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  La neige gelée ne permettait que de tout petits pas

  Christian Garcin

  Nouvelles

  96 pages,
12,50 €
ISBN : 2-86432-433-4

Résumé

   Au-delà de la frontière, un pas suffit et vous êtes projeté ailleurs.
   Juste un tout petit pas, à peine au-delà ; quelque chose qui se passe et qui ne passe pas ; quelque chose qui se pense, tout seul, à l’intérieur de soi – et le monde, soudain est à l’envers, le dedans dehors ou le dehors dedans.
   Ce sont ces moments de crête, fugitifs et imprévisibles, implacables et quotidiens, pleins d’une protestation muette, parfois d’un bonheur réel ou injustifié, que livrent à notre sensibilité les personnages de ces nouvelles, moments, au fond, sans passé ni avenir et qui ne valent que pour eux-mêmes.
   Neuf nouvelles, autant de variations en forme d’éloge de la fuite.


Extrait du texte

   Tout à l’heure je vais me lever, pensa-t-elle. Tout à l’heure je vais me lever, prendre un petit-déjeuner et quitter cet hôtel. Ils me cherchent tous. Même la police, sans doute. Je vais sortir de l’hôtel, me diriger vers la gare et les rejoindre. Non, pas les rejoindre. Ou plutôt si. Ou bien j’irai dans une autre direction. A l’opposé, voilà. Je ne sais pas encore. C’est dans moins d’une heure peut-être, et je ne sais pas encore dans quelle direction je vais aller.
   Elle ouvrit les yeux et sourit au plafond. Elle se sentait intensément riche, prête à toute éventualité – comme à l’extrême pointe de son présent, ou sur la crête acérée d’une montagne. Le bruit insupportable des camions qui se croisaient sous ses fenêtres allait en s‘accroissant. Elle se disait qu’elle allait peut-être se rendormir avant de descendre.


Extraits de presse

   Tageblatt, février 2005
   Anatomie de la fuite ordinaire
   par Laurent Bonzon

   Avec un recueil de nouvelles (Verdier) et un roman (Gallimard), Christian Garcin montre une fois encore l’étendue de son talent. Que ce soit dans son rôle de scrutateur d’un monde où chacun, dans son ordinaire, se meut au bord de la rupture, ou dans celui d’inventeur de rencontres signifiantes à force d’être accidentelles, il embarque son lecteur à « tout petits pas » et lui impose définitivement son rythme.

   Il suffit d’un rien. Un mot de travers ou un silence, une phrase répétée ou entendue une fois de trop, une image, la chaleur ou la sécheresse d’un corps, la mémoire d’une scène qui revient ou s’efface à jamais. Chacun à son tour, les personnages des nouvelles de Christian Garcin vivent, au détour de leur quotidien, ce trop-plein ou ce trop peu. Puis ils glissent, se brisent comme la glace et s’enfouissent dans quelque chose de nouveau qui les rapproche d’eux-mêmes tout en les éloignant d’une vie qu’ils pensaient leur.
   Au travers de quelques destins ordinaires, le recueil de nouvelles intitulé La neige gelée ne permettait que de tout petits pas s’attache à ces moments-clés, fugitifs et inattendus ; où la vie bascule dans l’inconnu, où les destins empruntent des chemins qu’on pensait improbables, brusquement choisis. Une femme et son mari partis en train rendre visite à leur fille qui doit leur présenter leur futur gendre. La bonne humeur du père, ses commentaires de la presse, toujours les mêmes, un arrêt dans une gare, la femme qui descend, fuit tranquillement, prend une chambre dans cette petite ville sans joie, se rend à l’église en passant – vieux souvenir : « Silence, humidité, obscurité, se dit-elle, c’est ça, c’est exactement ça. Quelque chose en elle lui chuchotait avec une infinie douceur que c’était ce qu’elle avait toujours recherché sans le savoir, que c’était ce que nous recherchions tous, car là était l’origine de tout, quelle que fût l’énergie que nos dépensions pour tenter de l’oublier. »
   Autant de nouvelles, autant de libertés retrouvées devant des carrefours qu’on ne voyait plus, dissimulés par toutes ces années de répétition et de routine. Brutalement, ils s’illuminent d’un rien, incarnent dans la netteté retrouvée le souhait très ancien d’avoir pris une autre route : « J’éprouvais le sentiment croissant de ce vide à l’intérieur, comme une chose qui me faisait défaut et dont le désir remontait de très loin, trop loin pour que je puisse la nommer. »
   Chez les personnages de Christian Garcin, la fuite n’est pas joyeuse ni emportée. Elle est sereine. À l’image de cette littérature des petits pas. […]



   TOC, janvier 2005
   par Vincent Monadé

   La première nouvelle, qui donne son titre au recueil, peut se résumer à cette image : une fin de journée, un homme dans sa voiture devant le domicile conjugal. Les heures passent et il observe de l’extérieur les lumières allumées de son salon. Dans une autre, une femme part rendre visite à sa fille avec son mari. Le temps d’un arrêt, elle descend du train, seule, s’enfonçant dans une ville inconnue. Ces six nouvelles disent la désunion qui peut s’opérer entre un être et sa vie : des hommes et des femmes, en un état serein, cotonneux, observant en étrangers indifférents ce qui fait leur existence. Du jour au lendemain, sans crier gare, les choses leur parviennent comme assourdies et la voix intérieure, insatisfaite, mélancolique, parvient à se faire entendre.
   Le titre de ce recueil n’est pas usurpé. Sans spleen aucun, Christian Garcin nous plonge dans une atmosphère de jour enneigé. Ces nouvelles donnent à entendre, non la fureur du monde, qui n’est plus ici que vaines gesticulations, mais le cœur des hommes, ces petites perceptions et sentiments qui teintent les jours : « Peut-être l’extrême banalité contient-elle, dissimulé sous une épaisse couche d’apparente insignifiance, plus de potentiel émotif que l’aventure », nous suggère Garcin. La prose s’écoule, fluide, sans heurt, comme chuchotée, fidèle aux sensations de ces jours de torpeur où le silence se fait dans les têtes. Une très belle lecture de saison.



   Livres Hebdo, 3 décembre 2004
   Garcin le virtuose
   par Jean-Claude Perrier

   [...] Quant aux nouvelles de La neige gelée ne permettait que de tout petits pas, elles procèdent du même esprit : chacune met en scène un personnage trivial, au moment où sa vie pourrait basculer. Comme ce représentant de commerce qui rêve d’assassiner sa femme et finira par rester la nuit, sous la neige, dans sa voiture, sans oser rentrer chez lui, après une journée entière à imaginer (et savourer) différents moyens de passer à l’acte. Ou cette femme qui s’ennuie tant dans un train avec son mari qu’elle descend à un arrêt, prend une chambre dans un hôtel anonyme, et s’endort. Le représentant tuera-t-il sa femme un autre jour ? Et la dame rejoindra-t-elle sa famille ? C’est le propre des nouvelles de ne pas nous le dire. De nous laisser dans cette expectative, entre le réel et le rêvé, où Christian Garcin se plaît à nous entraîner.
   De livre en livre, et quel qu’en soit le genre, Garcin construit son univers, si personnel. On l’y suit avec toujours la même jubilation. Un mot qui lui va à ravir.