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  Plutôt que d’en pleurer

  Gil Jouanard

  Proses

  112 pages
11,50 €
ISBN : 2-86432-224-2

Résumé

     Comme dans un inventaire à la Prévert, on trouvera dans ce livre : un général, beaucoup d’écrivains ratés ou révérés, un braconnier unijambiste, un romantique, un caméléon, un homme à particule et beaucoup d’autres de basse extraction qui postulent ou non, à tort ou à raison, pour la postérité.
     Ces « caractères », l’auteur les croque avec tendresse, émotion, rosserie et irritation ou respect et admiration, mais toujours à travers le détail d’une vie, ce qui donne à cette galerie de portraits parfois tragiques la tournure d’une comédie.



Extrait du texte

     Jean Follain, natif de Canissy

     Les rares commentateurs de l’œuvre de Follain ne semblent pas avoir particulièrement remarqué son érotisme gourmand et rural. Pourtant, sa poésie est traversée de nombreuses femmes tièdes, vibrantes, pleines de courbes et d’odeurs, bien souvent reflétées par des miroirs. Pourtant, dans l’air rempli d’effluves de café grillé et de tilleul, on distingue le parfum d’« une jeune fille nourrie de lait et de viande » sur qui s’ouvre le hasard d’une fenêtre. Si Baudelaire a chanté la chevelure des femmes, Follain, lui, n’a cessé de la caresser, de la nouer et de la dénouer, de la respirer, de l’étaler sur la surface de ses livres. Elle est obsessionnellement présente, et dans tous ses états. D’abord sous la forme du fameux chignon, récurrence obstinée d’une émotion d’enfance. Puis, accident ou geste d’intimité, le chignon se défait, la chevelure coule à flots sur les épaules, le long du dos et des bras, entraînant la chute d’une épingle. Cette chute fait un bruit lancinant dans la tête de Jean Follain ; ses échos se font entendre partout : « plus que tout, j’entendais l’épingle à cheveux tomber ; je l’entends toujours. » Il y a aussi les cheveux tressés des élèves de la pension Jeanne d’Arc, ceux de la fille de l’ivrogne, « silhouette pâle à la natte ouvragée ». Enfin, partout « des étincelles s’échappent d’une chevelure qu’on peigne ». Qu’est-ce qui restera, quand la « belle argile » sera décomposée, sinon, sur le squelette, cette chevelure fidèle par-delà la mort, qui aura même continué de croître plusieurs heures après l’arrêt du cœur ? Il restera cela, et le bruit de l’épingle qui ne cesse de tomber, et les chignons qui se défont et se recomposent, et la poitrine qui s’avance dans la nuit du désir et de l’anxiété.



Extraits de presse

     Le titre nous l’indique : l’auteur a pris le parti de rire de ce qui, parfois, inviterait à pleurer. Dans une galerie de portraits des plus savoureuses, il dresse, d’une plume acerbe, des Caractères de notre époque.
     Les malheureux modèles de Gil Jouanard, à la plume élégante et facétieuse, appartiennent d’une manière générale aux métiers du livre. Portraits de cinglés encyclopédiques, d’allumés polygraphes, de maniaques des signes, d’oiseaux rares dénichés dans les cages des maisons d’édition emplissent ce volume ludique, aussi drôle que virtuose.
     [...] Jouanard, sous la dentelle du style, n’y va pas toujours avec le dos de la cuillère. Ainsi, lorsqu’il parle de ce grand-père qui s’éteignit comme une bougie, d’un coup, et se consuma si bien qu’il n’en resta aucune trace. Qu’on se garde bien, pourtant, d’y voir de la cruauté. Plutôt que d’en pleurer est un opuscule délicieux, un exercice de style à la française, où l’auteur semblable à l’un de ses personnages, se joue à considérer « depuis les hautes branches de l’humour les petites affaires du monde ».

     Thierry Bayle, La Croix, 5 novembre 1995.

 

     Jouanard partage avec La Bruyère ce talent de manier la langue avec une précision d’horloger.

     Jean-Baptiste Harang, Libération, 23 novembre 1995.

 

     Les bonheurs de Jouanard

     Ils sont rares, les dictionnaires de littérature qui, juste avant l’article Joubert (Joseph) et Jouhandeau (Marcel), ont prévu de consacrer la notice que son œuvre mérite à Jouanard (Gil). Á vrai dire, nous n’en connaissons pas. C’est bien dommage. C’est même injuste. On imaginerait bien l’auteur de Plutôt que d’en pleurer dans la compagnie alphabétique de ces bons pères de la doctrine chrétienne, spécialistes réputés de la grâce et de l’élévation. On y lirait : écrivain d’humeur vagabonde, né en Avignon en 1937 de père ardéchois et de mère lozérienne, dont la prose déambulatoire et paysagère a notamment fait merveille dans Lentement à pied..., L’odeur verte ou encore Sous la dictée du pays.
     Ou quelque chose de ce genre. Au reste, le personnage est sûrement d’un naturel distrait, car il n’a jamais songé à faire usage de son métier de rédacteur d’encyclopédies pour s’y glisser plus encore, de façon moins impersonnelle, et pallier de la sorte l’ignorance du grand monde. Mais où a-t-il la tête ? On lui aurait su gré de donner la sienne à couper qu’il survivrait à ceux qui l’enterrent. La probité est parfois un scandale. Gil Jouanard est l’un des prosateurs français les plus aigus et les mieux doués, toutes générations confondues, et chacun de ses livres (il vient de publier le quinzième) est un tourbillon de moments heureux. Du moins sous le rapport du style.
     Pour toutes les autres formes de félicité, ce remarquable promeneur est beaucoup plus discret. Lui-même se présente comme « un enregistreur monomaniaque d’instants », affligé d’une « paisible mais irréductible misanthropie ». La conséquence fâcheuse de cet « autisme forcené », pour reprendre l’une des expressions les moins sévères qu’il applique à son cas, est d’avoir en quelque sorte sacrifié à sa passion du paysage la comédie humaine, absente de son œuvre bien que ses diverses occurrences biographiques pourraient l’établir en expert de la chose. Cédant à l’affectueuse pression de ses amis, Gil Jouanard révèle enfin ce qu’il pense d’eux, et de quelques autres, dans Plutôt que d’en pleurer, cocasse galerie de portraits où passent un braconnier unijambiste, un polygraphe d’édition, un poète national, un cycliste contrarié, un vicomte chiromancien et vingt autres spécimens d’humanité que tantôt par fâcherie, tantôt par tendresse, Gil Jouanard ne fait apparaître que sous leurs initiales. Un régal d’écriture, le jeu des devinettes en plus. Ils sont tous là, J. R., J.-W. E., le général L. P., Y. von K., alignés comme à la parade dans la nomenclature d’un parfait archiviste. Si on les identifie ? Un bon nombre. Les autres ont beau se cacher, la pudeur reconnaîtra les siens.

     Jean-Louis Ézine, Le Nouvel Observateur, 30 novembre 1995.

 

     Quand on ouvre le livre de Gil Jouanard et qu’on porte un regard sur la page frappée de la formule : « du même auteur », quelle surprise de n’y rencontrer que de petits éditeurs. Alors que Jouanard est un grand... Mais trêve de ses rivalités de toises et de poids ! D’ailleurs ceux qui l’impriment ne sont petits que parce qu’ils ne cherchent pas à tout bout de champ à étendre leur empire. Les « caractères » dont Jouanard nous brosse le portrait, il les baptise par les seules initiales de leurs noms et de leurs prénoms. Caractères d’imprimerie, donc, auxquels il accorde toutefois la majuscule. Le jeu consiste à compléter le pointillé, souvent ressemblant en diable. Le jeu, bien entendu, puisqu’il vaut mieux en rire. Passe un défilé de types, souvent des poètes, au moins deux minutes par jour, qui vivent comme vous et moi, roulent en vélomoteur, laissent accroire qu’ils habitent une autre planète. L’écriture se donne à croquer comme un fruit mûr, comme un simple pain de campagne savamment pétri et cuit à point, accompagné d’un petit vin de pays, on ne vous dit que ça.

     J. Suquet, Choisir, janvier 1996.

 

     L’ambition et le désir de Jouanard n’étaient visiblement pas de se faire le caricaturiste d’un milieu ; encore moins de devenir le taxinomiste d’une société donnée et l’entomologiste des types humains qui la composent. Ne visant donc nullement à imiter La Bruyère ou Balzac, ne posant pas davantage au moraliste caustique ou au métaphysicien désolé par la misère de l’homme, il a simplement regardé, observé, avec « tendresse et irritation, causticité et indulgence ». Sans jamais grossir son trait, en quelques coups de crayon bien affûté, il retient des figures ce qui les caractérise le mieux.
     [...] De la subtilité, Gil Jouanard en a à revendre. Elle s’allie à une sorte d’ingénuité méthodologique. En creux, c’est ainsi son propre visage, souriant, amical et attentif, qu’à travers cette série de portraits il montre à ses lecteurs. Et ce n’est pas le moins sympathique.

     Patrick Kéchichian, Le Monde, 22 décembre 1995.



Radio et télévision

     Un livre, des voix, par Claude Mourthé, France-Culture, 4 janvier 1995.
     Panorama, par Jacques Duchateau, France-Culture, 4 janvier 1995.
     Du jour au lendemain, par A. Veinstein, France-Culture, 23 juillet 1996.