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  Parménide
de l'étant au monde

  Jean Bollack

  Texte grec, nouvelle traduction et interprétation
Inédit

  352 pages
9,80 €
ISBN : 978-2-86432-475-1

Résumé

   La vision  des sages  de la Grèce archaïque est sortie profondément transformée par la réflexion qu’a menée tout au long de sa vie Jean Bollack.
   Son ambition est ici de surmonter la fragmentation  d’un poème exceptionnel  que nous avons perdu. Il construit un ensemble avec des pleins et des vides à remplir. Le caractère initiatique de cet exercice  de  méditation facilite  la tâche du déchiffrement ; tout s’y tient  et le lecteur moderne  peut se conformer à ses lois.
   L’analyse  du langage prime. La pensée s’y libère et découvre un référent sûr. Une  cosmologie s’y projette, des astres à la vie des hommes, de l’Étant au Monde, dont ce livre s’applique à dégager les correspondances.



Extraits de presse

   Le Monde, vendredi 2 février 2007
   Une farouche volonté de transparence
   par Roger-Pol Droit

   Jean Bollack renouvelle depuis plus de quarante ans l’approche des œuvres poétiques et philosophiques de l’Antiquité grecque. Mais aussi celle de Paul Celan.

   Bien souvent, on oublie que les textes de l’Antiquité ne nous sont parvenus que par bribes, ou même en lambeaux, à travers une multitude de filtres, de citations, de copies successives. Ce serait une grave illusion de croire qu’il existe « un » texte d’Héraclite, de Parménide, d’Empédocle – ou même de Platon – qui soit sûr et certain, unifié, lisible sans travail préalable. Au contraire, les œuvres que nous lisons sont le résultat d’un immense labeur, assez semblable à la construction d’un puzzle. C’est en comparant un manuscrit à l’autre, en établissant les variantes, en reconstituant des familles de copies que l’on finit par proposer une version du texte. Elle n’est jamais intangible, jamais définitive. Pour les œuvres modernes, l’édition originale fait foi. Avec celles de l’Antiquité, le chantier reste toujours ouvert.
   Pourquoi ces explications ? Sans elles, pas moyen de comprendre ce que fait Jean Bollack. Car ce savant merveilleux, à la fois méticuleux et iconoclaste, est comme un archéologue qui nettoie, décompose et réassemble les fragments d’une mosaïque. Rassemblant tout ce qu’on sait d’un texte, tout ce qu’on lui fait dire, il finit par en renouveler l’approche de fond en comble. Échelonnée sur plus de quatre décennies, son œuvre est impressionnante, passant au crible, parmi les philosophes, Empédocle (4 volumes), Héraclite, Épicure (3 volumes), et aujourd’hui Parménide, ainsi que les grands tragiques grecs, avec notamment quatre volumes consacrés au seul Œdipe roi de Sophocle et à ses interprétations ! S’y ajouteront bientôt un commentaire de l’Hélène d’Euripide et des notes sur l’Antigone de Sophocle.
   C’est peu dire que Jean Bollack maîtrise de longue date les techniques de la philologie, cette science des textes que les érudits allemands ont portée à sa perfection au XIXe siècle. Né à Strasbourg en 1923, il a fait ses études en Suisse, selon les méthodes anciennes. « J’ai été élevé dans une famille juive alsacienne, mais où le judaïsme avait encore une certaine vie, précise-t-il. Mon père avait été nommé à Bâle par la maison de commerce en grains où il travaillait, grâce à cette circonstance j’ai survécu au nazisme et j’ai fait là mes études, dans un lycée protestant où l’on faisait beaucoup de latin et beaucoup de grec. » Éminemment novateur et moderne, ce philologue semble aussi appartenir à un univers presque hors du temps. Toujours impeccablement habillé, avec des cheveux de neige qui évoquent ceux du grand Ernst Cassirer, on songe en le rencontrant que les règles de l’établissement des textes n’ont pas bougé, pour certaines, depuis la bibliothèque d’Alexandrie.
   Mais Jean Bollack ne se contente pas, et de loin, d’appliquer ces méthodes. Il les questionne, les critique, les perturbe, afin de mieux retrouver par-delà les siècles, au moyen de la minutie la plus extrême, quelque chose du geste singulier qui fut celui d’un individu vivant, qu’il se nomme Épicure, Sophocle ou Parménide. Voilà donc ce qui fait sa principale singularité : la froideur scientifique, mais au service d’une recherche passionnée du sens, de la rencontre subjective avec ce qu’a vraiment voulu dire un génie lointain. Une nouvelle théorie de la compréhension des textes s’y trouve appliquée, que Jean Bollack a mis en œuvre en s’entourant toujours d’un petit groupe de fidèles collaborateurs, à commencer par Mayotte Bollack, son épouse, cosignataire de la plupart des traductions.
   Ces multiples travaux ont suscité admirateurs et détracteurs, ne laissant jamais indifférent. Sans ces publications dérangeantes, notre image de certains des plus grands auteurs de l’Antiquité serait demeurée statique. Est-ce à dire qu’il existe une méthode Bollack ? La réponse est nuancée : « Je travaille toujours sur au moins deux niveaux. L’un est textuel et philologique, l’autre concerne la totalité de l’œuvre considérée. Cette distinction est pour moi essentielle. Somme toute, j’entame la même démarche deux fois : une fois pour les spécialistes, de manière technique, et l’autre fois pour saisir ce que l’œuvre signifie, à nos yeux, mais aussi en elle-même. Ainsi, je fais l’aller et retour, j’entre dans la philologie au plus profond, et en même temps j’en sors, car il y a une matière philosophique, qui a sa logique propre. »
   Ce double registre, ce va-et-vient permanent entre détail microscopique et sens global est aussi une façon de surmonter l’habituel clivage entre philologues et philosophes. Les premiers se soucient de la lettre du texte, et des moindres variantes, mais négligent trop souvent l’architecture de l’œuvre, le contexte, la portée d’une démarche globale. Les philosophes, au contraire, poursuivent généralement de grands débats d’interprétation en oubliant de prendre une loupe pour regarder les virgules. Ce fossé, Jean Bollack tente de le combler. Ce n’est d’ailleurs pas la seule singularité de ses travaux.
   Il fut aussi l’un des tout premiers, et demeure l’un des plus habiles, à manier ce qu’on pourrait appeler le poids des lectures antérieures. Car nous ne rencontrons jamais directement les auteurs anciens dans un paysage vide et nu. Nous les abordons toujours, et bien souvent sans le savoir, au sein d’une foule de questions, d’interprétations héritées. Peut-on parler de déformation ? « Oui, sans hésitation. Ce qu’on « fait dire » à un texte est une question centrale. Il y a toujours des appropriations fausses, des assimilations abusives. C’est pourquoi, dans chaque travail, je discute avec une tradition. Il faut la connaître avant de prendre parti ! Étudier un auteur, c’est commencer par se demander : qu’est-ce qu’on m’en dit ? Et pourquoi me dit-on cela ? Et qu’est-ce que je pense de ces affirmations, en les confrontant au texte ? Par exemple, dans le livre sur Œdipe roi, j’ai voulu livrer le dossier entier, et dire pourquoi, entre huit ou neuf interprétations possibles, je me décide pour l’une d’elles. On ne peut le faire qu’en connaissance de cause pour éliminer l’arbitraire et le reproche de subjectivité ; c’est une farouche volonté de transparence. »
   Un dernier trait rassemble plusieurs travaux de Jean Bollack que l’on pourrait croire sans relation entre eux : la relation entre langage et pensée, entre poésie et philosophie, entre manière de dire et cheminement d’idées. Ce n’est pas par hasard qu’il s’est intéressé principalement à des auteurs comme Empédocle, Héraclite ou Parménide, dont le dire poétique est indissociable de l’élaboration philosophique. Dans l’examen de telles œuvres, la place d’un terme, l’usage d’un rythme, le choix d’une construction syntaxique ne fournissent pas seulement des informations littéraires ou stylistiques, mais des éclaircissements sur la démarche théorique.
D’autre part, on ne saurait oublier que Jean Bollack a consacré quatre volumes à l’œuvre du poète Paul Celan, dont il fut un des proches. D’autre part ? Ou bien dans le même mouvement ? « Paul Celan, je l’ai bien connu, et je l’ai lu de son vivant. Cette œuvre à la création de laquelle j’ai assisté, que j’ai vu naître, année après année, je savais que je ne la comprenais pas. À ce moment-là j’écrivais mes Empédocle, j’étais dans autre chose. Je prenais connaissance des poèmes, mais j’avais l’expérience de leur non-compréhension. Je ressentais donc comme une dette à l’égard de Celan. Je me suis dit, pourquoi ne fais-tu pas le même effort, pour lui, que tu fais pour un auteur grec ? Je me suis donc mis, dix ans après la mort de Celan, à apprendre à le lire. »
   Ainsi découvre-t-on que la volonté de transparence de Jean Bollack ne se morcelle pas. C’est le même effort qui s’applique à Celan et à Parménide et, finalement, les travaux non seulement se répondent, mais se renforcent l’un l’autre. « J’ai donc décidé d’apprendre le “celanien”, car il s’agit d’une langue dans la langue. L’avance que j’ai eue, très vite, sur les gens qui publiaient à son propos, c’est qu’ils croyaient à l’immédiateté, alors que je savais qu’il y avait une médiation à acquérir il fallait tenter de savoir quel était l’idiome qui avait été créé. Il y a en effet une langue de Celan, comme il y a une langue de Parménide. En retour, je peux dire que si je n’avais pas travaillé, pendant presque vingt ans maintenant, sur Celan et publié quatre livres sur son œuvre, je n’aurais pas écrit ce Parménide. Mais on peut dire en sens contraire que si je n’avais pas lu les poètes anciens comme s’ils étaient des contemporains, je n’aurais pas su les situer dans l’histoire. J’historise non moins radicalement Celan. ».


   Parmenide revisité

   Le poème de Parménide est l’un des textes les plus difficiles de l’héritage grec. Les Anciens disputaient de son sens et de sa portée. Les Modernes ne sont pas en reste, surtout après que Nietzsche a mis en lumière la profondeur et l’importance des penseurs antérieurs à Socrate. Les fragments de Parménide qui nous ont été conservés, quelques dizaines de vers en tout, ont déjà suscité de nombreuses éditions, interprétations et commentaires. À tel point que la lecture de ces fragments souvent énigmatiques ont fini par devenir l’un des exercices cruciaux où s’affrontent des conceptions divergentes de la philosophie dans son ensemble.
   En langue française, au cours du dernier demi-siècle, sont parues notamment les études de Jean Beaufret (1955), Denis O’Brien (1987), Rémi Brague (1987), Marcel Conche (1996), Barbara Cassin (1998), en anglais celle de A. H. Coxon (1986), tandis qu’en allemand, après l’apport de Reinhardt en 1916, ce sont les leçons de Heidegger, plusieurs fois remaniées, qui ont exercé la plus forte influence sur les divers commentateurs. Parménide, pour le penseur de Fribourg, qui le considère comme un « pâtre de l’être » au même titre qu’Héraclite, est en effet décisif dans sa propre conception de l’ontologie.
   La tâche de Jean Bollack a consisté d’abord, comme il le dit lui-même, à « désheideggeirianiser » Parménide, en le dépre­nant d’une interprétation jugée violente. L’examen minutieux de chaque terme du texte grec débouche sur des résultats qui ne manqueront pas de susciter de savants débats. Trois singularités principales caractérisent en effet ce Parménide revisité. Le poème, pour Jean Bollack, ne parle pas principalement de l’être mais de la langue, évoquant une sorte de traversée du langage commun vers un monde plus exact et mieux formé. D’autre part, ce n’est donc pas une ontologie que vise Parménide, mais plutôt l’élaboration d’une sagesse pratique. Enfin, plus qu’une métaphysique, c’est avant tout une cosmologie que dessinent certains des fragments.
   Ce livre d’une science admirable éclaire également la signification de l’héritage homérique chez le poète-philosophe, qui reprend et transforme à sa manière le style des aèdes. Ajoutons que le sujet est difficile, inévitablement, mais que tout a été fait pour rendre ce travail accessible. On peut donc le recommander à ceux qu’une bonne partie des penseurs grecs voyaient d’un mauvais oeil : « le plus grand nombre ». Le prix lui-même devrait permettre au peuple de s’instruire : moins de 10 €, grec compris. Mais si.




   La Quinzaine littéraire, 1er au 15 février 2007
   Parménide et la valeur du langage
   par Pierre Pachet

   La redécouverte et réhabilitation des philosophes dits « pré-socratiques » est due à des poètes comme Hölderlin, Nietzsche ou plus près de nous René Char. Mais le travail de détail a été effectué avant tout par les historiens de la philosophie et les philologues de l’école allemande.

   Ils ont tenté de reconstituer, à partir des citations éparses qu’en ont faites des auteurs tardifs et que nous appelons des « fragments », les traités de ces penseurs d’avant Socrate : Anaximandre, Héraclite, Pythagore, Empédocle, Anaxagore, et les penseurs d’Elée en Italie du Sud, ou « éléates » : Zénon, et Parménide (qui a vécu au début du Ve siècle avant notre ère). À la croisée de ces deux influences c’est la méditation de Heidegger qui a redonné du lustre à ces penseurs de la « nature » ou phusis, ces phusikoi.
   À partir des années 50, un petit livre de Jean Beaufret a justement exercé en France une grande influence sur les enseignants et les étudiants de philosophie : Le poème de Parménide (P.U.F.). Il contenait 10 pages d’une traduction mystérieuse et captivante du poème, et 70 pages d’un commentaire d’une belle écriture, souveraine, nourrie de Heidegger. On y découvrait, interdits, à la fois la parole de Hölderlin telle que la rendait Beaufret (« Énigme est ce qui, pur, a jailli. À peine est-il licite, même à la poésie, de le dévoiler »), et les vers « au raccourci terriblement péremptoire » de Parménide, le philosophe-poète : « Le même, lui, est à la fois penser et être » et « Or c’est le même, penser, et ce à dessein de quoi il y a pensée ». Énigmes, en effet.
   Le remarquable travail d’édition et de commentaire des fragments de Parménide que Jean Bollack publie directement en format de poche prend les choses de façon assez différente. Comme il le fait dans ses travaux depuis quarante ans, que ceux-ci portent sur les pré­socratiques (Empédocle, Héraclite), sur Épicure, sur les Tragiques (Eschyle, Sophocle, Euripide), comme sur Paul Celan, à qui il a consacré des études éclairantes, Bollack accorde un rôle directeur à la philologie : il entend par là à la fois la connaissance de la langue grecque dans ses différents états historiques et ses genres (le poème de Parménide est écrit dans l’hexamètre de l’épopée, celui d’Homère et d’Hésiode), la connaissance de la tradition qui a amené le texte jusqu’à nous, tradition constituée par les commentaires ou les références des philosophes ultérieurs (par exemple Aristote, entre bien d’autres), mais aussi par les textes de divers commentateurs anciens – en particulier le Commentaire sur la Physique d’Aristote de Simplicius (VIe siècle de notre ère, donc déjà plus d’un millénaire après Parménide) – ou modernes, dont Bollack domine l’ensemble jusqu’à donner le vertige à son lecteur. C’est sur cette base que ce travail entreprend la reconstitution.
   La traduction n’a pas chez lui la valeur poétique séduisante qu’elle avait chez Beaufret, et qu’on regrette parfois ; souvent c’est le commentaire de Bollack qui a une force poétique, aphoristique ou paradoxale. Même si la lecture de ce livre est ardue, elle donne le sentiment d’approcher la valeur de révélation du poème, en s’attachant à reconnaître les éléments de langage avec lesquels travaille Parménide, en cherchant à ressaisir la composition et la structure de chaque fragment, en prêtant attention aux références implicites qui éclairent son intention, en interrogeant patiemment les images, dans leur audace. Le poème commence, peut-on imaginer, par l’évocation d’une sorte de voyage qu’accomplit celui qui va recevoir la doctrine, dans un char mené par des cavales, vers une mystérieuse déesse (Daimôn), jusqu’à une porte qui s’ouvre et qui est décrite avec richesse. Bollack rapproche, et on a envie de le suivre, les éléments de la porte, et les outils de langage sur lesquels le poème lui-même attire l’attention avec une insistance que le commentateur accompagne, écrivant « L’opération linguistique s’appuie ainsi sur des objets aussi travaillés qu’elle ». Plus loin la porte, en s’ouvrant, révèle « une béance vacante ». Commentaire sur cette béance : « la porte la délimite par son ancrage, et par le pouvoir que ce passage même leur confère. L’abîme se désabîme. » Et Bollack de voir, « dans le char, la composition du poème ».
   « De l’Étant au Monde », tel est le sous-titre, parce qu’après cette sorte de prologue, le poème comprend deux pans, l’un consacré à « l’étant » et à ce qu’on peut et doit en dire ; l’autre au monde, à ce qui le meut, à son engendrement et à sa différenciation (cosmologie). Là où Beaufret parlait de « l’être » et du « non-être », Bollack (de la même façon Barbara Cassin, dans son édition également bilingue, et également en poche, Sur la nature ou sur l’étant, coll. Points/Seuil) nomme « l’étant », comme le grec, et considère que la première partie du poème part du fait que la langue grecque puisse dire « est », estin (toutes les langues n’ont pas ce verbe apparemment indispensable, ou n’en font pas le même usage). « Deux chemins de recherche », dit la Déesse : « l’un que “est” et qu’il n’y a pas moyen qu’il ne soit pas… l’autre que « est » n’est pas, et qu’il y a utilité qu’il ne soit pas ». C’est le premier chemin que le poème privilégie. Sur ce point le commentaire de Bollack explique clairement pourquoi il choisit « est » plutôt que « il y a » : « “Il y a” (qui rend le es gibt de Heidegger) a le désavantage de suggérer l’existence d’une vérité ou d’un contenu préalablement connus, mais ils se forment dans le récit, ils y surgissent… Le récit s’appuie sur un mot central, qu’il a choisi : estin. »
   Difficile d’entrer plus avant dans le commentaire, souvent extrêmement affirmatif et qui ne vaut que dans sa précision, son attention au textuel. Difficile aussi d’évaluer sa justesse. Par exemple : ce parti pris « textualiste » lui-même, cette insistance sur la valeur du langage, appartiennent-ils à Parménide, en admettant qu’on puisse, à travers les millénaires et les commentateurs, ressaisir sa pensée, ou à une orientation de notre culture, voire à Bollack lui-même, qui écrit : « Il est établi qu’il existe (estin) une identité entre le penser et ce à cause de quoi la pensée existe (estin), à savoir langage. » [c’est moi qui souligne], ou un peu plus loin : « Pas de pensée sans langage ». Ces doutes n’entament pas l’admiration qu’inspire ce travail.




   Libération, samedi 16 et dimanche 17 décembre 2006
   Parménide, de l’étant au monde
   par Catherine Halpern

   Deux mille cinq cents ans après, lire Parménide est une gageure. Du livre que le philosophe présocratique avait conçu, il ne nous reste malheureusement que quelques fragments et des résumés anciens de la doctrine légués par la doxographie. L’obstacle pour Jean Bollack n’apparaît pas insurmontable : « Il faut réunir tout ce qui reste jusqu’aux miettes et tenter de reconstruire des ensembles, petits et grands ; on parvient plus loin qu’on ne l’a cru. » Mais le texte a aussi été recouvert par les nombreux commentaires. Bollack les tient en respect pour tenter de retrouver le sens de cette opaque mais hypnotique pensée de l’étant et du monde. « Il faut lire Parménide sans faire le détour par Platon », commence-t-il. Cela veut notamment dire s’émanciper de la lecture exclusivement ontologique faite trop souvent de Parménide pour intégrer sa cosmologie. Jean Bollack s’attache donc avec patience et minutie à restituer le sens du texte retraduisant, expliquant ses choix, interprétant, discutant les commentateurs. Un chemin exigeant et difficile pour une pensée qui ne l’est pas moins.


   Acta Fabula, dimanche 17 décembre 2006
   L’étoile du soir et l’étoile du matin
   par Michaël Martin