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  Partition blanche

  Michaël Gluck

  Récit

  128 pages
8,50 €
ISBN : 2-86432-023-1

Résumé

     Il y aurait un livre sous l’errance qui serait débordement, le violon de Chlomo pour la danse de l’aveugle. Un livre sous les voix multiples et multipliées, voix de Déborah, torche vive sur la neige, voix dans les gestes de Sourèlé, voix d’Ytzaak, voix de David...
     Il y aurait des trains dans la mémoire, l’entre-deux gares sans destination. Un violon plus ancien, livre autre, incontournable où puiser la force d’un langage, d’un exister qui soient plus que la lettre, l’invention d’un chant, le chant de l’inouï.



Extrait du texte

     Il aurait existé une première version du livre qui commencerait ainsi : « L’histoire ne dit pas ce qu’il devint. » Certains commentateurs font remarquer qu’une telle phrase pourrait être en fait la dernière d’une autre version. D’autres, qu’une erreur de transcription ou de lecture aurait occulté une formulation antérieure qui ne pouvait trouver place dans le livre : « L’histoire ne dit pas ce qu’elle devint. » Mais alors, selon les tenants d’une autre école, se reposerait la double question : première ou dernière phrase ?
     « Ces querelles n’auront plus lieu d’être quand tu ouvriras le livre en son dernier état » disait un aveugle auquel l’auteur, selon la tradition aurait lu son œuvre. « Je me rappelle, ajoutait-il quand on le pressait de questions, la première phrase dont chaque mot prononçait ceci : “L’homme ne dit rien.” » Et parfois il caressait le visage de qui l’avait écouté, ou bien il essuyait les larmes d’un enfant qui lui avait porté des roses.
     On ne sait que bien peu de choses du livre, et pourtant ceux qui l’ont approché se souviennent de son parfum. Une version non recensée, car trop nombreux sont les désaccords qui l’entourent, prétend même que le livre est une femme. À quoi s’oppose avec beaucoup de virulence, mais sans preuve, un savant qui serait né au début du siècle dans un petit village près de Breslau, affirmant qu’il ne s’agit là que d’une métaphore. Qu’on ne peut, d’un propos distrait de l’aveugle, rapporté par un promeneur « Le livre avait une odeur de femme » affirmer que le livre est une femme.
     Ytzaak Weiningen, qui fut le maître de l’aveugle, s’étonnait qu’on accorde crédit aux dires de son élève, et rappelait qu’il n’était nulle part fait mention du livre dont on parle, et qu’on pouvait légitimement douter qu’il ait jamais été écrit. Toutefois, un autre disciple du maître assure avoir lu de lui quelques commentaires sur des fragments de versions contestées ; commentaires, il est vrai, publiés après sa mort.
     Rien ne permet de dire que la version que vous avez sous les yeux est la bonne. Certains attribuent cette remarque à l’aveugle, d’autres à un savant. L’aveugle ne l’attribue à personne ni ne la revendique. Il boit lentement son thé en faisant fondre le sucre dans sa bouche – quelqu’un lui aurait dit : Le sucre est blanc comme une page – en savourant l’infusion de feuilles qu’il ne verra jamais.