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  Philosophie d’Hérodote

  Thomas De Quincey

  Essai. Traduit de l'anglais par François Théron

  64 pages
12 €
ISBN : 978-2-86432-564-2

Résumé

Non, Hérodote n’est pas le « Père de l’histoire », affirme De Quincey, car il fut autant géographe, économiste, mythologue, astronome…, son souci scientifique couvre de multiples domaines du savoir, c’était un encyclopédiste.
Mais la gloire véritable de celui qui fut plus qu’un Grec, c’est-à-dire un esprit universel, c’est d’être le Père de la Prose – Hérodote est l’inventeur de l’art de composer en prose. Son œuvre se présente comme la révélation puissante du monde à ses habitants dispersés.
Ce grand voyageur enquêtait en vue de comprendre ce qui détermine les actions des hommes : désir, peur, colère, volupté, joie, discours. Il cherchait à éveiller l’intérêt de toutes les Muses.
Fort de cette démonstration qui disqualifie tous les préjugés accumulés contre Hérodote, De Quincey se livre ensuite à une véritable leçon de lecture. Il interprète magistralement certains aspects précis de l’œuvre en en révélant la cohérence visionnaire.



Revue de presse

Presse écrite

   Transfuge, février 2007, n°27
   Les talents oubliés d’Hérodote
   par Vincent Jaury


   Considéré à juste titre comme le père de l’Histoire, Hérodote fut aussi un grand voyageur et l’inventeur de la prose. Dans un livre qui paraît aux éditions Verdier, Thomas De Quincey, écrivain anglais du XIXe siècle, lui rend hommage.

   Thomas De Quincey ne se contentait pas de consommer de l’opium. Romantique anglais du XIXe siècle, grand érudit, essayiste, philosophe, conteur, il a beaucoup écrit, en plus de ses célèbres Confessions d’un mangeur d’opium anglais, traduit en français par Alfred de Musset puis par Charles Baudelaire. Il apprit précocement le grec, puisqu’à 13 ans il le lisait, et à 15, il l’écrivait. Comme quelques romantiques de l’époque, l’Antiquité le passionnait. Keats s’était inspiré d’Homère, Walter Savage Landor écrivait ses poèmes épiques « Hellenics », « Italics », Percy Bysshe Shelley composait son « Prométhée délivré », adaptation libre du « Prométhée enchaîné » d’Eschyle, De Quincey, lui, s’enflamma pour Hérodote.

   Ami de Sophocle
   D’abord, écrit‑il, Hérodote est surtout connu comme « le père de l’Histoire », ouvrant la voie au grand historien Thucydide. Première raison de son intérêt pour l’Histoire : une vie intellectuelle grecque extraordinaire. Au VIe siècle avant J‑C, en Asie mineure, là où naquit (précisément à Halicarnasse) et vécut longtemps Hérodote, on pouvait rencontrer tous les premiers philosophes de l’école de Milet, Thalès, Anaximandre, Anaximène. Hécatée, le prédécesseur d’Hérodote, était aussi de Milet. Hérodote vécut à Athènes où le bouillonnement intellectuel était sans commune mesure. Il connut l’Athènes de Périclès, était l’ami de Sophocle. Il eut accès aux discussions théoriques inspirées par l’enseignement des premiers sophistes et aux débats de l’assemblée du peuple, où les Athéniens, fiers de leur démocratie, s’exerçaient en permanence à l’analyse politique. Hérodote, influencé, intégra l’analyse dans son travail, les anecdotes furent alors interprétées, ce qui lui fit mériter d’une certaine façon le qualificatif d’historien. Deuxième raison qui stimula sa curiosité : les guerres médiques, opposant les Perses à de nombreux pays, dont la Grèce, qui lui donnèrent du grain à moudre, et devinrent même, en remontant deux siècles auparavant, l’objet d’étude central d’Hérodote, dans ses neuf livres intitulés Istoric (historiè : enquête.) On est évidemment loin de l’Histoire telle qu’on l’entend aujourd’hui. Il n’y a pas de chronologie, il tient compte des légendes (même s’il s’interroge à leur propos), il recueille un maximum d’informations, sans faire de choix. Père de l’Histoire, il l’était certainement, mais Thomas De Quincey, dans cet essai, s’agace qu’on se souvienne de lui uniquement en tant qu’historien. Il rappelle qu’Hérodote a peut‑être été le premier grand voyageur de l’humanité : il s’est rendu en Égypte, où il a enquêté sur le Nil, les pyramides, Memphis, Éléphantine et poussa sa curiosité jusqu’à Tyr. Il alla en Palestine, et vit Jérusalem dont il calcula les dimensions, puis en Europe, en Asie, en Afrique. Tous ses voyages, faits sous le signe d’une grande tolérance, étaient toujours menés dans le but de mieux connaître le monde habité, l’oikouménè comme disaient les Grecs. Il décrivait, émettait des hypothèses, écoutait les ouï-dire, tentait de comprendre les coutumes locales, les systèmes religieux, l’histoire des villes… Il était aussi un scientifique qui fit des découvertes révolutionnaires pour l’époque. Il mena une réflexion sur le ciel, le Soleil, la Lune, l’atmosphère, les climats et les vents. Pensées, qui, selon De Quincey, si elles se révèlent fausses aujourd’hui, n’en sont pas moins faites de quelques bonnes intuitions.

   « Artiste littéraire »
   Mais surtout, nous dit De Quincey, Hérodote est le père de la prose. Homère, 600 ans avant, inventait le vers, lui créa la forme qui deviendra dominante dans la littérature. C’est une révolution radicale à l’époque : on écrivait en vers quand Hérodote décida soudain de ne plus respecter « les règles de la métrique ». Il développa un style très personnel, avec de longues parenthèses, des retours en arrière, de l’ironie, se déployant dans une humeur changeante, très libre. Ce qui fait dire à De Quincey qu’Hérodote était un vrai « artiste littéraire » doué d’une « puissance intellectuelle ». Certes, De Quincey sait que peu de temps avant Hérodote, certains Grecs écrivaient des récits mythiques en prose, souvent sur la fondation des villes ou sur des généalogies. Il cite Scylax, par exemple, qui travaillait sur des sujets similaires, notamment un livre pour les navigateurs de la Méditerranée. Mais, nous dit‑il, Scylax était un « artisan besogneux », pas un artiste. Cet essai de De Quincey nous donne donc à (re)découvrir un homme extraordinaire, plus qu’un simple père de l’Histoire (ce qui, concédons‑le, est déjà pas mal), un encyclopédiste qui inventa la prose.



   Livres Hebdo, n°757, vendredi 5 décembre 2008
   Hérodote, père de la prose
   par Sean James Rose

   Apologie de l’historien grec par l’essayiste anglais Thomas De Quincey.

   Né à la fin du Ve siècle avant J.-C., Hérodote est considéré comme le père de l’histoire mais aussi des mensonges. Car s’il a bien conduit ses recherches selon ses propres observations – il voyagea en Asie Mineure, en Grèce et en Égypte –, il intégra à son étude les anecdotes comme les mythes de ceux qu’il devait rencontrer lors de ses périples. À l’époque de Thomas de Quincey (1785-1859), la mappemonde n’a que peu à voir avec l’oikouménè, « le monde habité », d’Hérodote où la Libye assimilée à l’Afrique représentait la limite australe de la Terre. Contre les calomniateurs et les mauvais lecteurs du « polymathe » grec (un mot plus approprié qu’« encyclopédiste », terme désormais péjoratif aux yeux de De Quincey), l’auteur des Confessions d’un mangeur d’opium anglais rappelle dans son essai que les « histoires » d’Hérodote sont des enquêtes. Homme du monde antique, il respectait les traditions mais savait faire la part des choses : « Qu’il s’agisse de la crue annuelle d’un fleuve ou de l’origine d’un royaume célèbre dans des dépôts alluviaux, de l’événement soudain d’une bataille ou de la migration apparemment capricieuse d’un peuple, Hérodote traite de ces sujets avec une science qui les extirpe du merveilleux, ou des ressources d’habileté telles qu’il réussit au moins à suggérer le plausible. » D’ailleurs, note l’apologue, Hérodote n’a-t-il pas placé son ouvrage sous les auspices des neuf muses et non de la seule muse de l’Histoire Clio ? Ce qu’on goûte au fond dans cet Hérodote de De Quincey n’est pas tant la défense et illustration de l’historiographie ancienne, par une remise en contexte, mais l’éloge de « l’aîné des écrivains en prose ». Qu’importe que le Danube ne coule pas en sens inverse du Nil, le génie d’Hérodote demeure dans cette vision qu’incarne un style unique. Et l’on sent chez le polémiste esthète un plaidoyer pro domo : « Si le prosateur avait pour seul privilège et seule authenticité le fait de se dispenser des carcans du mètre, ce serait là en effet un bien mince honneur que d’avoir été le Père de la Prose. […] Pour bien marcher, il ne suffit pas de s’abstenir de danser. »