momification ayant partie liée, quatre brefs textes s’organisent autour de neuf images des momies de Ferentillo, un village d’Ombrie où un phénomène naturel a conservé dans leur attitude au moment de la mort des corps qui furent ensevelis dans le cimetière pendant des décennies. Exhumés il y a plus d’un siècle déjà, certains sont depuis exposés dans la crypte de la chapelle et sont devenus des héros de la chronique locale. La plus obsédante de ces figures est la belle Caterina, sorte de Maternité en négatif qu’un amour impossible conduisit au trépas : « La jeune villageoise, avec l’enfant mort-né à ses côtés, est encore là, exhibée dans sa position de mise au monde où la mort la surprit, le ventre distendu, les cuisses ouvertes, le sexe gonflé et béant, le visage encore crispé par la douleur. »
Un petit garçon anglais, en voyage à travers l’Italie avec sa mère, découvre là les deux visages de la mummy : celle par où on entre dans la vie et celle par où on entre dans la mort.



Extrait du texte

     Dans la chambre de l’abbaye de San Pietro in Valle transformée en auberge, sur les flancs de la montagne qui surplombe Ferentillo, là où, le soir même, le petit Anglais partageait le grand lit rustique avec sa mère, l’image fixe continuait de se fixer, infusant son poison dans les eaux troubles du rêve. La fièvre rajoutait à la moiteur de la nuit d’été. L’enfant tournait et retournait son corps en tous sens et, au paroxysme de cette agitation, la tension douloureuse de ce qu’il ne savait pas être une érection l’éveilla à moitié. L’envahissement du ciel pendant la nuit par une épaisse nuée d’orage avait tiré un rideau sur l’univers criblé par des amas de mondes scintillants, et avait confiné la chambre, jusque-là ouverte sur le silence sans fin, et lumineuse comme en plein jour, dans l’obscurité sourde d’un tombeau.



Extraits de presse

     Moto Journal, 19 décembre 2002
     par Jacques Henric

     Avant le poids des mots, il y a d’abord le choc des photos, celle figurant sur la bande de la couverture, celles qu’on découvre à l’intérieur du livre : sculptures de quelque artiste morbide ? monstres humains sortis des bocaux d’un musée des horreurs ? ou plutôt momies, comme le suggère le titre du livre, Mummy, mummies ? On pense d’abord, en effet, aux dépouilles humaines entassées dans le cimetière des catacombes de Palerme, mais on a un doute, elles ne sont pas aussi bien conservées que ces momies-là, celles qu’Alain Fleischer a photographiées et à partir desquelles il a écrit quatre brefs et beaux textes mêlant, comme il en a l’art, essai et fiction. On apprend qu’il s’agit de corps retrouvés dans la terre d’un village d’Ombrie, laquelle a une composition chimique la rendant propre à la conservation des cadavres.
     Quelle aubaine pour un écrivain, dont on a pu mesurer dans ses derniers romans la puissance de l’imaginaire, et qui est en même temps un homme de l’image, que d’avoir rencontré ces expulsés de la terre-mère, ces morts appelés à une étrange et immobile renaissance ! Mummy, mummies : « La momie (...) est maternelle », écrit Fleischer, et de narrer une histoire à tonalité bataillienne (orage, morts, sexe, inceste) suivie d’une série de troublants instantanés autobiographiques. Mais avant de se risquer à l’inavouable, Alain Fleischer s’est interrogé sur les liens qu’entretiennent la photographie et les momies de Palerme. Les catacombes ? un « obscur laboratoire ». Les momies ? : des « images photographiques révélées mais non fixées ». Un bossu n’en finira jamais de tenir en main son pénis ; la belle Katerina ne se lassera pas de nous exhiber son sexe jusqu’à la fin des temps… Tout cela ne serait que « surface bruyante d’un mystère silencieux » ? À vérifier. Alain Fleischer n’en finira pas d’écrire et de photographier.