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  Le Primat de la perception
et ses conséquences philosophiques

  Maurice Merleau-Ponty

  112 pages
13,20 €
ISBN : 2-86432-234-X

Résumé

     Ces trois textes (les deux premiers datent de 1933-1934, l’auteur a vingt-cinq ans ; « Le Primat » de novembre 1946) inédits en volume, inaugurent une recherche sur la perception et restent encore la meilleure introduction à l’œuvre de Maurice Merleau-Ponty dont le dernier écrit sera L’Œil et l’Esprit.
     Forme instable de la présence et du temps, la perception est ce don singulier du voyant où le visible se fait vision, où le monde se donne à lui-même un point de vue, nous-mêmes.



Extraits de presse

     Bibliographie de la philosophie, 1995

     Le texte principal reproduit un exposé du 23 novembre 1946 devant la Société française de Philosophie ainsi que les débats, et a été publié dans le Bulletin de la Société française de Philosophie, tome XLI, n° 45, octobre-décembre 1947, dont sont ici complétées les références bibliographiques. Il est précédé de deux autres, succincts, qui sont des projets manuscrits présentés pour l’obtention d’une subvention de la Caisse Nationale des Sciences, et précédemment publiés en appendice dans la thèse de M. Théodore F. Geraets, Vers une nouvelle philosophie transcendantale, Nijhoff, La Haye, 1971. Compte tenu de l’état des connaissances en neurologie et psychologie expérimentale à l’époque, M.-P. défend l’idée de reprendre le problème de la perception et de l’examiner en articulation entre la philosophie et les sciences psychologiques, quitte à remanier certaines notions ou conceptions traditionnelles. L’exposé, comme le débat qui le suit, porte principalement sur les questions de la nature de la perception par rapport aux données immédiates des sens et à la construction qu’elle suppose ainsi qu’au sens qu’elle confère, les conséquences du primat que l’auteur lui accorde (à partir notamment de la Gestalttheorie et des remises en question des idées directrices du criticisme dans la philosophie allemande après-guerre) quant à la place de la rationalité, à la relation entre les thèses de l’auteur et certains courants de l’histoire de la philosophie sur l’importance et les qualités de la perception elle-même, et l’auteur précise que « la volonté d’appliquer la raison à ce qui passe pour irrationnel est un progrès de la raison. »

 

     Revue de théologie et de philosophie, n° 123, 1991
     par Pierre-Yves Ruff

     Que Merleau-Ponty soit l’un des penseurs les plus importants du XXe siècle, cela ne fait pas de doute. Que sa pensée ait été par trop occultée, ne recevant pas la place que cependant elle méritait, c’est un fait. Qu’il soit d’autant plus important d’effectuer un retour sur ses écrits, aisément on le déduira.
     Pour relire Merleau-Ponty, nul doute que cet ouvrage nous aidera. Le texte, dense, riche, de la conférence du 23 novembre 1946 devant la Société française de Philosophie déploie bon nombre de ses problématiques majeures. S’y problématisent les thèses de la Gestaltpsychologie, de la philosophie, à partir d’un ancrage radicalement phénoménologique. S’y reflète son travail si profond en vue de penser en termes nouveaux l’être au monde, pour poser à partir de cet être la question même de ce monde, de l’altérité, de Dieu, de l’immanence et de la transcendance. Au principe de l’être au monde, se trouve ce paradoxe de la situation d’une conscience qui perçoit « quelque chose » sur l’horizon qu’est pour elle le monde ; parallèlement, à l’origine des relations, un « je » expérimente la perception d’autrui sur un horizon d’altérité. L’échange naît de cette rencontre entre immanence et transcendance, qui est aussi source de l’éthique : « la perception d’autrui fonde la moralité en réalisant le paradoxe d’un alter ego, d’une situation commune », écrit Merleau-Ponty (p. 70). Et : « il y a du sens. Simplement la rationalité n’est garantie ni comme totale, ni comme immédiate. Elle est en quelque sorte ouverte, c’est-à-dire menacée » (p. 63). On pourrait méditer des journées entières de telles paroles.
     Précèdent des traces de ses travaux, de ses projets ; suit un débat étrange. On y voit l’auteur, magistral, dominer les attaques virulentes, souvent perverses, des membres de la vénérable Société. Des questions posées, une seule aurait mérité qu’on s’y arrête, qu’on s’y attarde : celle du choix d’une phénoménologie, entre Husserl et Heidegger. On aurait aimé lire la position de Merleau-Ponty face à la proposition d’un tel choix. La question restera sans réponse : aussitôt, elle est interrompue par le responsable du débat, M. Parodi [sic].
     Outre une introduction remarquable à l’œuvre de Merleau-Ponty, ce livre est donc un document sociologique des plus éloquents, quant au petit monde de l’académisme philosophique, néo-positiviste, de l’époque. Il s’agit d’un ouvrage à lire, à recommander, d’un livre qui devrait figurer dans le fonds d’ouvrages utilisables et utilisés, partout où il s’agit d’initier à l’histoire de la philosophie et à la pensée moderne, notamment dans les classes terminales des collèges, ou encore à l’Université.