Art absolument, printemps 2005, n°12
Ouvrir Couvrir
par Soko Phay-Vakalis
L’ouvrage collectif est né à l’initiative de l’artiste
Jessica Vaturi qui a participé notamment à la manifestation « Nuit
Blanche » 2003 avec ses installations « Dislocations urbaines ». À
partir des planches anatomiques de la Renaissance, celles d’André
Vésale, et de l’imagerie médicale contemporaine, son travail questionne
les modalités et influences de ces images à résonance magnétique
(radiographie, scanographie, endoscopie) qui modifient considérablement
notre perception du corps ouvert, fermé, in vivo. « Peindre
sur/sous toile, la traverser, ou se tatouer, se percer, se vêtir
d’explosif : d’où vient la fascination violente d’ouvrir, de s’ouvrir,
de voir s’écouler l’ouvert ? » À partir de cette interrogation, elle
invite des intellectuels à partager leurs réflexions au regard de leurs
propres travaux. Tel est le pari de ce livre. Pari tenu à travers la
diversité des approches et la confrontation des pratiques artistiques
et des pensées philosophiques et historiques. Qu’il soit ouvert,
couvert, nu ou vêtu le corps met en jeu les notions de séparation, de
retrait, d’isolement, soulignant l’indispensable démarcation des morts
et des vivants. La problématique « ouvrir/couvrir » interroge ainsi les
enjeux du voir (« chercher du visible là où il devrait y avoir de
l’invisible », écrit Benny Levy) et révèle le lien indissociable où se
nouent désir, mort et mémoire.
Beaux Arts Magazine, février 2005
Anatomie de l’art
par Itzhak Goldberg
Ici, le corps est omniprésent. On le trouve avec les
œuvres de Jessica Varuri, qui s’intéresse à la « topographie des
ramifications internes ». Mais, couvert ou ouvert, le corps est
interrogé par les différents auteurs, dont les récits débordent parfois
du cadre de l’histoire de l’art. Ainsi, Georges Didi-Huberman étudie le
sens du tallith, ce châle de prière dans lequel les Juifs religieux
sont enterrés. Ailleurs, Benny Lévy réfléchit sur le sens des vêtements
dans la Bible. Ailleurs encore, Raphaël Cuir et Jacinto Lageira suivent
les mésaventures du corps dans l’art contemporain. La figure humaine a
perdu son enveloppe ; pétrie, lacunaire, évidée, elle n’est plus celle
qui maîtrise le monde.
Page des libraires, octobre-novembre 2004 par Raya Baudinet
À l’initiative de la plasticienne Jessica Vaturi, dont les travaux
questionnent déjà les intrications possibles du corps politique et
social avec celui du corps anatomique, historiens, philosophes, et
critiques d’art ont accepté à travers cet ouvrage, de traiter tour à
tour de la thématique de « l’Ouvrir et du Couvrir ». Sous ce segment de
mots, il faut comprendre un corps exploré ou recouvert selon un double
mouvement de visibilité et d’invisibilité propre au lexique de
l’histoire de l’art mais aussi à celui de la recherche médicale :
depuis les premières dissections jusqu’aux actuelles manipulations du
corps humain. En effet, qu’est-ce qui se dit de l’identité humaine à
travers la mise au jour de l’intérieur d’un corps ? Comment le monde
peut-il s’inscrire dans la chair, si l’on présuppose que la chair
figure le monde dans lequel nous vivons ? Ces interrogations, les
traditions religieuses autant que les canons de la statuaire antique ou
l’art contemporain n’ont eu de cesse d’y réfléchir. Un livre qui
dessine un parcours de pensée passionnant et exigeant.
Artpress, 1er janvier 2005
par Thierry Davila
À l’origine de cet ouvrage collectif il y a la demande
d’une artiste, Jessica Vaturi, qui s’est adressée à sept auteurs
(critiques, philosophes, historiens, écrivains) pour travailler sur la
question du recouvrement et de l’ouverture. Recouvrement du corps,
ouverture de son intériorité, de ses viscères, recouvrement du temps et
de la mémoire, ouverture du regard et de l’histoire : nombre de pistes
s’ouvrent aux intervenants qui suivent des chemins fort divers, qui
circulent dans des textes et des représentations multiples. Un cahier
d’images présente le travail de Vaturi qui prend justement pour
thématique le corps et sa cartographie. Il est restitué dans la longue
durée de l’histoire par Raphaël Cuir, tandis que Paul Ardenne en
propose une contextualisation exclusivement contemporaine.
Dans la plupart des textes, le titre de la publication
fonctionne comme un véritable sésame qui permet l’exploration de
thématiques et de formes fort différentes Françoise Frontisi-Ducroux
élabore un parcours historique à travers les manteaux et les voiles à
partir de statues de femmes créées à Cyrène (Santorin) en 630 avant
notre ère. Jacinto Lageira analyse le corps recompose et détruit,
projeté et représenté chez de Rooning, Francis Bacon et les
actionnistes viennois. Un essai posthume de Benny Lévy interroge la
question du voir dans la tradition juive. Reste deux textes à lire de
toute urgence : celui, magnifique, d’Alain Fleischer consacré à une
image vue au musée juif de Sydney, ample méditation sur la mémoire et
la mort qui prend pour point de départ le souvenir à la fois précis et
estompé de cette photo, et celui, non moins somptueux, de Georges
Didi-Huberman consacré au tallith, le châle de prière dans la tradition
juive, et à l’azur. Ici, ouvrir et couvrir devient une épreuve écrite.
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