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Le Présent de Leopardi (Leopardi nel secolo che gli succede) |


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Essai
Traduit par Bernard Simeone |

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56 pages
8 €
ISBN : 2-86432-294-3 |
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L’actualité de Leopardi est extrême : loin d’être le « sombre amant de la mort » évoqué par Musset, il a énoncé au contraire, au-delà de toutes les raisons de désespérer, un devoir de lucidité qui a fondé une grande partie de la littérature moderne. Dans ses poèmes à la perfection classique aussi bien que dans le « chaos écrit » de son journal, le Zibaldone, il remet en cause la notion de progrès avant même qu’elle ne s’impose en Europe, et semble deviner les atrocités du XXe siècle. Mais son désespoir, qu’il faudrait appeler plutôt le non-espoir, et qui naît d’un rigoureux « massacre des illusions », a donné à l’écriture un sens nouveau : celui d’une enquête implacable dont l’objet n’est autre que la réalité même, et qui explore courageusement les impasses de l’intelligence. Avec ce poète solitaire, à la fois sceptique et endeuillé par la fin de toutes les grandeurs, se consomme la crise de l’humanisme et des idéaux, mais s’ouvre aussi une phase nouvelle, où l’individu, libéré des systèmes, approfondit son propre sentiment d’exister. Tel est le présent de Leopardi, et c’est ce que Mario Luzi, poète majeur, souligne dans un texte court et lumineux, hommage à son grand prédécesseur, mais aussi réflexion vivante, nécessaire, sur les rapports entre poésie et pensée lorsque le désir d’habiter le monde répond encore à la tentation de l’amertume. |

Il me semble en tout cas qu’on doit placer à la base de l’aventure léopardienne l’impitoyable sentiment d’être, pourrions-nous dire, orphelin de l’humanisme. Comme il arrive en pareil cas, l’objet de la privation se trouve exalté : d’où l’amoureux approfondissement des grandes valeurs exprimées par ledit humanisme et, simultanément, l’intolérance à l’égard de la superstructure qui les perpétue de façon inerte au-delà de leur temps véritable. La matière du dialogue avec ce père absent est pleine de regret et d’orgueil émancipé. C’est encore un dialogue, notons-le bien, mais il n’épargne pas à Leopardi la certitude définitive de la solitude de l’homme dépouillé de la place centrale et de l’autorité qu’il s’attribuait si généreusement. Il ne laisse même pas subsister, fût-ce comme une simple illusion, la confiance qui avait soutenu les poètes des époques antérieures, assistés par la conviction de pouvoir se fier à une pensée partagée, à une référence générale. |

Choisir, janvier 1999, par M. Czarnecki,
Pour Mario Luzi, Léopardi a été le premier à introduire une réflexion critique dans la poésie. Dans un monde devenu vide, le poète est réduit à devenir écho. Il suit une démarche d’« orphelin de l’humanité », en exprimant les regrets, le dépouillement, la solitude ; il se sent « déplacé ». Seule demeure la vitalité du désir, qui souligne le conflit du monde et de la conscience : à la désagrégation du monde s’oppose l’entreprise récupératrice de l’unité perdue, par le langage. Ainsi rêve le symbolisme. Mario Luzi analyse, après ces principes, la place des poètes italiens : Pascoli, d’Annunzio. Puis il réfléchit sur l’aventure poétique du XXe siècle, dans un monde dégradé de son humanité. Sa pensée s’attache à la poésie, menacée par la révolution, réfugiée dans le surréalisme et tentant de s’accorder avec la réalité en transformation continue. Mario Luzi a une réputation de poète « hermétique », justifiée dans ce petit ouvrage, qui offre une réflexion dense sur les conditions de la poésie. Il ne peut manquer de séduire les lecteurs, universitaires ou simplement cultivés, et tous ceux qui s’interrogent sur la poésie, de Baudelaire à Gide. Il offre une possibilité d’approfondir les relations que la poésie entretient avec le monde. Mario Luzi en est lui-même conscient, jusqu’à l’ascèse. |

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