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  Anthologie de la poésie irlandaise du XXe siècle

 

  Sous la direction de Jean-Yves Masson
Auteurs gaéliques choisis et présentés par Pierre-Yves Lambert
Édition bilingue, mars 1996

  784 pages
38 €
ISBN : 2-86432-228-5

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A - D

AE

     Ae (1867-1935). Sous ce pseudonyme se cache George William Russell, poète, peintre et éditeur, l’une des figures les plus remarquables de la Renaissance littéraire irlandaise. Ayant d’abord choisi de signer Aeon, pour suggérer par ce mot grec une référence à l’âge d’or, il constata que le typographe de la revue où il écrivait, déconcerté et croyant mal lire, n’avait composé que les deux premières lettres en les faisant suivre d’un point d’interrogation ; Russell barra alors le point d’interrogation sur les épreuves et laissa subsister le sigle tel quel. Né à Lurgan dans le comté d’Armagh, il se lia très tôt avec Yeats, à Dublin, et se passionna comme lui pour l’étude de la théosophie, qui les marqua tous deux durablement, mais plus profondément pour l’étude de la philosophie platonicienne et néoplatonicienne. Il fut l’éditeur des deux journaux les plus influents du Renouveau irlandais, The Irish Homestead de 1905 à 1923 et, de 1923 à 1930, The Irish Statesman. Salué à ses débuts, à juste titre, comme l’égal de Yeats, il partage avec lui une extrême attention à la force des symboles placés sous le signe des pouvoirs divins de l’imagination ; s’il est un moins grand poète à nos yeux, c’est surtout parce que sa poésie reste identique à elle-même d’un bout à l’autre de son œuvre, alors que celle de Yeats n’a cessé d’évoluer et se renouveler. AE a raconté dans Song and its Fountains (1932) la genèse de la plupart de ses poèmes, qui procèdent d’une série de visions, reçues sans la moindre ostentation et avec une parfaite sincérité ; c’est de la traduction française de ce livre, publiée en 1978 (chez Castella, en Suisse) par Léon-Gabriel Gros sous le titre Aux Fontaines de l’inspiration, et aujourd’hui introuvable, que sont extraites plusieurs des traductions publiées ici. AE eut un engagement politique comparable à celui de Yeats, mais ne fut jamais écouté en raison de sa réputation de rêveur, quoiqu’il fût un éditeur efficace et un gestionnaire habile de coopératives agricoles. Il fut entouré jusqu’à sa mort d’une véritable vénération qui contraste avec le relatif — et très injuste — oubli dans lequel il est tombé aujourd’hui, conforté par le mépris dans lequel une certaine tradition anglaise contemporaine, ennemie de toute abstraction et attachée aux détails concrets, tient toute œuvre jugée coupable du péché « d’idéalisme ». L’œuvre de AE comprend de nombreux volumes de prose, parmi lesquels The Candle of Vision (1918, traduit en français par Léon-Gabriel Gros en 1952 pour les Cahiers du Sud sous le titre Le Flambeau de la vision). Mais ce sont surtout ses recueils de poèmes qui devraient tôt ou tard lui valoir de voir sa place révisée dans l’histoire de la poésie irlandaise : Homeward : Songs by the Way (1894), The Earth Breath and Other Poems (1897), The Divine Vision and Other Poems (1904), Gods of War (1915), Voices of the Stones (1925), Vale and Other Poems (1931), The House of the Titans and Other Poems (1934). Les poèmes de la présente anthologie sont extraits de ces deux derniers recueils. La typographie de la traduction de Will o’ the Wisp par L.-G. Gros a été légèrement modifiée par rapport à l’édition originale, afin de plier le découpage des vers aux impératifs de l’édition bilingue ; le choix du titre Testament de l’homme de peu est également de notre responsabilité (puisque ce poème de Vale est cité sans son titre dans Song and its Fountains). Quant à l’extrait de La Demeure des Titans, c’est le seul fragment de ce très long poème narratif qui figure en 1932 dans Song and its Fountains : l’œuvre était alors en projet (mais AE eut le temps de l’achever avant sa mort). Le passage cité est le moment central du poème où Nuada à la Main d’Argent, roi légendaire qui doit lutter contre les puissances des ténèbres, reçoit la révélation de l’essence secrète de la Grande Mère.

BECKETT, Samuel

     Beckett, Samuel (1906-1989). Cas unique en toutes choses, Beckett appartient autant à la littérature irlandaise qu’à la littérature française. L’option francophone correspond sans doute chez lui à la perception de l’étrangeté de tout langage ; quant au gaélique, il est à la fois pour Beckett une langue morte, et une langue impotente, incapable, inefficace (voir Tous ceux qui tombent et Bande et Sarabande). Dans un dialogue incessant, anglais et français sont confrontés, tout au long de l’œuvre, à l’obsédante question du rapport entre la parole et le silence. Comme c’est le cas pour Joyce, la « poésie » de Beckett n’est pas à chercher dans ses seuls poèmes ; mais ceux-ci occupent dans son œuvre une place à la fois marginale et plus importante qu’on ne le soupçonne généralement. Une belle et mince plaquette de Poèmes publiée aux éditions de Minuit fixe l’image qu’il a souhaité laisser de cet aspect de son écriture à ses lecteurs français, mais son œuvre poétique en anglais révèle un corpus important sur lequel il nous a semblé intéressant d’attirer ici l’attention, grâce au travail en cours d’Edith Fournier. Ajoutons que Beckett a contribué par ses articles à la reconnaissance de Denis Devlin et de Brian Coffey, ses amis. Les poèmes The Vulture (1934), Enueg I (1931), Enueg II (1931), Da Tagte Es (1933) sont extraits du recueil Echo’s Bones and Other Precipitates (1935). Cascando date de 1936, et Roundelay de 1976.

BEHAN, Brendan

     Ó BeachÀin, Breandán [Brendan Behan] (1923-1964). Né à Dublin, élevé dans la langue gaélique par une famille farouchement républicaine, il est arrêté en 1939 pour sa participation aux activités de l’I.R.A. à Liverpool et passe trois ans en prison (voir son autobiographie Borstal Boy, en français : Un peuple partisan, trad. Roger Giroux, Gallimard). Sept mois après sa libération, il est de nouveau condamné à quatorze ans de travaux forcés pour avoir tiré, à Dublin, sur un policier, et sera libéré au bout de quatre ans et demi. Auteur gaélique, il écrit aussi en anglais ; son œuvre comprend des essais, des nouvelles, des poèmes et plusieurs pièces de théâtre dont la version anglaise lui valut un succès mondial à partir de The Hostage (en gaélique : An giall, 1956 ; trad. française Deux otages, Gallimard, 1961). Auteur révolté, marqué par l’expérience carcérale, Behan dut sa mort prématurée à l’alcoolisme. Son second texte autobiographique, Confessions of an Irish Rebel, fut publié en 1965 (trad. française par M. de Hauteville : Confessions d’un rebelle irlandais, Gallimard, 1983). Il est l’un des auteurs dramatiques les plus importants de l’après-guerre, non seulement pour le domaine gaélique, mais aussi dans tout le monde anglo-saxon.

BOLAND, Eavan

     Boland, Eavan (1944). Sa mère, Frances Kelly, est peintre, et son père diplomate. Elle passe une partie de son enfance à Londres (époque à laquelle elle se réfère volontiers pour exprimer son aversion de la culture anglaise moderne) puis le début de son adolescence à New York ; à son retour en Irlande en 1960, on la confie à un couvent de Dublin dont la rigidité la détourne de la foi catholique. Elle fait de brillantes études à Trinity College et épouse le romancier et dramaturge Kevin Casey. Elle publie en 1967 son premier recueil, New Territory, et se voue à l’écriture à partir de 1968. The War Horse (1975) consacre sa réputation de poète, confirmée par In Her Own Image (1980), Night Feed (1982), The Journey (1986). Volontiers narrative, sa poésie se place souvent sous le signe d’une confrontation avec l’étrangeté cruelle du quotidien.

CAMPBELL, Joseph

     Campbell, Joseph (1879-1944). Né à Belfast, il se consacra très tôt à l’étude des traditions et de la littérature gaéliques sous l’influence de ses parents, et son œuvre (tout entière en anglais) en porte la marque. Lié à Padraic Colum, qui l’introduisit en 1902 dans les cercles littéraires de Dublin où il ne se sentit pas pleinement accepté, il partit enseigner à Londres de 1906 à 1911 et épousa une Anglaise, mais continua de défendre la cause littéraire irlandaise tout en étudiant les littératures européennes. Après plusieurs recueils encore immatures, Irishry (1913) et Earth of Cualann (1917) représentent le sommet de sa production lyrique ; ils en marquent aussi, pratiquement, la fin. Jeté en prison pendant la guerre civile pour avoir choisi le camp des opposants à l’État Libre d’Irlande, il s’exila aux États-Unis en 1925. Son activité pour la promotion de la culture irlandaise y fut considérable, malgré les difficultés financières continuelles auxquelles il fut confronté : création d’une école puis d’une fondation d’études irlandaises, publication à partir de 1934 de The Irish Review, enseignement à l’Université, organisation de conférences et de voyages culturels pour faire connaître l’Irlande aux Américains... Toutes ces activités l’empêchèrent d’écrire. Il revint en Irlande en 1939 et mourut oublié. Seul Austin Clarke, qui édita ses poèmes en 1963, a contribué à attirer l’attention sur son œuvre, présente toutefois dans de nombreuses anthologies.

CARSON, Ciaran

     Carson, Ciaran (1948). Né à Belfast, sa langue maternelle est le gaélique, mais il n’a jusqu’ici publié qu’en anglais. Il a fait ses études à Queen’s University. Il a publié trois recueils de poèmes : The New Estate (1976, édition revue et augmentée 1986), The Irish for No (1987) et Belfast Confetti (1989) et a également écrit un guide de la musique irlandaise traditionnelle.

CLARKE, Augustin J. dit Austin

     Clarke, Augustin Joseph dit Austin (1896-1974). Né à Dublin, il y fit ses études à Belvedere College puis à l’University College, où il succéda en 1916 à Thomas MacDonagh comme assistant en littérature anglaise. Son premier long poème narratif, The Vengeance of Fionn (1917) lui valut aussitôt une grande renommée dans les milieux littéraires, l’amitié attentive de AE, et la méfiance de Yeats qui, un peu plus tard, allait le blesser profondément en l’excluant de son Oxford Book of Modern Verse. D’autres longs poèmes allaient suivre qui forment la première partie de son œuvre, The Fires of Baal et The Sword of the West, tous deux en 1921, eux aussi inspirés par la très bonne connaissance que Clarke avait du gaélique (contrairement, on le sait, à Yeats). À partir de 1927, Clarke s’oriente vers le théâtre, qui sera avec la poésie son autre grand pôle d’activité, le conduisant notamment à fonder à la fin de la Deuxième Guerre mondiale une compagnie théâtrale qui se produira à l’Abbey Theatre. De 1929 à 1937 cependant, Clarke vécut en Angleterre comme journaliste et critique littéraire, publiant notamment deux romans qui furent censurés par l’État Libre d’Irlande. À partir de Pilgrimage and Other Poems (1929), il s’oriente vers une poésie aux formes plus restreintes et, avec Night and Morning (1938), donne le livre le plus achevé de sa seconde manière, qui contient ses poèmes les plus souvent cités : Tenebrae, Martha Blake, The Straying Student. Après la guerre et l’expérience de la compagnie théâtrale qui prend fin avec l’incendie de l’Abbey Theatre en 1951, Austin Clarke part en 1954 pour les États-Unis, où il résidera jusqu’en 1972. C’est le moment où, avec Ancient Lights (1955), qui inaugure sa troisième manière, il est reconnu comme le poète irlandais le plus important depuis Yeats. Sans cesser d’être catholique, Clarke va évoluer vers une poésie satirique, volontiers anticléricale, dénonçant les positions de l’Église en matière de contraception, pratiquant en tout cas un vers en prise avec l’actualité la plus immédiate (guerre du Vietnam ou troubles politiques en Irlande), le monde moderne, le quotidien, en même temps qu’il utilise une langue de plus en plus elliptique, à la syntaxe de plus en plus libre, empruntant au langage courant et même trivial, ce qui ne l’empêchera pas de consacrer en 1970 l’un de ses derniers longs poèmes à Bernadette de Lourdes (Orphide) et un autre au mythe de Tiresias (1971). De cette dernière période émerge surtout Flight to Africa (1963). Austin Clarke est un poète dont une anthologie peut difficilement rendre compte dans sa diversité, à cause du grand nombre de poèmes très longs que comporte son œuvre. Son cynisme, sa distance ironique vis-à-vis du nationalisme irlandais, sont diversement appréciés selon les critiques, mais son importance dans l’histoire de la littérature irlandaise ne saurait être niée.

CLIFTON, Harry

     Clifton, Harry (1952). Né à Dublin en 1952, il a passé de nombreuses années hors d’Irlande depuis la fin de ses études, en 1976 ; il a été enseignant en Afrique occidentale puis a vécu en Extrême-Orient, où il a notamment participé à des programmes d’aide aux réfugiés cambodgiens. Il a épousé en 1987 la romancière Deirdre Madden et vit aujourd’hui près de Paris. Il a publié The Walls of Carthage (1977), Office of the Salt Merchant (1979), Comparative Lives (1982), The Liberal Cage (1988), The Desert Route (1992, anthologie des quatre livres précédents) et Night Train Through the Brenner (1994), qui inaugure une nouvelle période de son travail. Son œuvre a été notamment distinguée par un Patrick Kavanagh Award. Derek Mahon, qui a préfacé The Desert Route, le signale comme l’un des poètes les plus importants de la génération née autour de 1950. Une anthologie de ses poèmes paraît aux Presses Universitaires de Bordeaux sous le titre Le Canto d’Ulysse (1996).

COFFEY, Brian

     Coffey, Brian (1905-1995). Né près de Dublin, fils du premier président d’University College, Brian Coffey vint passer son baccalauréat en France en 1924 et fit ses études à l’Institut Catholique de Paris, fréquenta assidûment Jacques Maritain et subit, dans ses premiers poèmes, l’influence de Paul Claudel. De retour en Irlande, il se lia en 1930 avec Denis Devlin (dont il devait éditer les Collected Poems en 1964), puis avec Thomas MacGreevy et Samuel Beckett. Ayant soutenu en 1947 à Paris un doctorat commencé avant la guerre, il enseigna quelque temps aux États-Unis puis à Londres. Sa traduction du Coup de dé de Mallarmé en 1965 attira l’attention sur lui, mais la reconnaissance littéraire lui vint tard, principalement grâce à ses Selected Poems de 1971 et surtout, en 1975, à un numéro de The Irish University Review entièrement dédié à son œuvre, où figurait l’un de ses textes majeurs, Advent. Tout en se situant résolument du côté de l’avant-garde et parfois de la poésie visuelle, l’œuvre de Coffey porte durablement la trace d’une angoisse religieuse marquée par la lecture de la Bible et, en particulier, de l’Apocalypse. En 1982, dans Death of Hektor, Coffey prend parti contre la menace nucléaire en faisant de la mort d’Hector le symbole de l’agonie d’une civilisation punie pour s’être d’abord trahie elle-même. En 1991, la publication par Dedalus Press à Dublin de Poems and Versions a représenté pour Brian Coffey une tardive consécration.

COLUM, Padraic

     Colum, Padraic (1881-1972). Né à Longford, Padraic Colum grandit à Sandycove où son père fut chef de gare, et rentra lui-même dans l’administration des chemins de fer à dix-sept ans avant qu’un don d’un riche Américain ne lui permette, cinq ans plus tard, de se consacrer à l’étude et à l’écriture. Ses poèmes furent publiés à partir de 1902 par Arthur Griffith dans The United Irishman. Entré à la National Theatre Society, il fit partie des membres fondateurs de l’Abbey Theatre et écrivit trois pièces pour cette scène dès les premières années de son activité : The Land (1905), The Fiddler’s House (1907), Thomas Muskerry (1910). Ses poèmes lui valurent une grande renommée. Fondateur en 1912, avec sa jeune épouse Mary Colum, Joseph Plunkett, James Stephens et Thomas MacDonagh, de The Irish Review, il fut le familier de AE, de Yeats, de Lady Gregory et, à ce titre, l’un des acteurs privilégiés du Renouveau irlandais. Auteur de plus de soixante ouvrages, dont deux romans, deux biographies de Joyce et de Griffith, plusieurs livres destinés à faire connaître aux enfants les légendes irlandaises et de très nombreux essais, Colum est pourtant avant tout un poète — même s’il lui fut reproché, par la suite, d’avoir donné de l’Irlande rurale une vision idyllique éloignée de la réalité. Après trois ans passés en France, Colum partit s’installer en 1933 aux États-Unis, où il passa une bonne partie de son temps jusqu’à sa mort. Ses poèmes rassemblés en 1932 (Poems, MacMillan) furent complétés dans les années cinquante par des plaquettes publiées aux États-Unis et en Irlande : The Vegetable Kingdom (1954), Ten Poems (1958), enfin Irish Elegies (1958, rééd. augm. 1961, 1968). Les poèmes complets de Padraic Colum ont paru en 1960 sous le titre The Poet’s Circuit (Oxford University Press). Mort aux États-Unis, Colum fut enterré en Irlande et salué comme le dernier témoin des grands combats littéraires du début du siècle ; ses poèmes et ses essais n’ont pas cessé d’être lus. De Padraic Colum, on peut lire en français un conte de 1916, Le Fils du roi d’Irlande, dans la collection Folio Junior (n°278).

CRONIN, Anthony

     Cronin, Anthony (1926). Né dans le Wexford, connu pour son roman sur le Dublin des années 50, The Life of Riley (1964), ce familier de Flann O’Brien, de Kavanagh et de Brendan Behan, a consacré une part importante de son activité à la critique et a raconté ses souvenirs littéraires sur un ton souvent caustique dans Dead as Doornails (1975). Mais il est avant tout poète, et son long poème R.M.S. Titanic (1980) a connu une audience considérable. Il a publié des Collected Poems en 1973, des New and Selected Poems en 1982 et, récemment, The End of the Modern World (1989).

DALY, Padraic J.

     Daly, Padraic J. (1943) Né dans le comté de Waterford, il est ordonné prêtre en 1960 et entre dans l’ordre des Augustiniens ; il exerce son ministère à Dublin et a publié Nowhere But in Praise (1978) et This Day’s Importance (1981), recueils dans lesquels s’affirme un lyrisme de la prière et de l’émotion contenue, qui peut aussi s’attacher à scruter le sens pré-chrétien des grands mythes celtiques.

DAVITT, Michael

     Davitt, Michael (1950). Né à Cork, étudiant à l’Université de Cork, où il fonde le journal de poésie Innti en 1970, il est devenu professeur d’irlandais et organisateur des fêtes de jeunes irlandophones, Slógadh. Aujourd’hui reporter et présentateur du programme d’actualités Iris, sur la télévision RTE 1. Il vit à Dublin et a publié deux recueils poétiques : Gleann ar Ghleann (Une vallée sur une vallée, 1982), et Bligeard Sráide (Le garde noir de la rue, 1983).

DAY-LEWIS, Cecil

     Day-Lewis, Cecil (1904-1972). Désigné comme « poète lauréat » par Elisabeth II en 1968, lié à W.H. Auden, à Stephen Spender, à Kingsley Amis, il s’inscrit avant tout dans la littérature anglaise et n’eut pas le temps de connaître l’Irlande où il était né (à Ballintubber) et que ses parents quittèrent très tôt. Il était pourtant fier de compter parmi ses ancêtres l’illustre Goldsmith, dont l’origine irlandaise est tout aussi souvent oubliée, et plusieurs de ses poèmes contiennent des allusions à ses racines irlandaises. C’est dans cet esprit qu’ont été choisis les deux poèmes inclus dans la présente anthologie. Signalons encore que l’un des meilleurs romans policiers qu’il a publiés sous le pseudonyme de Nicholas Blake, The Private Wound (1958), se déroule entièrement en Irlande.

DEANE, John F.

     Deane, John F. (1943). Né à Achill Island, il a fait ses études à University College et enseigne aujourd’hui à Dublin. Il a fondé avec sa femme, à la fin des années 70, une petite maison d’édition qui a notamment publié Brendan Kennelly, Robert Greacen et Padraic J. Daly, puis, en 1985, il a créé à Dublin The Dedalus Press, aujourd’hui l’une des maisons d’édition de poésie les plus importantes d’Irlande. Il a fondé en 1979 l’association Poetry Ireland qui rassemble les poètes irlandais. Ses principaux recueils sont Stalking After Time (1977), High Sacrifice (1981), Winter in Meath (1988), Road with Cypress and Stras (1988), The Stylized City (1991), Walking on Water (1994).

DEANE, Seamus

     Deane, Seamus (1940). Né dans le Derry, il a fait ses études à Belfast puis à Cambridge et a enseigné à l’University College de Dublin puis aux États-Unis. Auteur d’études d’histoire littéraire (Celtic Revivals, 1985 ; A Short History of Irish Literature, 1988), il a été l’éditeur d’une monumentale anthologie de la littérature irlandaise de 550 à 1988, The Field Day Anthology of Irish Writing, parue en 1990. Trois recueils de poèmes ont suffi à asseoir sa réputation : Gradual War (1972), Rumours (1977), History Lessons (1988).

DEVLIN, Denis

     Devlin, Denis (1908-1959). Né en Écosse, il est le fils d’un puissant homme d’affaires irlandais et fut élevé en Irlande à partir de l’âge de dix ans, fréquentant dès son enfance Collins et de Valéra, qui étaient des amis de sa famille. Élevé chez les Jésuites (à Belvedere College, comme Joyce), il s’orienta vers les études littéraires après avoir un temps songé à devenir prêtre et se lia d’amitié avec Brian Coffey ; tous deux publièrent en commun leur premier livre en 1930, à compte d’auteur. Après avoir parfait sa connaissance du gaélique, Devlin continua ses études à Munich et à Paris, traduisant notamment des poèmes français en gaélique. Toute sa vie, Devlin restera un extraordinaire traducteur, au fil de ses lectures, traduisant en gaélique Baudelaire, Nerval ou Rimbaud, mais surtout en anglais les surréalistes français — Éluard, Breton — et plus tard, René Char, Valéry, et Saint-John Perse (Rains, 1944 ; Snows, 1945 ; Exile and Other Poems, 1949). Après quelques années d’enseignement comme assistant à University College, Devlin opte pour la carrière diplomatique en 1935 ; elle le conduira notamment à Washington (1940, époque de son amitié avec Saint-John Perse), en Italie (1950), en Turquie (1951) puis de nouveau en Italie (1958), lui permettant également de nombreux voyages en Grèce, au Mexique... Admiré dès avant la guerre par Samuel Beckett, qui consacra un compte rendu élogieux à ses poèmes, Devlin dut le début de sa véritable renommée à son séjour aux États-Unis et à la parution de ses poèmes, notamment de Lough Derg, dans The Southern Review, la revue de Robert Penn Warren, puis dans les plus grandes revues américaines. Sa mort prématurée, des suites d’une leucémie foudroyante, empêcha Devlin de voir ses poèmes, principalement publiés aux États-Unis, rassemblés et lus en Irlande. Mais, dès 1967, son ami et exécuteur testamentaire Brian Coffey procura la première édition irlandaise de ses poèmes, The Heavenly Foreigner, après les Selected Poems publiés par R. Penn Warren à New York en 1963. Une édition critique de référence a paru en 1989 chez Dedalus Press, manifestant l’intérêt croissant pour une œuvre incontestablement proche du courant surréaliste — comme celle de Coffey — mais qui s’en distingue profondément par un goût affirmé de la forme et une extrême maîtrise de l’inspiration dans son obscurité parfois vertigineuse. Quelques-uns des plus importants poèmes de Denis Devlin, auquel nous avons tenu à faire une large place, sont ici traduits pour la première fois en français ; on trouvera quelques autres traductions dans le volume des Lettres Nouvelles publié par Serge Fauchereau (voir bibliographie).

DONNELLY, Charles

     Donnely, Charles (1910-1937). Né dans le comté de Tyrone, il fit ses études à l’University College de Dublin et publia des poèmes dans des revues, qui lui valurent l’amitié et l’admiration de nombreux jeunes poètes de sa génération. Ses convictions politiques le conduisirent à s’engager auprès des Républicains dans la guerre d’Espagne (bataillon Abraham Lincoln), où il trouva la mort, à Jarama. De l’avis de la plupart de ceux qui le connurent (Denis Devlin, Donagh MacDonagh, Flann O’Brien, Ewart Milne), il était destiné à devenir l’un des plus grands poètes de sa génération. Le dernier poème qu’il ait écrit est cité par John Montague dans The Faber Book of Irish Verse (1974).

DUNNE, Seán

     Dunne, Seán (1956-1995). Né à Waterford, il a fait ses études à Cork et y a vécu jusqu’à sa mort prématurée. Après des études de lettres, il fut journaliste et collabora à de nombreux journaux et revues. Éditeur de deux anthologies de poésie irlandaise, auteur d’un récit autobiographique, son premier recueil de poèmes, Against the Storm (1985) fait de lui l’un des poètes les plus remarqués de sa génération. Sheltered Nest (1992), d’où sont extraits les quatre poèmes publiés ici, a confirmé l’importance d’une œuvre qui se place sous le signe de l’amour et de la souffrance — amours sereines, amours perdues — comme les poèmes d’Anna Akhmatova dont Seán Dunne aimait à invoquer l’exemple. Le plus souvent très brefs, en lignes courbes ou brisées, ses textes sont des éclats de voix d’une poignante intensité.

DURCAN, Paul

     Durcan, Paul (1944). Né à Dublin, il a fait des études d’archéologie et d’histoire médiévale à l’University College de Cork. Il a reçu le Patrick Kavanagh Award en 1974 pour un manuscrit inclus dans son premier livre paru l’année suivante, O Westport in the Light of Asia Minor. Il a publié depuis Teresa’s Bar (1976), Sam’s Cross (1978), Jesus, Break His Fall (1980), Jumping the Train Tracks with Angela (1983), The Berlin Wall Café (1985), Going Home to Russia (1987). Il est considéré comme l’un des poètes les plus importants de sa génération.