IREMONGER, Valentin
Iremonger, Valentin (1918-1989). Né à Dublin, il a fait une carrière de diplomate au service de l’Irlande dont il a été l’ambassadeur en Suède, en Norvège, en Finlande et en Inde. Ses poèmes ont été découverts en 1945 par le jury du AE Memorial Award. Il a fondé en 1949 la revue Envoy, qui a cessé de paraître dès 1951 mais occupe une place importante pour avoir offert une tribune à Patrick Kavanagh, Brendan Behan, Seán O’Faolain et à de nombreux autres écrivains de premier plan. Ses poèmes paraissent en volume en 1950 sous le titre Reservations, et à la même époque, il édite avec Robert Greacen la première Faber Anthology of Contemporary Irish Poetry. Juge sévère de son propre travail, il publie peu jusqu’à Horan’s Field and Other Reservations (1972), qui comporte une sélection sévère de son premier livre.
JOHNNY CHÓIL MHAIDHC
Ó Coisdealbha, Seán [Johnny Chóil Mhaidhc], 1933. Personnage célèbre d’Indreabhán (Connemara). Il a écrit des pièces de théâtre (An Cruastóir, An Mhéar Fhada), des essais et des poèmes, notamment le recueil de mélanges intitulé Buille faoi Thuairim Gabha (Un coup d’essai de forgeron) : on y trouve notamment un remarquable dialogue entre le poète contemporain et Raftery, le célèbre poète aveugle du Connemara du début du XIXe siècle.
JOHNSON, Lionel
Johnson, Lionel (1867-1902). Si Yeats ne lui avait consacré la troisième strophe de l’un de ses plus célèbres poèmes (À la Mémoire du Commandant Robert Gregory, dans Les Cygnes sauvages à Coole) et ne l’évoquait longuement dans ses mémoires, peut-être aurait-on oublié Lionel Johnson, jeune homme alcoolique torturé par la Grâce divine, brillant connaisseur de Shakespeare, célèbre parmi les membres du Rhymer’s Club de Londres pour ses crises de délire éthylique inspiré. Né britannique dans le comté de Kent, il fit ses études à New College, à Oxford, mais sa conversion au catholicisme (en 1891) et son amitié pour Yeats le rapprochèrent de la culture irlandaise au point de faire de lui l’un des théoriciens littéraires du Renouveau irlandais, notamment grâce à une conférence retentissante prononcée en 1894 à la Société Littéraire Irlandaise de Londres et à la Société Littéraire Nationale de Dublin, que Yeats fit publier en 1908 par la Cuala Press avec son propre essai Poetry and Tradition. Le second et le meilleur des recueils de Lionel Johnson s’intitule Ireland and Other Poems (1897). Pour toutes ces raisons, on a souhaité l’accueillir ici, d’autant que son inspiration mystique fait de lui l’un des moins banals parmi les poètes qui portent la marque de l’esprit « fin de siècle », et que c’est ici la première fois, à notre connaissance, que sont traduits en français quelques vers d’un poète qui resta pour Yeats la meilleure incarnation de « la génération tragique ».
JOYCE, James
Joyce, James (1882-1941). Il n’est pas inutile de rappeler que, si Joyce n’est pas prioritairement un « poète », c’est par la poésie qu’il a commencé son œuvre. Et c’est encore un poème — la villanelle — qui, à la fin de Portrait de l’Artiste, exprime la vocation sacerdotale du héros et double de Joyce, Stephen Dedalus. Plus que d’autres écrivains irlandais, Joyce s’est déterminé par opposition aux idéaux de la Renaissance celtique, au goût de la cérémonie qui marque l’école de Yeats ; l’ironie mordante du Saint Office en témoigne en 1904, avec une jubilation verbale qui annonce les jeux de langage les plus audacieux de l’œuvre future. La poésie a toujours été pour Joyce du côté du jeu, jusqu’à Pomes Penyeach (1927). Mais en 1932, sous le choc de la naissance de son fils Stephen, c’est encore à la poésie que recourt Joyce pour exprimer son émotion : Ecce Puer exprime le souci du lien entre les générations qui ne cessera de croire dans son œuvre jusqu’à Finnegans Wake. La version que nous en proposons, traduite par Stephen Joyce lui-même, s’appuie sur le manuscrit original du poème qui comporte, pour le deuxième vers, une variante inédite.
KAVANAGH, Patrick
Kavanagh, Patrick (1904-1967). Parmi les œuvres achevées depuis plus de vingt ans, il en est peu qui soient aujourd’hui aussi vivantes, par les débats qu’elles suscitent, que celle de Patrick Kavanagh, fermier autodidacte du comté de Monaghan qui, bien qu’il ait puisé dans la vie rurale l’essentiel de son inspiration, ne pourrait sans grave erreur de jugement être enfermé dans l’image simpliste d’un « poète paysan ». Découvrant la littérature dans les années 20 bien qu’il eût quitté l’école à l’âge de douze ans, il écrivit dès 1928 quelques-uns de ses meilleurs poèmes et s’installa à Dublin de façon plus ou moins permanente à partir de 1939, abandonnant la ferme qu’il exploitait depuis la mort de son père (cordonnier de son état) pour vivre du journalisme et de la critique littéraire après la publication d’un récit autobiographique, The Green Fool (1938), témoignage sans complaisance sur les réalités de la vie rurale. Son roman, Tarry Flynn, publié en 1948, plus autobiographique encore, lui fut également inspiré par le sentiment d’avoir à rendre justice au monde rural d’où il était issu, en même temps que par le souci de battre en brèche toute imagerie idyllique. (La traduction de ce roman par René Kérisit a paru en 1994 aux éditions Marval). Dans les années 40 et 50, Kavanagh devint une figure importante de la scène littéraire irlandaise et un critique littéraire redouté, allant jusqu’à publier pendant quelques mois en 1952 un hebdomadaire entièrement rédigé par lui-même, Kavanagh’s Weekly, qui lui valut de mortelles inimitiés par ses prises de position spectaculaires dans tous les domaines, et par les portraits satiriques qu’il y brossa de la vie intellectuelle dublinoise. Ploughman and Other Poems (1938), The Great Hunger (1942), son chef-d’œuvre, et A Soul for Sale (1947) lui avaient pourtant permis d’être reconnu comme l’un des poètes les plus importants de sa génération. Mais, blessé par des attaques anonymes parues dans un journal de Dublin, Kavanagh s’engagea dans un procès désastreux qu’il perdit au moment même où les médecins découvraient qu’il souffrait d’un cancer du poumon. Provisoirement guéri en 1955, il se concentra sur son œuvre et livra alors ses poèmes à la fois les plus intérieurs et les plus marqués par ce détachement vis-à-vis de soi-même qui est si caractéristique de sa manière, adoptant volontiers un ton franchement humoristique dans la description de la vie comme « comédie » : Recent Poems (1958), Come Dance With Kitty Stobling and Other Poems (1960) et Collected Poems (1964). Convaincu qu’« il n’existe qu’une seule muse, la muse comique » et qu’« il y a toujours quelque chose de mensonger dans la tragédie », Kavanagh déclare dans l’un de ses manifestes en prose (Signposts, in Collected Prose, 1964) que « tous les vrais poètes sont joyeux et drôles jusqu’à l’excentricité ». Son œuvre est l’une des plus importantes du XXe siècle irlandais ; sous son apparente simplicité, son attention aux détails quotidiens, son ton souvent sarcastique et son humour, elle est tout entière parcourue d’interrogations mystiques ; c’est pour contribuer à sa reconnaissance, indispensable à une juste vue de la poésie irlandaise, que nous avons choisi de publier la traduction intégrale du maître-livre de Kavanagh, The Great Hunger.
KENNELlY, Brendan
Kennely, Brendan (1936). Né à Ballylongford dans le comté de Kerry, il a fait ses études à Trinity College où il enseigne aujourd’hui la littérature moderne, et à Leeds. Une vocation de poète est au cœur de sa destinée, même s’il a écrit deux romans dans sa jeunesse (The Crooked Cross, 1963 et The Florentines, 1967) et s’il est aussi l’un des critiques littéraires les plus fins de l’Irlande d’aujourd’hui (Journey into Joy, Selected Prose, 1994), dont la réflexion depuis trente ans couvre tout le champ littéraire irlandais, tant en gaélique qu’en anglais. Auteur de plus de vingt livres de poèmes, il est aussi connu, étudié et aimé en Irlande que Seamus Heaney, quoiqu’il soit moins célèbre que lui à l’étranger. Influencée par la tradition orale irlandaise, sa poésie laisse entrevoir les épiphanies qui s’offrent chaque jour, fût-ce dans la grisaille ou la souffrance, en une suite de révélations fragmentaires arrachées à la routine des travaux et des jours. Sa conception du geste poétique exclut toute imprécision et tend à une diction rigoureusement contrôlée. Ses principaux recueils sont My Dark Fathers (1965), Getting Up Early (1966), Good Souls to Survive (1967), Dream of a Black Fox (1968), Bread (1971), Salvation, the Stranger (1972), Love Cry (1972), The Voices (1973), A Kind of Trust (1975), Islandman (1977), A Small Light (1978), The Boats are Home (1980), Cromwell (1983), The Book of Judas (1991). Brendan Kennelly a également donné des adaptations d’Euripide, des traductions de poèmes gaéliques (Love of Ireland, 1989), et a édité The Penguin Book of Irish Poetry (1970, 2e édition 1981), qui est, par le nombre des auteurs cités, l’une des plus riches anthologies de la poésie irlandaise réalisées à ce jour.
KINSELLA, Thomas
Kinsella, Thomas (1928). Né à Dublin, il a commencé sa carrière dans l’administration des finances avant que ses poèmes ne lui vaillent une invitation à séjourner dans une université américaine en 1965, puis à enseigner à la Temple University de Philadelphie. De retour en Irlande, il a dirigé un département d’études de la tradition irlandaise jusqu’en 1992. Élu à l’Académie des Lettres d’Irlande dès 1965, il a mené une activité considérable d’éditeur et a notamment pris la direction de The Dolmen Press, dont il a fait la maison d’édition de poésie la plus prestigieuse d’Irlande, aujourd’hui disparue. Il a fondé en 1972 la Peppercanister Press. Connaisseur remarquable de toute la littérature irlandaise, on lui doit le New Oxford Book of Irish Verse et de nombreuses traductions de poèmes gaéliques du haut Moyen-Âge, parmi lesquelles une restitution magistrale de l’épopée The Tain parue en 1969, qui a fait date. Son œuvre poétique fait de lui l’égal de Montague, son exact contemporain ; elle témoigne d’un humanisme soucieux de rendre à la poésie sa fonction centrale, créatrice de mythes nouveaux capables de ranimer la force des idéaux et de lutter contre le matérialisme moderne. Marqué par Pound, Auden, Eliot, soucieux avant tout de combattre une tendance au régionalisme qui risque de replier la poésie irlandaise sur elle-même, Kinsella est un poète visionnaire, sensible aux aspects fantastiques du réel, obsédé par les effrois de l’enfance et par les sensations infimes qui sont pour lui une voie d’accès à une perception quasi « surréelle » du monde. Dans un récent essai, The Dual Tradition (1995), il a résumé les thèses qui sont au cœur de son enseignement et qui donnent sens à son activité de traducteur : l’Irlande ne saurait sans s’appauvrir renoncer à l’anglais et nier l’histoire passée, si douloureuse soit-elle ; la poésie irlandaise doit au contraire profiter de la richesse d’une double identité. Ses principaux recueils sont The Starlit Eye (1952), The Death of a Queen (1956), Another September (1958, éd. révisée 1962), Downstream (1962), Wormwood (1967), Nightwalker and Other Poems (1968), Finistere (1972), Notes from the Land of the Dead and Other Poems (1973), New Poems (1973), Peppercanister Poems 1972-1978 (1980), From Centre City (1994).
LAWLESS, Emily
Lawless, Emily (1845-1913). Fille d’un baron anglo-irlandais, l’« Honorable » Emily Lawless, née Cloncurry, fut l’une des romancières irlandaises les plus connues du tournant du siècle, particulièrement pour son second roman, Hurrish (1886), où elle soulevait la question de l’iniquité des lois anglaises imposées aux fermiers d’Irlande, attirant ainsi l’attention de Gladstone avec lequel elle entretint dès lors une importante correspondance. Marquée par les suicides de son père et de ses deux sœurs, Emily Lawless cachait sous un personnage excentrique une sensibilité au tragique de la vie dont témoigne un autre de ses romans, Grania (1892), qui fait également d’elle le premier écrivain, avant Synge, à avoir tiré parti des paysages et des coutumes des îles d’Aran. Quoiqu’elle ait écrit dix romans en tout, de nombreuses nouvelles et des livres historiques, c’est pour sa poésie qu’Emily Lawless mérite de ne pas être tout à fait oubliée ; de ses quatre recueils de poèmes, With the Wild Geese, paru en 1902, essentiellement composé de ballades, est celui qui lui a valu l’admiration des jeunes poètes irlandais du Renouveau. C’est à lui qu’elle doit d’être considérée comme l’un des précurseurs de la Renaissance irlandaise du XXe siècle.
LEDWIDGE, Francis
Ledwidge, Francis (1887-1917). Né à Slane dans le comté de Meath dans une famille paysanne, il fut cantonnier, ouvrier agricole, employé d’épicerie, mineur puis contremaître avant que ses premiers poèmes ne lui permettent d’être introduit dans l’entourage de Yeats, où il subit notamment l’influence des traductions gaéliques de Thomas MacDonagh et de Lady Gregory. Cet autodidacte se tourna alors vers des thèmes mythologiques étrangers à ses premiers écrits (Songs of the Fields, parus en 1915 mais écrits bien plus tôt), d’un romantisme pastoral plus direct. Affecté par un amour malheureux pour une jeune fille de condition sociale trop élevée pour lui, ce partisan fervent du Sinn Fein et des Irish Volunteers s’engagea dans l’armée britannique et combattit en Serbie, puis en Belgique où il trouva la mort près d’Ypres, ayant suivi de loin les événements de Pâques 1916 et pleuré ses amis Plunkett et MacDonagh. Sa mort au champ d’honneur lui vaut parfois d’être confondu à tort avec les « war-poets » de son époque qui durent leur célébrité, éphémère à quelques exceptions près (Owen, Brooke), à des poèmes écrits entre deux combats. Quant à lui, sa poésie, simple et descriptive, témoigne d’une sensibilité visionnaire qui devrait être une raison suffisante de ne pas l’oublier complètement. Ses poèmes ont été réunis en 1974 par Alice Curtayne, qui lui a consacré une biographie (Francis Ledwidge, Brian & O’Keefe, 1972).
LONGLEY, Michael
Longley, Michael (1939). Né à Belfast, il a fait des études classiques à Belfast puis à Dublin (Trinity College) et a longtemps travaillé pour le Council of Arts d’Irlande du Nord. Son épouse, Edna Longley, est une critique littéraire réputée. Tous deux ont été des familiers de Louis MacNeice et lui ont consacré une biographie. Depuis No Continuing City (1969), Michael Longley a publié An Exploded View (1973), Man Lying on a Wall (1976), The Echo Gate (1979), Gorse Fires (1991). Longtemps moins reconnu que ses contemporains Heaney, Mahon ou Kennelly, la place que lui accorde Paul Muldoon dans son très sélectif Faber Book of Contemporary Irish Poetry a beaucoup contribué à attirer l’attention sur son œuvre. L’extrême rigueur formelle de sa poésie rend compte avec une exactitude obsédante, mais jamais dépourvue d’ironie et de légèreté, des détails de la vie et du souvenir, détails jamais insignifiants qui sont, comme les « minute particulars » de Blake, la chose même. La figure et l’identité du poète irlandais sont une autre interrogation récurrente de son œuvre, dont témoigne la série des « lettres-poèmes » adressées à divers poètes (notamment ses amis James Simmons, Heaney et Mahon), dont le ton familier évoque l’aisance de MacNeice. |