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  Nous le passage

  Henri Meschonnic

  96 pages
17,80 €
ISBN : 2-86432-099-1

Un poème du recueil

     aujourd’hui nous sommes plus jeunes que nous-mêmes
     parce que nous sommes l’un l’autre
     le regard avec l’instant



Extraits de presse

     Révolution, 14 juin 1991,
     par Henri Deluy,

     Ce sont des poèmes (il y a une « table des poèmes »), cela est dit, cela se voit d’emblée car le vers montre sa forme dès la première page. Il y a quatre-vingt douze textes ainsi découpés irrégulièrement : des vers au compte pair, d’autres au compte impair ; aucune majuscule, même en ouverture du poème, aucune ponctuation.
     Cela se passe donc ainsi : les poèmes sont en vers (une exception : pour aborder le cimetière juif de Radom, Henri Meschonnic a comme besoin d’une dizaine de lignes de prose descriptive et informative), les poèmes sont en vers d’inégales longueurs, les frontières sont, le plus souvent, liées au sens. De ce point de vue, le lecteur du poète ne sera pas surpris ; celui-ci poursuit l’entente d’une écriture sans excès avec une métrique contemporaine sans fioritures.
     Il n’en sera pas de même quant à la lecture des poèmes dans leur tout ; car, si l’on rencontre toujours ce vocabulaire et cette syntaxe simples, ce besoin d’une tendresse qui trouve à se dire dans les images d’un rapport au monde souligné par la douceur des choses et des gestes, le lecteur, qui déjà connaît l’œuvre poétique antérieure d’Henri Meschonnic (parue chez Gallimard, puis chez Verdier), ne manquera pas d’être saisi par l’affleurement d’un ton non pas nouveau mais autre. Le « je » d’un lyrisme qui ne se refuse pas est, plus encore qu’auparavant, prégnant ; tout comme le corps à corps des membres avec eux-mêmes, et des mots – pour dire sans avouer l’impuissance à signifier – qui se poursuivent pour se perdre (« je parle parce que je manque de mots »). De ces frottements aléatoires, légers (assez souvent proche d’un Éluard, aussi marqué par un aspect éthique fortement marqué) entre la surface des paroles, ce qui se lit sur la page, et les surfaces du sentiment, naissent d’un seul mouvement des poèmes d’une évidente clarté, d’une profonde lumière.
     Avec ce nouveau livre (Nous le passage, Verdier, 98 F), Henri Meschonnic réaffirme cette solitude de poète, au sein d’une œuvre dans son ensemble appuyée par un effort théorique d’envergure.
     Une lumière, je disais une lumière, j’y crois.

 

     L’Arche, septembre 1990,
     par Jacques Eladan,
     La voix de Meschonnic

     À force de considérer la poésie comme « un langage dans le langage » (Valéry dixit), les poètes contemporains ont fini par créer une rupture profonde entre les poètes et le grand public. Ennemi des modes formalistes fondées sur le dualisme du signe comme de toutes les vieilleries poétiques, Henri Meschonnic pratique depuis vingt ans une poésie vivante basée essentiellement sur le rythme et qui revivifie le langage quotidien, par les échanges nouveaux créés entre les mots, les êtres et les choses comme on le voit dans son sixième recueil : Nous le passage, publié récemment par les Éditions Verdier. Pour Meschonnic, la poésie est une « voix dans la voix », car fidèle à l’esprit de la Bible, dont il a traduit certains livres avec une originalité remarquable, il oppose à l’écriture poétique élitiste, l’oralité-socialité qui fait du champ poétique un lieu privilégié de communication, ouvert à tous et une fête quotidienne par tous les échanges et les déplacements que cela entraîne :
     « Nous le chant silencieusement passe en nous c’est lui que nous entendons ensemble et qui nous déplace d’un lieu à un autre lieu ce chant est notre voyage. »
     Comme dans les autres recueils de Meschonnic, le thème juif, ici, n’est pas explicite mais il est dans l’intertexte par tous les passages vivifiants que l’auteur opère entre le langage, la poésie, la vie et l’histoire. Henri Meschonnic a l’habitude de publier toujours simultanément un recueil de poèmes et un essai théorique pour mettre en lumière les rapports intimes qui lient dans son écriture et sa réflexion, la théorie et la pratique. C’est ainsi qu’en même temps que Nous le passage, les Éditions Verdier ont publié son essai magistral : La Rime et la vie.


   Explication d’un des poème du recueil par Patrick Rebollar.