La langue a la sobre beauté des fresques romanes, à peine rehaussée de vieils ors ternis ou de chapiteaux historiés. Elle emprunte les raccourcis saisissants des figures stylistiques aux noms barbares, qu’importe ces noms, pourvu que les images adviennent, en nos jardins. Cultivons et ensemençons nos jeunes terres, les têtes et leurs esprits, pour que ces fastes images éclosent chaque printemps.
Josiane Bataillard, Le Quotidien jurassien, 29 mars 1997.
On retrouve avec plaisir et une certaine délectation la voix de Michon qui, de sa manière incomparable, à travers les légendes irlandaises ou des épisodes du Causse, à travers des lectures, nous répète, dans le lointain du texte, un chant mystérieux : celui qui dit et redit, dans les landes lointaines et les sommets élevés, par-delà le temps et l’espace, quelque chose de la pérennité de l’être humain.
René Zahnd, 24 heures, 1er avril 1997.
La cohérence du recueil, comme mise en scène du passage au littéraire, se donne alors véritablement à voir. Ce livre d’étape offre en effet des clés essentielles, sur la nature du travail de Pierre Michon. Avec une beauté plastique qui confirme la capacité de cette écriture à voyager sans mal à travers tous les sujets. Laissant de plus en plus espérer l’œuvre de grand souffle à laquelle elle apparaît si visiblement apte.
Jean-Claude Lebrun, L’Humanité, 13 juin 1997.
Pierre Michon est un grand écrivain. La puissance de ses textes, qui sont courts, (les élèves les liront, avec plaisir : écrits au présent, ils gardent jusqu’à la fin la promesse ou la possibilité d’un retournement) tient en particulier à des unions : une époque, surgissant dans son caractère, et une aventure d’homme, la rectitude de l’écrit et le mouvement continu de la vie ; cela fixé, non figé. Á lire, absolument.
B. Lévy, Choisir, juin 1997.
S’il est vrai, comme le rappelle Proust, que la lecture et l’écriture ouvrent la conscience à la spiritualité sans pour autant s’identifier à elle, Pierre Michon est un homme déchiré. Il appartient à cette famille étroite mais précieuse des écrivains à cheval entre littérature et esprit. Baignant dans le tumulte des mots, aspirant à un absolu qui se voile, aux prises avec une conscience mystérieusement obscurcie, l’auteur des Vies minuscules arpente dans [ce livre] les chemins d’une foi rude, bousculée et interrogative. [...] C’est bien la brûlure de l’absolu, dans son mystère inaltérable, qui incendie ces pages et retourne le lecteur. [...] Se déploie dans une prose dense, toute de musique et de heurts, d’âpreté et de rythme, le dessein de rendre sensible le mystère des mots et de Dieu. Lequel prend chez Michon, le visage du désespoir et de l’espérance. Le paradoxe n’est qu’apparent, car il ne fait point de doute qu’au regard de la source noire qui l’anime et du sentiment d’indignité qui le hante, les voies empruntées par Michon, dans la solitude, une angoisse dont on n’a pas idée, passent par l’espérance d’une rédemption. Au gré de l’écriture et, peut-être, du silence habité totalement par le désir de la Source. Au cœur des livres de mémoire proposés à notre méditation par Pierre Michon, il y a, littéraire et métaphysique, la question de la résurrection des morts. De ses morts à lui, de sa mort intime.
Alain Bertrand, Luxemburger Wort, 26 juin 1997.
Vos mains tremblent parce que c’est rare de tomber sur des récits aussi concentrés, avec tant de copeaux par terre, tant de combat avec le silence, tant de vertiges partagés. Michon nomme les gens anonymes, pour qu’ils soient. Pour qu’un peu de leur vérité mortelle palpite encore dans « l’hiver impeccable des livres ».
Corinne Desarzens, Tribune de Genève, 3 juin 1997.
Comme les anciens vitraux ou ces reliquaires d’or richement rehaussés de pierres précieuses et d’émaux illustrant la vie du saint dont ils renferment quelque reste, ces textes concis ressuscitent un personnage et l’atmosphère de toute une civilisation. Noms propres qui dépaysent, archaïsmes ou mots rares, images poétiques frôlant la légende dorée, l’épopée ou la préciosité mais avec une subtile ironie, tout contribue à renouveler constamment le plaisir du lecteur qui retrouve le style original déjà apprécié dans les précédentes œuvres de Pierre Michon [...].
Notes bibliographiques, juin 1997.
En très peu de pages, Pierre Michon nous offre des merveilles qui émeuvent plus qu’on ne sait dire. Lorsque la littérature peut à ce point redonner le monde et trouver la fameuse « étoffe dont les rêves sont faits », le commentaire est tout anéanti. Il cède à la gratitude. [...] On ne lit pas là un langage littéraire. Quelque chose arrive. L’épaisseur tragique de la vie trouve un accès charnel de vérité. [...] Le ton brusque, frémissant qui néglige les transitions et les facilités, montre des êtres vivants, ouverts aux sollicitations angoissantes et sensuelles, leur tourment, leur délivrance. On admire et l’on envie l’incomparable manieur d’émotion qu’est Michon, la magnificence de ses accords colorés à dominante azur et sang, son sens des appétits forcenés, et comme la peine rencontre la grâce. L’une et l’autre sont ici sensiblement l’avers et le revers d’une identique médaille ; sans la peine, la grâce devrait cesser d’être ce qu’elle est. Cette unité intérieure prend la forme d’une énonciation : le recueil d’une nouvelle fait un peu un itinéraire entre la Tristesse de Columbkill, à qui les Psaumes refusent leur prestige parce qu’il a voulu posséder la forme d’un livre plus que son sens, et l’émerveillement d’une infinie douceur que connaît Édouard Martel, en s’accomplissant par la forme arrêtée de quelques mots. Comment ne pas aimer un tel livre ? Les paroxysmes dans les situations, le don d’évocation – la faculté de ressusciter les âges, très propre, on le sent, au désir de toucher –, l’éloquence, une sorte d’imagination espagnole, chatoyante et fiévreuse, sensuelle et spirituelle en une perpétuelle oscillation où se goûte le mystère de la dualité unie de l’être : tout cela nous transmet une belle ardeur, une appétence extrême de vie. Entendons bien, Pierre Michon dit ce que nous désirons : la bête fauve, l’Esprit, l’Incarnation.
Didier Laroque, La Croix, 29 juin 1997. |