PAULIN, Tom
Paulin, Tom (1949). Né à Leeds, il a grandi à Belfast, puis a fait ses études à Hull et à Oxford. Il enseigne à l’université de Nottingham. Auteur d’une anthologie de la poésie politique (The Faber Book of Political Verse), d’essais (Ireland and the Irish Crisis, 1984) et d’études critiques (Thomas Hardy), dramaturge (The Hillsborough Script, 1987 ; The Riot Act, 1985, d’après Antigone de Sophocle ; Seize the Fire, 1990, d’après Prométhée enchaîné d’Eschyle, d’où est extrait le dernier poème publié ici), il s’est fait connaître par quatre livres de poèmes qui traduisent une forte implication dans les grands problèmes politiques du XXe siècle, non seulement irlandais mais européens : Theoretical Locations (1975), The Strange Museum (1980), Liberty Tree (1983), Fivemiletown (1987). Un volume de Selected Poems a paru chez Faber & Faber en 1990.
PEARSE, Patrick Henry
Pearse, Patrick Henry [Pádraig MacPiarais] (1879-1916). Né à Dublin, il étudia chez les Frères des Écoles Chrétiennes, puis à University College. En 1903, il devint l’éditeur de l’hebdomadaire An Claidheamh Soluis (Le Glaive de Lumière) publié par la Ligue Gaélique, et fonda en 1908 l’école de St. Enda, destinée à permettre aux enfants irlandais d’accomplir leur scolarité en gaélique. Auteur de huit pièces de théâtre (dont six en gaélique), de deux recueils de nouvelles en gaélique et de quelques poèmes (une dizaine en anglais et dix-huit en gaélique, écrits entre 1905 et 1916) dont la qualité fait de lui le premier poète gaélique moderne de valeur, sa vocation littéraire et éducative, sa nature timide et réservée ne semblaient pas le destiner à devenir un héros national. Mais son nationalisme culturel le persuada que seule une action armée pouvait permettre à l’Irlande de conquérir son indépendance, et il s’engagea auprès des Irish Volunteers. C’est à lui que revint l’honneur de proclamer la République Irlandaise à Pâques 1916 sur les marches de la Grande Poste de Dublin, et de prendre la direction du gouvernement provisoire. Il fut exécuté par les Anglais le 3 mai 1916.
PLUNKETT, Joseph Mary
Plunkett, Joseph Mary (1887-1916). Né à Dublin, fils d’un comte de noblesse vaticane, sa vie fut marquée par la maladie et par de fréquents séjours de convalescence sur la côte d’Azur et en Afrique du Nord. Avec Padraic Colum et Thomas MacDonagh, son meilleur ami, avec qui il avait étudié le gaélique, il fonda en 1911 The Irish Review, l’une des revues marquantes de la Renaissance Littéraire. Il publia cette année-là le seul livre de poèmes paru de son vivant, The Circle and the Sword. Membre fondateur des Irish Volunteers, Plunkett fit partie du gouvernement provisoire proclamé par Pearse en 1916 et, quoiqu’il sortît à peine de l’hôpital, prit part aux combats. Il fut exécuté le 4 mai 1916. Poète d’une grande culture, mais prisonnier des formes traditionnelles, il n’eut sans doute pas le temps de donner toute sa mesure.
RODGERS, William Robert
Rodgers, William Robert, dit W.R. (1909-1969). Né à Belfast, il fit ses études à Queen’s University et au Presbyterian Theological College, et fut ordonné pasteur presbytérien en 1935. Pasteur à Loughgall, dans le comté d’Aughrim, il publia en 1941 son premier livre, Awake ! and Other Poems, qui eut un très grand retentissement et dont la critique admira la virtuosité verbale, le comparant à Gerard Manley Hopkins dont il partage le goût pour les jeux de sonorités et de sens. En 1946, W.R. Rodgers abandonna le ministère et s’établit à Londres, où il réalisa de nombreuses émissions pour la BBC, notamment une série d’entretiens avec les témoins de la Renaissance littéraire irlandaise qui, publiés en 1972, constituent un précieux document. Il fut élu à l’Irish Academy of Letters en 1951. Très attendu par la critique, son second livre, Europa and the Bull (1952), fait preuve d’une richesse thématique qui manquait encore au premier, tout en renchérissant encore sur sa virtuosité technique jusqu’à atteindre un certain hermétisme. Invité comme écrivain-résident par une université californienne, W.R. Rodgers mourut prématurément à Los Angeles. Ses Collected Poems ont paru en 1971.
ROSENSTOCK, Gabriel
Rosenstock, Gabriel (1949). Poète, dramaturge, auteur de nouvelles, il travaille comme rédacteur à la Gúm (les éditions officielles en gaélique). Il a été aussi acteur, journaliste, speaker à la radio, et éditeur d’un grand nombre de livres en irlandais.
RYAN, Richard
Ryan, Richard (1946). Né à Dublin, il est diplomate, et a été notamment en poste en Corée ; il est aujourd’hui ambassadeur d’Irlande en Espagne. Il a publié deux recueils : Ledges (1970) et Ravenswood (1973), qui lui assurent un prestige durable. Quelques poèmes de Richard Ryan ont récemment paru dans des revues qui laissent espérer un prochain livre de même tenue.
SIMMONS, James Stewart Alexander
Simmons, James Stewart Alexander (1933) Né à Londonderry, il a fait ses études au Campbell College de Belfast et à l’Université de Leeds. En 1968, à son retour du Nigéria où il a enseigné plusieurs années, il fonde le magazine littéraire The Honest Ulsterman, plus tard dirigé par Frank Ormsby. Il s’est d’abord surtout fait connaître comme interprète et auteur de chansons. Le recueil intitulé Judy Garland and the Cold War (1976), qui traite peu de Judy Garland et beaucoup des poètes dont il se recommande (de Donne à Yeats en passant par John Clare, Thomas Moore ou Emily Dickinson), marque le début de sa véritable maturité. Ont suivi depuis Constantly Singing (1980) et From the Irish (1985). Lui-même se situait en 1974 par rapport à son identité irlandaise, en affirmant à propos de dix poètes rassemblés par ses soins dans l’anthologie Ten Irish Poets (Carcanet Press) que ces derniers (de John Hewitt à Eiléan Ní Chuilleanáin) ne « souhaitaient pas attirer l’attention sur leur nationalité, sans être pour autant capables de la nier ».
STEPHENS, James
Stephens, James (1880 ou 1882-1950). Né à Dublin, ami et disciple de AE qui lui fit connaître Yeats, George Moore et Lady Gregory, il fut l’une des figures les plus séduisantes du Renouveau irlandais, par sa conversation brillante, ses dons de conteur, et un brin de mythomanie (qui nous interdit de connaître sa date de naissance exacte). Adaptateur de légendes et de poèmes gaéliques (il adhéra à la Ligue Gaélique en 1905 et ses premiers textes furent publiés par Arthur Griffith), romancier (The Charwoman’s Daughter, 1912 ; The Crock of Gold, 1912 ; The Demi-Gods, 1914 ; Deirdre, 1923) et nouvelliste (Etched in Moonlight, 1928), Stephens est un poète au verbe simple et généreux, nationaliste convaincu mais plus attaché à dire son amour pour son pays qu’à raisonner en termes belliqueux. Il fut avec Yeats le poète le plus profondément touché par les événements de Pâques 1916, qui lui inspirèrent quelques-unes de ses plus belles élégies et un récit en prose, The Insurrection in Dublin (1916). Établi à Londres en 1925, il fut très lié, à partir de 1927, à Joyce qui le tenait en haute estime (l’une des raisons de son insistance à dissimuler sa date de naissance étant probablement son désir de laisser courir le bruit qu’il était né le même jour que l’auteur d’Ulysse). Invité pour de nombreuses tournées de conférences aux États-Unis, Stephens fut aussi très connu en Angleterre pour ses causeries à la BBC, de 1937 à sa mort. Poète mineur (mais capable d’œuvres ambitieuses, comme Theme and Variations inséré en 1931 dans Strict Joy), Stephens est d’autant plus difficile à traduire en français que ses meilleurs poèmes gardent quelque chose de la simplicité authentique du folklore auquel un maniement très sûr de la langue, dont la traduction rend difficilement compte, évite de sombrer dans la naïveté. Ses Collected Poems, dont il a composé en 1926 un livre architecturé sans souci de l’ordre chronologique, complétés par Kings and the Moon (1938), sont toujours lus et étudiés.
SYNGE, John Millington
Synge, John Millington (1871-1909). Connu surtout pour son théâtre et pour son activité, aux côtés de Yeats et de Lady Gregory, au service du théâtre littéraire irlandais installé à l’Abbey Theatre, l’auteur du Baladin du Monde occidental (titre consacré, à la fois magnifique et sans rapport avec le sens du titre anglais, pour lequel Françoise Morvan propose avec justesse « Le beau parleur des terres de l’ouest ») mérite de figurer dans une anthologie de la poésie irlandaise pour un petit nombre de poèmes d’une intensité rare dont François Xavier Jaujard a donné, en français, une précieuse et magistrale anthologie à laquelle nous empruntons les traductions citées ici (éd. de la Délirante). Signalons qu’une série d’autres publications sont venues récemment réveiller en France l’intérêt pour l’œuvre de Synge, jusqu’ici figée dans des traductions vieillies : ainsi la traduction (en cours) de son théâtre par Françoise Morvan aux éditions Folle Avoine (à Bédée), qui propose des équivalents français aux tournures empruntées par Synge au dialecte anglo-irlandais du Kiltartan, ou celle, par Pierre Leyris, de l’admirable livre sur Les Iles d’Aran où Synge se fixa en 1898 après de nombreux voyages à travers l’Europe (éd. Climats, 1990).
TÓIBÍN, Tomás
TÓibÍn, Tomás (1920). Né à Cork, professeur d’école technique, il milite pour la diffusion de l’irlandais. A publié un recueil de poèmes en 1967, Súil le Cuan (En regardant la baie).
TYNAN, Katharine
TYNAN, Katharine (1861-1931). Née près de Dublin, elle tint à partir des années 80 un salon littéraire très en vue où se retrouvèrent les écrivains du Renouveau irlandais. Elle fut le plus jeune poète publié dans l’anthologie Poems and Ballads of Young Ireland, le premier manifeste du mouvement. Son premier recueil de poèmes, Louise de la Vallière (1885), fut un immense succès. Elle s’établit en Angleterre après son mariage avec un avocat en 1893 et revint en Irlande en 1911, quand son mari fut nommé magistrat dans le comté de Mayo. Par force, mais aussi par conviction, bien qu’elle fût catholique, et de plus liée d’amitié à Yeats qui avait établi dès 1907 une anthologie de ses poèmes, elle ne vit dans le mouvement de 1916 qu’une simple rébellion et demeura fidèle au camp anglais. Elle fut donc contrainte de quitter l’Irlande en 1919 à la mort de son mari, et dut vivre de sa plume ; déjà auteur, alors, d’une quarantaine de livres (poèmes, romans, pièces de théâtre et nouvelles), elle allait en publier presque une centaine d’autres jusqu’à sa mort, et voyager à travers toute l’Europe comme correspondante de divers journaux anglais. Son énorme bibliographie comporte cent cinq romans, douze livres autobiographiques (dont quatre volumes de mémoires, qui constituent un important témoignage sur la Renaissance littéraire irlandaise), et dix-huit recueils de poèmes où l’on trouve le meilleur d’une œuvre incontestablement mineure, mais qui, du moins en ce qui concerne les poèmes de jeunesse, fait preuve d’une belle fraîcheur et ne mérite pas un oubli complet. Ballads and Lyrics (1891), d’où est tiré le poème publié dans le présent livre, et Innocencies (1905) sont encore cités aujourd’hui dans les anthologies de la poésie de l’époque victorienne.
UÍ FHLATHARTA, Máire
UÍ FhLatharta, Máire (1936). Née à Carraroe, elle habite aujourd’hui Galway. Elle a publié ses poèmes dans la revue Ar Aghaidh du Père Eric Mac Fhinn. Elle a donné un recueil de poèmes et de chansons écrit en collaboration avec son frère, Tomás Mac Eoin, sous le titre Loscadh Sléibhe (La Mise à feu de la montagne).
WELLESLEY, Dorothy
Wellesley, Dorothy (1889-1956). Anglaise de naissance, duchesse de Wellington par son mariage (rappelons que les Wellesley appartiennent à l’histoire irlandaise), Lady Gerald Wellesley mérite selon nous une petite place dans une histoire de la poésie irlandaise à cause de sa connaissance des poètes irlandais, et surtout de l’amitié qui la lia à Yeats après la disparition de Lady Gregory et la destruction de Coole Park. Son château de Penn of the Rocks offrit au vieux poète, dans les années 30, l’un de ces refuges aristocratiques dont il avait besoin. Cette amitié nous vaut une extraordinaire correspondance publiée par Dorothy Wellesley en 1940, Letters on Poetry, témoignage privilégié sur la réflexion poétique du dernier Yeats. Dès 1935, l’illustre Irlandais accordait à son amie anglaise une place sans doute excessive dans The Oxford Book of Modern Verse, louant la précision du vocabulaire et les rythmes « puissants, torrentueux, masculins » de ses poèmes. L’enthousiasme passionné de Yeats a nui à la renommée de son amie plus qu’il n’y a contribué ; pourtant, la lecture des poèmes de Dorothy Wellesley, rassemblés en 1955 dans Early Light, révèle un poète métaphysique d’une remarquable qualité d’inspiration ; on a souhaité saisir l’occasion de la rapprocher des poètes irlandais pour la tirer quelque peu de l’oubli.
WILDE, Oscar Fingal O’Flaherty
Wilde, Oscar Fingal O’Flaherty (1854-1900). Les succès littéraires et mondains d’Oscar Wilde en Angleterre font trop souvent oublier son identité irlandaise. Sa mère, Lady Wilde, pour avoir tenu salon à Londres, n’en est pas moins l’auteur de poèmes patriotiques irlandais (dénonçant notamment la Grande Famine) ; son père, Sir William Wilde, en plus de ses travaux de médecine et de plusieurs biographies, publia des livres de géographie consacrés au paysage irlandais. Sans se soucier de savoir s’il faut ou non annexer à la littérature « irlandaise » le chef d’œuvre qu’est The Ballad of Reading Gaol, qui est simplement un texte universel, on a souhaité en accueillir un extrait dans cette anthologie du XXe siècle pour rappeler que Wilde ne saurait être simplement traité comme un esthète post-romantique. Trois de ses poèmes en prose publiés ici dans une traduction inédite montrent, jusque dans l’esthétisme qui fut le sien avant les épreuves, la persistance d’inquiétudes plus profondes. Yeats, dans ses Autobiographies, se plut à rappeler les liens d’amitié qu’il entretint avec Oscar Wilde sur la base d’un attachement commun à l’identité irlandaise.
YEATS, William Butler |