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  Les Règnes du sommeil
(Le specie del sonno)

  Ginevra Bompiani

  Proses
Traduit par Éliane Formentelli
Postface d’Italo Calvino

  108 pages
11,50 €
ISBN : 2-86432-049-5

Résumé

     Qu’est-ce que le sommeil ? Avant d’être la demeure des songes, c’est le lieu d’une lassitude, d’un oubli plein d’images, où s’épuisent les figures du mythe. À nouveau racontées, elles trouvent mieux qu’un sens ou une modernité : une oscillation entre la méditation et la fable.
     Chacun de ces contes est habité par un homme ou une femme qui a son rôle à jouer – Éros, Psyché, Hercule, Déjanire – ; c’est dans ses gestes que le mythe s’incarne, dans ses yeux, dans sa bouche qui s’ouvre pour raconter l’histoire.



Extrait du texte

    Ce matin-là, il se leva de bonne heure, peu après l’aube, car il avait reçu la veille au soir un message lui ordonnant de partir. Mais quand il ouvrit la porte de sa maison, il demeura interdit : sur le pré d’en face, un couple de lions bataillaient, depuis plusieurs heures peut-être, en silence et avec ténacité.
     Ce spectacle dont il ne pouvait détacher les yeux lui fit oublier l’urgence de son rendez-vous et il s’arrêta contre le chambranle de la porte. C’était un beau couple d’animaux, fauves, secoués de spasmes et la crinière ébouriffée, hérissée comme le poil d’un chat en colère. Debout, ils se faisaient front avec une égale fureur, une pareille force, un même acharnement. C’est sûrement à cette similitude entre eux qu’on devait aussi cette lenteur des mouvements, l’équilibre de leurs positions, et le silence dans lequel se déroulait la lutte. Ils paraissaient appuyés l’un à l’autre, comme les bêtes arc-boutées d’un blason, immobiles et en feu.



Extraits de presse

     Le Monde, 20 juin 1986,
     par M. F.,
     Le charme de Ginevra Bompiani

     Ginevra Bompiani, romancière, essayiste, spécialiste de littérature anglaise, a écrit, voici une dizaine d’années, un petit volume qui vient d’être publié en France par les éditions Verdier, auxquelles on doit déjà quelques belles trouvailles dans le domaine italien. C’est un recueil de brefs récits en prose, sur des sujets mythologiques : la seconde partie, par exemple raconte les travaux d’Héraclès. D’Héraclès, et non pas d’Hercule car c’est bien aux mythes grecs que l’auteur se réfère.
     Il faut souligner que le propos de Ginevra Bompiani n’est pas théorique, et qu’elle se limite délibérément à raconter, à son tour, ces histoires qu’on croit toujours connaître, mais qui prennent ici un sens parfois nouveau, car elles sont, au sens propre, inépuisables.
     Dans une prose limpide, musicale, extrêmement élaborée, et parfaitement rendue par la traduction d’Eliane Formentelli, l’auteur parle des choses les plus simples et les plus graves, non sans humour à l’occasion, comme dans le texte qui a donné son titre à l’ensemble et qui évoque la figure paradoxale des Centaures, que leur conformation condamne à l’insomnie. C’est ainsi que, semblant se réfugier dans un univers fantastique et lointain, Ginevra Bompiani ne cesse de réfléchir sur le réel, avec une simplicité sereine dont l’érudition ne vient jamais ternir le charme.

 

     La Croix, 7 juin 1986,
     par Emmanuel Saunderson,
     Au royaume des sortilèges

     Le propre des mythes est d’être dépourvus de version originale, de se multiplier, à la fois semblables et autres, dans les récits qu’ils inspirent. Et, pour l’écrivain, le poète, aujourd’hui encore, raconter un mythe revient non pas à le répéter, mais plutôt, à partir d’un foyer brasillant de figures, d’emblèmes et de symboles, à cueillir une parole à sa naissance.
     C’est ce que nous suggère Ginevra Bompiani avec Les Règnes du sommeil, un livre étrange et beau, que sa rêverie la conduise sur les traces des Centaures et des Amazones, d’Éros et de Psyché ou d’Hercule et de ses travaux. La précision de son écriture, le jeu des rythmes et des assonances que la traductrice a su rendre admirablement, hissent le moindre de ses récits à la perfection d’un poème en prose. Que la phrase porte le sens avec mobilité, qu’elle estompe ses contours ou fasse surgir une force oraculaire, tout semble avoir lieu ici dans un état second, à la fois vif et somnambulique, et relever de ce que Roger Caillois appelait les cohérences aventureuses...
     Si Ginevra Bompiani nous montre un Héraclès accablé de fatigue avant même sa rencontre avec le lion de Némée, si elle en fait un héros dissocié du destin auquel il obéit, ou si le labyrinthe n’est rien d’autre chez elle que la peau véritable du Minotaure, une peau creusée de galeries où le fils d’Égée s’immisce comme un ver, c’est qu’elle sait unir la liberté de l’invention et l’acuité de la méditation. Ainsi naissent les sortilèges essentiels des Règnes du sommeil.