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Poèmes. Édition bilingue.
Traduit de l'allemand par Jean-Yves Masson. |

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96 pages
7,80 €
ISBN : 978-2-86432-507-9 |
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Moins lu en France que d’autres œuvres majeures de Rilke, Requiem fut, de son vivant, l’un de ses textes les plus largement diffusés. Écrits en 1908 et dédiés à un très jeune poète suicidé et à une artiste peintre à laquelle Rilke avait été presque fiancé avant d’épouser Clara Westhoff, dont elle était l’amie, ses deux volets représentent une expression déjà pleinement maîtrisée des thèmes qu’amplifieront les Élégies de Duino. Pour la première fois depuis les Nouveaux poèmes, Rilke se détourne du monde objectif et de « l’apprentissage du regard » qu’il s’était fixé pour tâche, et revient à la question de la mort qui le hantait dès ses premiers poèmes, cherchant à lui donner une réponse qui ne relève d’aucune religion instituée. Deux autres « Requiem », l’un de 1900, l’autre de 1915, complètent la présente édition. |

Es-tu encore là ? Dans quel recoin es-tu ? – De tout cela tu as eu une si ample science, tu as pu accomplir tant de choses en t’éloignant ainsi, ouverte à tout, comme un jour qui commence. Les femmes souffrent : aimer veut dire être seul, et les artistes parfois dans leur travail pressentent que leur devoir, quand ils aiment, est la métamorphose. Amour, métamorphose : tu entrepris l’un et l’autre ; il y a l’un et l’autre dans Cela qu’à présent falsifie une gloire qui te les dérobe. Hélas, toi qui fus loin de toute gloire. Toi qui fus de peu d’apparence ; qui avais sans bruit replié ta beauté en toi-même, comme on baisse un drapeau au matin gris d’un jour ouvrable, et ne voulais rien d’autre qu’un long travail, – travail qui n’est pas accompli : non, hélas, pas accompli. Si tu es encore là, s’il reste encore dans cette obscurité une place à laquelle ton esprit vibre sensiblement, à l’unisson des ondes planes et sonores qu’une voix, solitaire dans la nuit, suscite dans le flux d’une haute chambre : Alors, écoute-moi : Aide-moi. Vois, nous allons nous aussi glisser, nous ne savons quand, revenir de notre avancée vers quelque chose que nous n’imaginons pas, où nous serons empêtrés comme dans un rêve, et dans quoi nous mourrons sans nous réveiller. Nul n’est plus avancé. À tous ceux qui ont soulevé leur sang pour une œuvre qui s’avère longue, il peut arriver de ne plus le tenir à bout de bras et qu’il retombe, privé de valeur et vaincu par son poids. Car il existe quelque part une antique hostilité entre la vie et le noble travail. Afin que je la discerne et la dise : aide-moi. Ne reviens pas. Et donc – si tu le supportes– sois morte chez les morts. Les morts ont fort à faire. Aide-moi pourtant, sans dissiper tes forces, comme m’aide parfois le plus lointain : en moi.
Fin du poème Requiem pour une amie |

CCP 15, mars 2008 par Alexis Pelletier
Les deux volumes bilingues Chant éloigné et Requiem avaient déjà paru, en 1990 puis en 1999 chez Verdier pour le premier des deux, en 1996, chez Fata Morgana pour le second. Chant éloigné est une anthologie des poèmes que Rilke a consacrés à la musique. Et c’est dans le rapport que les sons entretiennent avec l’espace et le temps qu’on retrouve ici le lyrisme du poète qui place dans la musique une figure de l’accomplissement qui cerne son œuvre. Ainsi, du « Gong », Rilke peut affirmer : « Somme de ce silence qui / n’a d’autre foi qu’en lui-même, / grondant retour en soi de cela / qui ne se tait que de soi-même ». Requiem comprend deux poèmes que Rilke publia en 1909 sous ce titre, ainsi que le dernier poème du Livre des images et le « Requiem sur la mort d’un enfant » que l’auteur écrivit en, 1915 et ne publia pas. Ce livre est à lire en écho avec les Élégies de Duino dont Jean-Yves Masson a publié une saisissante traduction (Imprimerie Nationale, 1996), sous le titre bien plus juste (revendiqué en sou temps par Klossowski) d’Élégies duinésiennes, et il constitue un jalon dans l’apprentissage de la mort qui est sans doute une des clés de l’œuvre de Rilke. Jean-Yves Masson est un traducteur sensible de cette poésie, qui sait prendre le risque des lectures cohérentes qu’il fait. Ses traductions sont ici reprises et réellement modifiées dans le sens d’une écoute explicative de l’allemand et d’une plus grande lisibilité. C’est une vraie réussite. La première traduction de « Pour une amie » dans Requiem commençait ainsi : « J’ai des morts, et je n’ai pas voulu les retenir, / et je fus étonné de les voir si tranquilles, / si vite chez eux dans l’être-mort, si légitimes, / si différents de ce que l’on croit. » Cela devient aujourd’hui : « J’ai des morts, et je n’ai pas voulu les retenir, / et je fus étonné de les voir si sereins, / si vite chez eux dans l’être-mort, si impartiaux, / si différents de ce que l’on dit d’eux. » La postface de Chant éloigné et les notes de Requiem, signées par le traducteur, sont éclairantes.
Libération, mardi 25 septembre 2007 Le poche par Éric Loret
Trois poèmes funéraires en forme d’urne art nouveau. L’un est à la mémoire d’une amie morte en couches : « Tu te déblayas, bêchant la terre de ton cœur/pour reprendre à sa chaude nuit les semences encore vertes/d’où allait germer ta mort : la tienne/ta mort à toi, pour la vie de nulle autre. » Un autre sur une amie d’enfance de la femme de Rilke. Et en faisant de la mort une puissance opératoire, vivante, du néant une présence, le poète rend au jour un peu de ces disparus : « Depuis une heure il est une chose en plus/sur la terre. Une couronne en plus. […] Gretel, dès l’origine,/il fut décidé que tu mourrais tôt/que blonde tu mourrais. »
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