Paru sur le site
Evene.fr, mercredi 13 février 2008
par Thomas Flamerion
Jérusalem Post, 29 juillet au 4 août 2008
Poésie, art, paysage et histoire par Jordana Taieb
À l’orée du XIX
e siècle, un voyageur anglais cultivé parcourant les immensités brûlantes de la colonie du Cap, à l’extrémité de l’Afrique, avait le plus grand mal à décrire la singularité du paysage. Que dire d’un lieu désertique sans eau, sans couleurs ? Est‑ce l’Eden ? Est‑ce un lieu pré‑adamique sur lequel l’influence divine ne s’est pas encore étendue ? Est‑ce l’enfer ?
« Le paysage (par opposition au terrain) est toujours appréhendé à travers un modèle de représentation. »
Ce rapport au paysage africain a déterminé l’impasse des rapports historiques des différents colons, néerlandais puis anglais, à la population autochtone. Coetzee en fait une démonstration vertigineuse et originale s’appuyant sur des poèmes, des descriptions ou les théories esthétiques à disposition : le « beau » et le « pittoresque ».
Quittant l’Afrique pour les États‑Unis puis l’Allemagne du début du XX
e siècle, Coetzee poursuit ses explorations du rapport entre paysage, peinture, poésie et histoire.
Aux États‑Unis aussi, les étendues sans fin suscitèrent des réactions allant de l’effroi à la jouissance édénique. Mais la notion de « sublime » permit de sortir de l’impasse de la vision européenne en Afrique pour apprivoiser le vertige :
« Voici les jardins du Désert, voici
Les champs non moissonnés infinis et splendides…
Je les tiens pour premiers,
Et mon cœur enfle, tandis que la vue dilatée
Embrasse l’immensité enveloppante […] » (W.C. Bryant)
Seulement, le sentiment du « sublime », remarque l’auteur, peut aussi servir à justifier toutes sortes d’idéologies, y compris expansionnistes. Le lien entre paysage et caractère national fut un thème majeur du nationalisme allemand au XIX
e siècle.
J.M. Coetzee, prix Nobel de littérature 2003, souligne le risque auquel s’expose l’imagination de celui qui accepte non seulement de quitter ses paysages familiers, mais de s’en défaire.
La voix du Luxembourg, mercredi 12 mars 2008
par Sophie Guinard
C’est un petit essai mêlant art et littérature que nous propose John Maxwell Coetzee, prix Nobel de littérature 2003. Son sujet est le suivant : comment des Européens du XIX
e siècle, imprégnés de repères géographiques et de codes esthétiques classiques, ont‑ils perçu, et surtout restitué, dans la peinture et la poésie, le paysage d’Afrique du Sud? Et, par conséquent, comment doit‑on le regarder et le lire? L’auteur présente les standards du pittoresque et du sublime et analyse la manière dont ils ont été adaptés au paysage sud-africain, notamment grâce à des extraits de poèmes de Thomas Pringle et de notes du naturaliste William Burchell. Il en résulte une réflexion très pointue sur l’interdépendance entre colonisation et art et sur la capacité de l’artiste à porter un regard dépourvu de préjugé sur une nature étrangère. Avec cette conclusion : la difficulté d’appréhender artistiquement le paysage sud‑africain tient à l’incertitude de ses racines : sont‑elles africaines ou européennes?