Bulletin critique du livre en français, janvier 2005
Sur la rive du Gange est l’avant-dernier ouvrage – Wenn es soweit ist, Quand l’heure viendra,
publié en 1998, a déjà été traduit en 2000 chez Verdier –, de Joseph
Winkler, écrivain autrichien né en 1953 en Carinthie dont l’œuvre,
diffusée en France avec persévérance par les éditions Verdier, apparaît
peu à peu comme une des plus singulières de notre temps. Après
l’Italie, Naples (dans Cimetière des oranges amères) et Rome (dans Natura morta),
l’Inde de Varanasi (Bénarès) nourrit la méditation funèbre d’un auteur
appliqué à restituer la dimension tout à la fois triviale et tragique
de la vie. S’ouvrant par une citation de Michaux, « Mon récit sera la
branche noire qui fait un coude dans le ciel », Sur la rive du Gange
emmène le lecteur sur les ghâts de Bénarès où sont incinérés les morts,
à l’exception des enfants et des saints, directement immergés dans le
fleuve sacré. Le narrateur décrit avec la plus extrême minutie le
spectacle qui s’offre à lui, en une série de tableaux où le détail
s’ajoute au détail, jusqu’à ce que le fragment s’achève ou que
surgisse, par une association de la mémoire, un souvenir intense de
l’enfance en Carinthie, ou un rêve. Par moments stupéfait d’horreur ou
d’effroi, le lecteur se laisse hypnotiser par ce récit remarquablement
traduit, qui l’entraîne très loin dans une évocation de l’envers de la
vie, où les mots acquièrent une force quasi picturale.
La Montagne Magazine, 26 décembre 2004
Josef Winkler, maître provocateur
par Daniel Martin
Dans la grande tradition autrichienne, Josef Winkler a sa place, l’une des premières.
La récente nobélisation d’Elfriede Jelinek incitera
peut-être les lecteurs à se tourner plus souvent vers la littérature
autrichienne qui a cette particularité de produire de grands auteurs
sans en tirer de réels profits. Les succès de Thomas Bernhard ou Peter
Handke n’ont en rien rejailli sur d’autres de leurs compatriotes,
pourtant de grande qualité, tel Josef Winkler auteur d’une dizaine de
textes et romans dont la moitié est disponible en France où il reste
passablement méconnu des amateurs de belle littérature. La parution de Sur la rive du Gange
sera peut-être l’occasion de changer d’état d’esprit pour enfin se
plonger dans cette œuvre qui, si elle creuse la mémoire nationale
autrichienne, voyage aussi, à l’image de son auteur. Josef Winkler est
né en 1953, en Carinthie, une province devenue depuis la terre
d’élection du militant d’extrême droite, Jorg Haïder. C’est ici qu’il a
décidé de mener son combat en s’imposant tel qu’il est, homosexuel et
athée, pourfendeur de fausses bonnes consciences et d’encombrantes
traditions.
Tout un matériau qu’il connaît assez bien pour avoir
grandi dans une famille de paysans. Son village natal à la forme d’une
croix. La population telle qu’il la décrit est composée de paysans
bornés et silencieux, de plus soumis à la volonté de prêtres effrayants
tout au service d’une église rétrograde, humiliante, que l’on dirait
moyenâgeuse. Sous ce ciel très lourd, la vie se déroule de la naissance
à la mort, au rythme des cérémonies religieuses et des prières obligées
pour gagner un paradis peut-être incertain, mais loin de cet enfer.
C’est sûrement dans Le Serf qu’il a le mieux dépeint cette
ambiance. Récit de l’enfance d’un homme qui déteste trop son village,
sa famille pour les quitter. Il peint ses parents, ses proches et leur
per sonnel : l’immense brutalité qui habite chaque geste, chaque
parole, au nom de Dieu.
On le retrouve ce village dans Quand l’heure viendra,
où il reprend une vieille tradition locale, celle qui consiste, pendant
l’été, à badigeonner les bêtes d’un brouet puant pour en éloigner les
insectes. Une potion composée de cadavres d’animaux décomposés. Ce qui
le conduit à reprendre toutes les paroles perdues des ancêtres morts,
toutes ces vies détruites au nom de principes obsolètes.
Lui se place toujours seul face à eux, les siens, ses concitoyens. Il
leur impose sa prose et ses différences. Il les provoque et les invite
à vivre. Autant dire qu’il n’est pas toujours apprécié – bien que
paradoxalement très primé souvent rejeté voilà sûrement pourquoi il
voyage autant.
L’Italie est présente dans quelques-uns de ses ouvrages (Cimetière des Oranges amères, chez Verdier). Mais c’est en Inde qu’il a trouvé la matière de ce nouveau texte intitulé Sur la rive du Gange.
Lequel tient tout autant du récit de voyage que du poème en prose. Sans
l’éloigner de ses obsessions : les rituels et la mort, l’importance du
religieux. Dans la foule immense qui se presse autour du fleuve se
croisent des moines, des porteurs de cadavres, des voleurs, des
trafiquants et quelques adolescents ambigus. Le tout formant un paysage
où se côtoient les plus belles promesses et les odeurs les plus
épouvantables dans un capharnaüm insensé pour l’oreille d’un
occidental. Abus de couleurs, de sons, de désirs sur fond de bûchers
mortuaires: un tableau qui ne peut que stimuler Winkler.
La Quinzaine littéraire, 1er au 15 décembre 2004
Memento mori
par Anne Thébaud
Ce roman s’inscrit parfaitement dans le prolongement des précédents
récits de l’auteur qui explore, de façon systématique, la mémoire des
morts. Dans Quand l’heure viendra, l’auteur s’attachait à la recension
des morts de son village natal de Carinthie auxquels il rendait hommage
en les tirant de l’oubli. Que cette fois le romancier se penche sur les
rites funéraires qui se déroulent sur les bords du Gange n’a rien
d’étonnant.
Bûchers funèbres et immersion dans le fleuve des « êtres purs » –
enfants et saints – ponctuent la vie quotidienne des Ghâts où ont lieu
les célébrations. Une foule humaine et animale se côtoie autour des
rites de crémation : buffles, vaches et chèvres viennent manger les
soucis orange des guirlandes mortuaires ainsi que les ficelles de
chanvre qui lient le corps du mort à l’échelle de bambou, les chiens
rongent les os calcinés, les enfants dérobent les grains de riz soufflé
cachés dans les plis des linceuls. Les domras président à la crémation,
font plusieurs fois le tour du bûcher avec des bâtons d’encens à
l’odeur de santal, frappent le corps pour qu’il se consume plus vite,
lancent une cruche d’argile remplie d’eau par-dessus le corps. Des
cohortes d’enfants recueillent les restes de brasier, les vautours
guettent les cadavres qui flottent à la surface des eaux, des hommes
viennent faire leurs ablutions dans les eaux sacrées, d’autres leur
lessive. Le marché se tient à deux pas. Vie et mort forment un
continuum, une boucle dont l’auteur expose les variantes.
La prose de Josef Winkler explore moins l’exotisme que l’infinie
réitération des rituels. Au bout de quelques pages, ces évocations
semblent familières tant les descriptions se ressemblent dans leur
précision et leur minutie. Des membres complets de phrases
caractérisant les figurants se répètent inlassablement, faisant saillir
les variantes. Une attention particulière est portée à l’âge, au sexe
et à la corpulence des morts, des domras et des enfants. Outre la
mention des odeurs de putréfaction, des nuages de cendres qui se
déposent sur les vêtements et cheveux, c’est la vue qui est le plus
sollicitée : lèvres boursouflées, orbites creuses, intestins qui
crèvent libérant des humeurs, linges imbibés de sang, chair qui devient
verte, tibias ou fémur qui se dressent à la verticale, etc. Des
accessoires (bijoux, motif et matière des pagnes), la couleur des
couronnes de fleurs, du pelage des animaux et de leurs mamelles
ponctuent les évocations de taches de couleur distinctes comme c’était
déjà le cas dans Natura morta.
Quelques souvenirs d’enfance en Carinthie (la grand-mère Eugenia
égoïste dans ses accès de gourmandise, l’arbre de Noël que l’on décore,
les villageois haineux à l’égard de l’écrivain), plusieurs faits divers
collectés dans les journaux locaux, un hommage au peintre Georg Rudesch
récemment décédé, la présence d’autres occupants de l’hôtel viennent
rompre momentanément le spectacle des crémations. Mais assurément,
l’auteur joue jusqu’à la saturation des effets de répétition des scènes
décrites et d’expressions volontairement reprises mot pour mot. Il est
difficile de parler de cet ouvrage, exclusivement descriptif, en terme
de récit tant tout élément d’intrigue ou d’évolution narrative sont
écartés. Le temps est statique et circulaire, ponctué par des rituels
dont seuls les figurants se renouvellent. S’il est incontestable que
Josef Winkler montre là sa singularité, il ne fait aucun doute qu’il
joue aussi avec les limites d’une perfection formelle qui fige l’élan
vital inhérent aux premiers romans de l’auteur – disponibles en
traduction française – d’une veine plus autobiographique, lyrique et
onirique.
Le magazine littéraire, Décembre 2004
L’art de la fugue
par Claude-Michel Cluny
Josef Winkler se tient Sur la rive du Gange : il y orchestre
l’incompréhensible banalité de la mort, les bûchers funèbres et
l’offrande des corps. Une voix singulière, âpre et déconcertante.
Le jour viendra, le jour est venu, insupportable, inoubliable et
fondateur, dont la vision térébrante des deux morts pendus nus et
embrassés se balance encore de l’autre côté du monde dans les fumées
des bûchers du Gange. La mémoire du pire ne connaît ni l’espace ni le
temps. Un carnet de notes sur les genoux, alors que les officiants
repoussent dans le feu les membres des morts et la dorure légère des
linceuls, que la chienne aux tétines tachetées de noir et de rose va et
vient au bord du fleuve, dans les effluves affreux d’un veau mort, les
guirlandes de fleurs et les relents de santal, l’auteur de Natura
morta, de Cimetière des oranges amères (ces deux romans situés en
Italie) et de Quand l’heure viendra, et qui se nomme Josef Winkler, qui
est autrichien, et certainement un des écrivains les plus étonnants de
la littérature germanique actuelle, Josef Winkler compose un volet
nouveau à son polyptyque.
Ces romans qui, par parenthèse, ne sont pas des romans, subjuguent par
la présence des choses, la persistance des couleurs, la gestuelle des
personnages… Un marché populaire à Rome rassemble tous les faits et
gestes de Natura morta ; cette fois, les ghats, ces gradins du bord du
Gange, à Bénarès (aujourd’hui Varanasi), théâtre du feu sacré et du
commerce des cendres, où l’écrivain compile les rencontres incessantes
de la vie et de la mort, comme s’il était devenu le peintre presque
attitré des Parques. Sous l’égide d’une citation d’André Du Bouchet : «
Mon récit sera la branche noire/qui fait un coude dans le ciel. »
À cette branche noire comme l’encre le passé pend encore, toujours, et
le livre est le livre d’un départ dans le silence, une fois chaussées
dans le petit matin les godasses moisies d’un valet de ferme, le livre
d’une fuite loin « de la ferme parentale », du village natal, maudit,
où l’on hait « ce Winkler qui a tout détruit » par ses livres
insupportables. Les images du passé traversent la fumée des bûchers
funèbres, la pestilence des chiens crevés et la fragile beauté des
guirlandes de soucis orangés ou jaunes ; elles se mêlent inopinément à
l’insomnie, à la nudité des garçons occupés de leurs ablutions dans le
fleuve sacré. Parfois, dans les cendres chaudes, où se voient des
éclats d’os calcinés, quelque habitué des ghats fait cuire les pommes
de terre de son dîner. Ou un fils arrose de beurre fondu le visage de
son père en proie aux flammes purificatrices.
L’écriture s’est donné les moyens, les rythmes, les accents d’un
rituel. Que nous soyons au coeur d’un village de Carinthie, ou en
Italie ou sur le bord du Gange, ce même rituel prend corps, éclate, se
déploie, insolite, troublant, développant ses insistantes réitérations,
agressif, réaliste et violent. Visions oniriques, notations de
couleurs, persistance d’un visage ou d’un geste, s’entrelacent ou se
superposent en une sorte de fresque animée, mais mieux encore, à la
manière d’une musique récitative, obsédante et cependant striée de
notations dissonantes, répétitive et entêtante.
Mais les « partitions » de Josef Winkler ne sont pas minimalistes si
son art des cadences et de la réitération peut faire penser, par
exemple, aux compositions d’un Philip Glass, alors c’est à ses œuvres
concertantes. Ou à la manière dont Schonberg ou Stravinsky ont repris à
Bach les dynamiques secrets de l’art de la fugue, dont les reprises et
les modulations se faufilent dans le récit, au gré d’altérations
inattendues et de colorations imprévisibles. La peinture ne bouge plus,
une fois fixés ses rythmes. La musique – et les récits de Winkler sont
par nature l’orchestration de sensations, de vie saisie sur le fait, de
mort à l’ouvrage –, commence et s’achève, elle sait revenir sur
elle-même, changer de pas, de clé, d’instrumentation, à la fois musique
de scène et récitatif.
Pas facile, sauf à le citer un peu longuement, de faire entendre sa
voix singulière, âpre, et déconcertante, qui saute de la distanciation
notariale à l’expression de l’avidité sexuelle, de l’émotion à l’ironie
froide. Tout est dans l’orchestration… Et dans ces cadences qui
toujours nous ressaisissent, nous reconduisent à la tension initiale,
au rituel d’une célébration, à la remise à vif de la blessure
d’adolescence.
Oeuvre répétitive, et qui cependant ne se répète pas. Elle se
renouvelle, s’enrichit, surveille ses délires, affûte ses antennes,
incroyablement exempte de scories morales ou moralisantes, curieuse de
tout (ne pas distinguer svastika et croix gammée est-il volontaire ?).
Natura morta avait quelque chose d’un reportage sans objet, sinon la
vie sur un marché romain, dans la complicité non dite de Pétrone et de
Fellini. Sur la rive du Gange réussit ce tour de force d’orchestrer
l’incompréhensible banalité de la mort (à nos yeux tout du moins), la
vie excrémentielle et l’offrande des corps, à partir d’un ego
désemparé, arrêté dans sa fugue immobile entre d’âcres fumées funèbres.
TGV Magazine, Novembre 2004 Sur la rive du Gange par Philippe Di Folco
On se souvient du Cimetière des oranges amères (1998) dans lequel
l’Autrichien Josef Winkler offrait, entre Rome et Naples, le
ravissement promis aux lecteurs en quête de pèlerinages nostalgiques et
de vieux parapets, comme si les ombres fantomatiques de l’empire
austro-hongrois n’en finissaient plus de s’épandre. Ce livre-ci ne
manque pas non plus « d’esprits » : l’Inde, dont il est question, se
dessine entre rivière sacrée et réformation de l’âme. De cérémonies en
rituels, un Européen décide de faire le point sur sa vie : comment en
être autrement dans un pays multimillénaire ? Ici, point de médiation
possible : on ne filme pas les ghats, lieux de crémation, Bénarès reste
une ville interdite au spectaculaire, même le dessin reste en suspens.
Seule l’écriture, ultime compromis, demeure retenue à la fois par
l’écrasement qu’une telle avalanche de symboles provoque, et débridée,
par la conjonction du cosmos, de la passion et de la révélation qu’elle
appréhende. Winkler propose un bonheur rare : celui d’entrer dans une
double intimité, celle d’un esprit occidental cherchant « à perdre sa
peau », sa part d’ombre, et celle, plus secrète encore, de pénétrer en
un continent à jamais mystérieux, l’Inde du Gange, qu’aucune ruse, même
intelligente, ne viendra jamais déflorer. Un voyage intérieur, plus
encore ici, une promesse de l’aube pour nos mornes crépuscules d’hiver.
Livres Hebdo, vendredi 1er octobre 2004
Mort sur le Gange
par Jean-Maurice de Montremy
L’Autrichien Josef Winker s’installe au bord du Gange
près des bûchers funéraires. Il observe la mort, les passants, la
ville. Un puissant poème en prose d’une grande force visuelle.
Après Naples, avec Cimetière des oranges amères (Verdier, 1998) puis les marchés de Rome, avec Natura morta
(Verdier, 2003), Josef Winkler continue d’observer, son carnet de route
à la main, la vie criarde, la mort et la pauvreté foisonnante. Le voici
maintenant Sur la rive du Gange, là où sont les bûchers
funéraires – là où l’on vient incinérer les morts, se purifier,
marauder, vaquer à ses affaires tandis que le fleuve immense charrie
cadavres et fleurs, survolé de vautours, de corbeaux ou d’oiseaux
scintillants. Il y a des corps qui brasillent, des enfants qui jouent,
des buffles qui paissent, du santal, de l’ordure, des linceuls
synthétiques multicolores. Le récit ne se détache pas pour autant
de l’enfance de Josef Winder, né en 1953 dans une famille paysanne de
Carinthie. Là-bas aussi, la rivière, la terre, les animaux, les rites
et la mort hantaient le jeune garçon, ainsi que cette violence sourde
de l’Autriche profonde, à la fois butée, brutale et baroque. Ce fond
autrichien transparaît par des souvenirs ou des rêves qui se mêlent
fugitivement à la description rigoureuse, précise et obsessionnelle de
l’observateur. Quelques brèves citations poétiques (André du
Bouchet, Hans Henny Jahn, Emily Dickinson) ponctuent par endroits
l’enchaînement des séquences. On n’est pas loin du poème en prose même
si le ton est bien celui du journal ou du carnet de route.
Inlassablement, le cri des porteurs de cadavres ponctue l’observation :
« Ram Nam saiya hail » – ils sont toujours quatre, portant toujours la
dépouille sur une échelle en bambou, comptant sept degrés.
Inlassablement, ils remettent les corps aux domras, chargés
d’entretenir les bûchers à partir de brandons pris au « feu éternel ».
Lorsqu’il s’agit d’un enfant, on lie le corps sur une pierre plate et
on le fait couler au fond du Gange. C’est, inlassablement, le contraste
entre le rituel, les guirlandes, les couleurs et la routine des domras
qui tisonnent les bûches et les corps calcinés. Ceux-ci sont décrits
avec une exactitude méticuleuse, comme jadis dans certaines danses
macabres ou certaines vanités. Pendant qu’officient les domras,
les fidèles poursuivent leurs ablutions dans le fleuve sacré. Tout
autour, les commerces, les larcins, les sourires, les colères
tournoient comme si de rien n’était. Le regard de l’observateur
s’attache avec un désir mêlé de répulsion au corps de certains
adolescents qui jouent près du fleuve, et qui parfois le provoquent.
Reviennent de nouveau le cri des porteurs de cadavres, le tisonnage des
bras, des crânes ou des entrailles. Et les splendeurs du Gange, parfois
putride, parfois sublime. Ce texte impressionnant paru en 1996 à
Francfort fait l’objet d’une très belle traduction d’Éric Dortu qui en
respecte la densité, l’ironie sombre et les touches de délicatesse,
voire d’impressionnisme. Un seul regret, minime : qu’on n’ait pas
traduit le poème final d’Emily Dickinson. Car il indique la perspective
spirituelle de l’oeuvre – et l’anglais de Dickinson n’est pas facile
d’accès...
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