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  Procès à Volosca
(Processo a Volosca)

  Franco Vegliani

  Roman
Traduit par Jean-Claude Zancarini

  176 pages
14,50 €
ISBN : 2-86432-136-X

Résumé

     Il est bien des manières d’approcher la limite obscure où s’affrontent en chacun l’ordre et le libre arbitre. Franco Vegliani, un des auteurs les plus fins de la littérature triestine, conduit son lecteur vers ces territoires extrêmes au moyen d’une intrigue faussement linéaire : le récit d’un procès lors duquel, sous le fascisme, quatre jeunes gens sont accusés de vol et de meurtre dans une ville istrienne. Mais le narrateur, ami des accusés, comme eux fasciné par Giovanna, la belle-sœur du tailleur Salvatore, est aussi le fils d’un juge et ses liens complexes, à travers la jeune femme et Boris, le chef de la bande, avec un monde qu’il aurait pu ne pas connaître, sont au cœur du livre.
     Apparemment classique, l’écriture de Vegliani rend plus inquiétante encore sa méditation sur le bien-fondé de la loi, sur la violence individuelle et celle des institutions.



Extrait du texte

     Durant bien des années j’avais pensé à l’histoire de ce procès.
     À ce qui se passa, à Volosca et autour de Volosca, pendant les semaines où se déroulèrent, devant les juges et les jurés de la cour d’assises, les audiences du procès contre quatre jeunes gens qui avaient été, ou plutôt qui étaient, car je n’avais certes pas alors l’intention de les renier, mes amis. Ou, sinon des amis, du moins des connaissances d’un certain degré et d’une certaine nature : des gens avec lesquels, sans à proprement parler les aimer et sans être aimé d’eux, j’avais eu quelque chose en commun, quelque chose d’étroit, je pourrais dire d’intime, quelque chose qui était destiné à perdurer comme un poids, ou comme une raison et une conséquence, dans mon esprit. Et par esprit, j’entends, bien sûr, la conscience, mais aussi les élans, les sentiments, aussi la mémoire et les aspirations et les espérances. Le corps même, en viendrais-je à dire : du moins mon apparence physique, les attitudes du visage, la façon de se mouvoir et la façon de faire des gestes et la façon de marcher.



Extraits du dossier de presse français

     Il est impossible d’échapper à la fascination de ce récit : l’horreur du crime et celle de la sentence apparaissent soudain comme les deux pôles entre lesquels se joue la vraie histoire. Celle d’un groupe de jeunes gens, dans un pays de nulle part. Franco Vegliani ne fait pas directement allusion au lieu dans lequel se déroule son récit. Il en est pourtant un protagoniste principal. [...] Le passé est béni, les identités sont flottantes. Quand on est sans ressource précise, sans nationalité avouable et qu’on a vingt ans, on s’invente des rêves qui ressemblent parfois à des cauchemars. [...] Cet appel à la délinquance, au meurtre, le narrateur de Vegliani y a échappé : la culture, le milieu douillet sont une bonne protection. L’Italie, elle, n’a pas su résister à un autre appel populiste et barbare, celui du fascisme.
     Reste un livre bouleversant et fort qui bouscule nos certitudes et nous invite au doute.

     Michèle Gazier, Télérama, 20 novembre 1991

 

     Un roman exceptionnel de Franco Vegliani vient d’être réédité. Ce récit, publié dans l’indifférence totale en 1958, pose le problème de la peine de mort dans l’Italie fasciste. Quatre très jeunes gens sont condamnés après une série de vols et le meurtre de deux vieillards. Le chef de bande est fusillé après un procès assez terrifiant. La beauté du roman tient au fait que le crime de ces garçons ne fait aucun doute. C’est donc sur le thème très rigoureux du droit de mort que l’écrivain s’exprime, à travers un très jeune narrateur d’un milieu privilégié, qui fut l’ami des accusés. Roman sur la jeunesse et sur l’effroyable blessure de voir mourir (de la main de la justice) un adolescent de vingt ans, roman sur l’amour, la vie et son éphémère splendeur. Procès à Volosca est un très grand livre. Et les rapports de fascination (physique) entre le narrateur et Boris sont de toute beauté.

     Hugo Marsan, Gai-Pied Hebdo, 31 octobre 1991.