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  Georges-Henri Pingusson
Architecte (1894-1978)

  Simon Texier

  416 pages, relié, 24 x 22 cm
300 illustrations dont un cahier couleur de 32 pages
50 €
ISBN : 2-86432-480-6

Résumé

Georges-Henri Pingusson est l’une des figures les plus marquantes et les plus originales du Mouvement moderne en France. En cinquante ans de carrière, cet architecte aborde tous les programmes et développe, dès les années 1930, un style très personnel, qui le distingue de tous ses contemporains.
Sensible, à la fin des années 1920, à la problématique du régionalisme – il construit plusieurs villas sur la Côte basque et la Côte d’Azur –, Pingusson obtient une reconnaissance internationale avec la livraison, en 1932, de l’hôtel Latitude 43 à Saint-Tropez, œuvre atypique et ingénieuse, où l’architecte met en place le système de l’éclairage bilatéral. Au centre du débat sur l’architecture moderne entre les deux guerres, Pingusson refusera cependant de céder à la logique de la production de masse après 1945.
En 1953, Georges-Henri Pingusson est choisi, par l’association d’anciens déportés « Le Réseau du Souvenir », pour la conception du Mémorial des martyrs français de la déportation, situé à la pointe de l’île de la Cité à Paris. Livrée en 1961, cette œuvre est considérée comme l’une des plus fortes de l’architecture d’après-guerre.
À la fois leçon d’architecture et lieu de mémoire, cet aménagement témoigne de la culture et de la sensibilité de son concepteur.
L’ouvrage à paraître est la première monographie consacrée à Georges-Henri Pingusson. Il est issu d’une thèse de Doctorat en Histoire de l’art, soutenue en 1998 à l’université de Paris-Sorbonne. L’auteur s’est principalement appuyé, pour son étude, sur le fonds d’archives laissé par l’architecte. Cet exceptionnel ensemble de dessins et de documents écrits, ouvert tardivement aux chercheurs, avait jusqu’alors été peu exploité. D’autres sources ont également été consultées, notamment pour l’histoire du Mémorial, dont la reconstitution minutieuse a été rendue possible grâce au récent dépôt des archives du « Réseau du Souvenir » aux Archives nationales.



Revue de presse

   Casabella 767, 1928-2008, juin 2008
   Georges-Henri Pingusson Architecte, 1894-1978

   Pingusson è una figura centrale nella cultura architettonica francese del Novecento, alla quale ha notevolmente contribuito con la realizzazione sia di numerose ville sulla Costa Azzurra e sulla Costa Basca negli anni Venti e Trenta, sia dell’innovativo Hôtel Latitude 43 inaugurato a Saint-Tropez nel 1932, ma soprattutto con la creazione dell’emozionante e suggestivo Mémorial dedicato ai martiri della deportazione, terminato nel 1961 sulla punta dell’Île de la Cité a Parigi (il progetto era stato scelto nel 1953). Questa monografia si segnala, nella scarsa letteratura dedicata all’opera di Pingusson, per l’attenzione rivolta ai materiali originali d’archivio che consentono una ricostruzione a tutto tondo e per niente scontata del lavoro dell’architetto, e per il riconoscimento del peso avuto e del ruolo svolto da Pingusson nel dibattito del secondo dopoguerra in Francia intorno ai temi della prefabbricazione, della pianificazione a larga scala e del recupero di interessanti episodi di architettura religiosa. Peccato che l’apparato iconografico finale non corrisponda alla qualità delle immagini che accompagnano il testo.




   L’architecture d’aujourd’hui,
novembre-décembre 2007, n° 373
   par Richard Klein

   On ne peut attacher à mon nom une forme de doctrine étroite, ni un système, je ne fus ni fonctionnaliste militant, ni un expressionniste ramenant à la plastique seule la finalité de l’architecture, car je voyais dans la forme l’aboutissement d’une chimie complexe où tous les composants avaient apporté leur distillation, leur parfum.

   Tous les éléments de la carrière de Georges-Henri Pingusson pourraient donner lieu à un portrait complaisant : une longévité exceptionnelle qui s’étend du milieu des années vingt jusqu’à la fin des années soixante‑dix, des débuts régionalistes sophistiqués, une entrée remarquée dans l’architecture moderne, une présence dans les cercles importants des années trente et une participation aux manifestations de renom, l’activité lors de la reconstruction, une place dans l’enseignement de l’architecture et quelques œuvres remarquables. Est‑ce en raison de cette chimie complexe évoquée par Georges‑Henri Pingusson lui‑même que les résultats de sa pratique sont analysés plus volontiers dans l’ouvrage de Simon Texier sous l’angle du paradoxe et de l’ambiguïté ?
   Les premières années régionalistes de l’activité de Georges‑Henri Pingusson, diplômé en 1925 et associé à Paul Furiet jusqu’en 1928, sont envisagées sous l’angle d’un modernisme paradoxal où l’accent est mis sur les obligations des programmes ou celle des commanditaires qui construisent sur côte d’Azur et la côte Basque. Avec l’étape fondamentale de la villa Gompel à Cannes (1928) et la séparation avec Paul Furiet la même année, Pingusson semble être entré chez les modernes, ce qu’il confirme avec son œuvre maîtresse d’avant‑guerre, l’hôtel Latitude 43 (1931‑1932). Pierre Vago, dans le numéro de L’Architecture d’Aujourd’hui consacré à Latitude 43 pensait que la résolution ingénieuse de la question de la double vue faisait passer au second plan les défauts qu’il ne manquait pas d’avoir signalé dans son introduction. C’est le dispositif en coupe et la circulation par coursives qui concilient la vue sur la baie de Saint‑Tropez et la double orientation des chambres. Simon Texier voit justement dans le mélange de formalisme, d’ingéniosité et les emprunts clairvoyants de l’hôtel Latitude 43, un autoportrait de l’architecte plus complexe que le style paquebot de l’entre‑deux guerres auquel il est fréquemment associé. La participation active à l’Union des artistes modernes et à L’Architecture d’Aujourd’hui dès les premiers numéros pèse autant qu’une arrivée presque tardive – Pingusson est encore étudiant au moment des premières expérimentations des années vingt en France – et qu’une forme de « carence théorique », pour définir dans le contexte français et international des années trente, la situation, les parentés et filiations d’un héraut du Mouvement moderne. De cette période émergent l’immeuble Ternisien à Boulogne‑Billancourt (1934‑1935) ou les édifices industriels liés à l’Union d’électricité, mais aussi son projet de voiture Unibloc (1930) et le combiné téléphonique du même nom (1937), la longue liste des projets non réalisés imaginés avec Robert Mallet-Stevens : l’aéroport du Bourget, le Stade olympique, la maison de la Radio et les musées d’Art moderne pour Paris. Le pavillon de la Lumière conçu avec Robert Mallet‑Stevens, le pavillon de I’UAM (avec Frantz‑Philippe Jourdain & André Louis) construits pour l’exposition ainsi que le projet pour l’église du Jésus ouvrier à Arcueil en 1938 constituant le point d’orgue du parcours d’avant-guerre.
   L’auteur envisage l’après‑guerre comme une série de rencontres ratées avec la Reconstruction : l’absence de construction entre 1941 à 1949, les études pour la normalisation, le concours expérimental de Villeneuve‑Saint‑Georges, les prototypes de maison préfabriquée et surtout l’expérience sarroise pendant laquelle Pingusson est accompagné de quelques anciens de l’agence de Mallet‑Stevens, Gabriel Guévrékian ou Edouard Menkès, l’échec du plan d’urbanisme et une réalisation – l’ambassade de France à Sarrebruck (1950‑1952) – en partie désavouée, dont Georges-Henri Pingusson soulignait lui‑même les limites et les compromis. Les missions ingrates comme l’aménagement du bassin métallique lorrain qui occupe Pingusson une quinzaine d’années à partir de 1947, la reconstruction du petit village de Waldnisse, l’expérience de Briey‑en‑Forêt à partir de 1953 où ses réalisations s’effacent au profit d’une des unités d’habitation de Le Corbusier, enfin, les églises lorraines : l’église à plan centré de Boust héritière du projet d’Arcueil, celles de Corny, Borny et Fleury apparaissent plus positivement dans un contexte de renouvellement de l’architecture religieuse en Europe.
   Dans le dernier chapitre, qui interroge l’actualité du Mouvement moderne, les épisodes sur le mémorial des Martyrs de la déportation à Paris (1953‑1962) et la reconstruction du village de Vialle de Grillon (1974‑1980) termine plus positivement le récit. Le premier, monument invisible et espace indicible, malgré une réception quasi inexistante force l’admiration justifiée et quasi unanime des professionnels, le second, la reconstruction de Vialle de Grillon passe pour le testament discret de Georges‑Henri Pingusson. L’ouvrage de Simon Texier est élaboré dans une stricte tradition biographique à partir du travail sur un fonds d’archives exceptionnel. Le récit, construit en une série d’épisodes cohérents, articule des propos argumentés, les faits sont incontestables et les raisonnements étayés solidement. Les documents sont exploités dans toutes leurs dimensions et les représentations, surtout archivistiques. À chaque projet, l’auteur ne manque pas de convoquer les interprétations et commentaires émis au moment de la réalisation ou de la publication ou quelquefois de manière un peu plus forcée, les propos plus théoriques appliqués aux situations historiques dans lesquelles évolue Pingusson. Rien n’est donc épargné au lecteur scrupuleux : les études, le détail des notes de l’architecte, les éléments plus personnels de sa biographie et tout ce qu’ont pu livrer les archives soigneusement conservées. À l’instar de la réaction des usagers convoquée pour évaluer l’opération des logements de la Zup des Ulis à Bures‑Orsay (1967-1969) sur le mode de l’anthropologie sociale, le texte atteint un niveau de lecture critique bien appréciable. Mais, à creuser le décalage entre les propos poétiques du concepteur et la réalité du vécu des habitants ou en coinçant Pingusson entre les doctrines de Le Corbusier et de Perret, on dévoile également le ressort analytique d’une histoire qui renvoie Pingusson à son énigmatique complexité.



   Archiscopie (revue de la Cité de l’architecture et du patrimoine), octobre 2007
   par Armelle Lavalou

   La monographie consacrée à Georges‑Henri Pingusson parue en 2006, un épais volume à l’italienne lourd de 450 pages et 250 illustrations, comble un vide. Rien n’existait jusqu’alors sur l’œuvre de ce héraut discret de l’architecture moderne, actif de la fin des années vingt au début des années quatre-vingt, auteur de deux œuvres majeures, l’hôtel Latitude 43 de Saint‑Tropez et le mémorial des Martyrs de la déportation de la pointe de l’île de la Cité à Paris, dont l’extrême densité organisée autour d’un vide subjugue chacun. La publication de cet ouvrage fait suite à un doctorat que l’auteur, Simon Texier, a mené sous la direction de Bruno Foucart. Elle s’appuie sur un ensemble exceptionnel de documents graphiques et de textes conservés à la Cité de l’architecture et du patrimoine au Centre d’archives d’architecture du XXe siècle / IFA.
   Assez elliptique pour ce qui concerne les années de formation de l’architecte né à Clermont-­Ferrand, d’abord ingénieur de l’École supérieure de mécanique et d’électricité, peintre à ses heures, voyageur polyglotte, aviateur, musicien, l’ouvrage balaie ensuite par le menu tous ses projets et réalisations. Du régionalisme des premières villas «ni honteuses, ni décisives» réalisées en association avec Paul Furiet à la démonstration qu’apporte l’hôtel Latitude 43, il n’y eut qu’un pas, grâce à une rencontre fortuite faite un soir dans le port de Sainte‑Maxime, quand Pingusson, lovant ses voiles mouillées au retour d’une journée en mer, s’entendit inviter à dîner sur le bateau voisin par un parfait inconnu. Celui‑ci, séduit par les élucubrations de son invité sur les vertus de l’hospitalité, décidera quelques semaines plus tard de lui confier la réalisation d’un hôtel sur les hauteurs de Saint‑Tropez. Pour cet établissement qualifié de «monastère des temps modernes», grand vaisseau immaculé (originellement ocre) échoué dans la pinède, Pingusson invente un système de coursive décalée afin que les chambres traversantes profitent à la fois de la lumière du midi et de la vue vers la mer (le village et le golfe sont orientés, une fois n’est pas coutume, vers le nord) un système d’éclairage bilatéral qu’il s’emploiera à appliquer par la suite dans de nombreux projets. Il dessine tout le mobilier jusqu’aux couverts et livrées des grooms. La publication de cette première œuvre personnelle dans L’Architecture d’aujourd’hui en 1932 lui apporte une notoriété immédiate. Le bâtiment remanié et agrandi avant la Seconde Guerre mondiale prend un statut d’icône de l’architecture moderne, associée au style paquebot. Pingusson est désormais un architecte de premier plan ; il se rapproche de Mallet‑Stevens, devient actif au sein de l’UAM, puis à Formes utiles, prend position dans les revues, milite au Syndicat des architectes de la Seine dont le journal devient pour lui une tribune – c’est un magnifique écrivain –, enseigne à l’École des beaux‑arts, puis à Up5... L’architecte reste cependant à la marge d’un milieu sans doute trop affairiste pour sa sensibilité.
   Simon Texier passe en revue de manière minutieuse et cultivée une production foisonnante où se croisent le théâtre des Menus Plaisirs à Paris, la centrale thermique de Vitry‑sur‑Seine, le pavillon de l’UAM à l’exposition universelle de 1937 (en association avec Jourdain et Louis), des objets mobiliers dont une automobile et un combiné téléphonique, pour arriver après‑guerre à la reconstruction de la Sarre, du village de Waidwisse.
   Il évoque aussi les plans d’urbanisme de villes de Moselle dont Briey‑la‑Forêt où Pingusson invite Le Corbusier à construire, des églises en Moselle toujours, telle celle de Boust pour laquelle Pingusson défend avant Vatican II le plan centré, des logements sociaux (Noisiel, Bures‑Orsay...), l’immeuble ternisien de Boulogne sur plan triangulaire qui intègre les restes d’une maison du même Le Corbusier, d’autres chantiers encore. Il termine par le travail totalement original, précurseur des préoccupations écologiques actuelles, qui occupa les dernières années de la vie de l’architecte : la rénovation d’un petit bourg des Hauts de Provence, le village de Grillon, dont il fit un laboratoire de construction pour ses élèves architectes. Pari pédagogique et architectural que Simon Texier voit comme le testament de l’architecte, l’occasion d’un dialogue réussi entre vieilles pierres et idéaux modernes. […]



   Techniques & architecture,
décembre 2006 – janvier 2007
   par Emmanuel Vicarini

   
Une somme ! Un ouvrage dont tout architecte rêve qu’un jour l’on consacre à son œuvre. Un livre où nous voyons les trois vies de G.-H. Pingusson s’entremêler. Enfant choyé, broyé par la der des der, cet ingénieur architecte, disparu voilà près de trente ans, après plus de 53 ans d’exercice, fut reconnu d’emblée par Le Corbusier et Perret. Père spirituel de Claude Parent, il fut professeur « d’architecte » prônant un anti-dogmatisme viscéral qui se retrouve dans ses éditoriaux, de Techniques & architecture, entre autres. Précurseur d’un Nouvel ou d’un Herzog & De Meuron, pour lui, la forme suit l’aura du lieu ! L’auteur fait revivre l’homme, à travers son œuvre : l’hôtel Latitude de 1930 de Saint-Tropez, l’exceptionnel Mémorial de la Déportation de 1953 à Paris, à la pointe amont de l’Île de la Cité, et le village provençal du Grillon de 1975, une réhabilitation bénévole. Mais, malgré sa liberté, ou à cause d’elle, sa piètre capacité à se placer sur la scène architecturale française, l’écarte de la gloire. Le drame d’une vie, de sa vie ! À l’heure où les idéologies s’effacent au profit des stratégies, ceux qui cultivent les dispositifs au détriment de la pensée peuvent en faire leurs choux gras.



   Libération,
jeudi 7 décembre 2006

   Première monographie de l’architecte clermontois (1894-1978), figure du mouvement moderne français, concepteur, entre autres, du mémorial des Martyrs français de la déportation, sur l’île de la cité, à Paris. Ni fonctionnaliste ni expressionniste, Pingusson se voulait « un créateur indépendant, novateur et traditionnel à la fois ».