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  Roland Barthes, dernier paysage

  Jean-Pierre Richard

  Essai

  64 pages
8,80 €
ISBN : 2-86432-457-1

Résumé

« Le concept n’est autre que le résidu d’une métaphore. » Ces quelques mots de Nietzsche, cités par Roland Barthes dans l’un de ses Cours au Collège de France, pourquoi ne pas les appliquer à ce dernier travail lui-même ?
Lire ces pages, ce serait alors tenter d’y retrouver un mémento d’images, une logique personnelle de la rêverie : l’élaboration, en somme, d’un vrai paysage passionnel.
On y déplierait, à partir de quelques exemples favoris, et en deçà des trouvailles d’idées ou de langage, la dimension, plus sauvage sans doute, de ce que Maurice Merleau-Ponty nommait, belle métaphore s’il en est, « cette touffe vivante de la perception ».


Extraits de presse

   Études, juillet-août 2006
   Roland Barthes, dernier paysage
   par Véronique Petetin

   […] De Proust et le monde sensible à ce Roland Barthes, dernier paysage, Richard suit son chemin, et le lecteur en retrouve les signifiants somptueux et sensuels : le nappé, le moiré, le grain. Barthes, écrivain de la sensation : Richard ne le démontre pas, il l’expose, surtout le Barthes esthète, critique d’art et romancier de la Vita Nova. Le texte est avant tout un tissage de mots, de notions, de poétiques : Richard y excelle et donne à sentir la saveur du vocabulaire barthésien – « Copeau ? Mes scoops personnels et intérieurs », « les (très petites) nouvelles qui me sont sensationnelles… » – et celle de sa lecture : « le scoop ce serait bien alors la tête de série d’un paradigme où figureraient aussi l’incident, l’épiphanie, le haïku (le satori), quelque chose comme une drague permanente, ponctuelle, de la réalité. » Deux livres écrits « par-dessus l’épaule » de Barthes, et à la mémoire de l’ami.




   Fabula, 23 avril 2006
   Jean-Pierre Richard « embrasse » Barthes
   par Sébastien Baudoin
  


   La Quinzaine littéraire, du 16 au 28 février 2006
   Barthes et les sens
   par Tiphaine Samoyault

   Jean-Pierre Richard ne se contente pas de lire la littérature en y éprouvant le seul sens commun à tous les lecteurs, la vision. Il la ressent avec les cinq sens et détache de ses « microlectures » des qualités obsédantes de la matière dont on fait les livres.

   L’objet de cette quête sensuelle est ici le « dernier» Barthes, celui des Cours et séminaires au Collège de France, dont la publication fut un des événements éditoriaux de ces dernières années, mais aussi de La Chambre claire, dont la rédaction est contemporaine à l’enseignement sur le neutre. C’est le Barthes dont tout le monde s’accorde à dire qu’il a changé et même s’il convient de relativiser cette coupure a posteriori, il faut reconnaître en effet que quelque chose dans son écriture s’est détendu, que quelque chose point (au double sens que Barthes relève à propos du punctum de la photographie, de pointer et de poindre), se renouvelle et s’ouvre « à un certain memento d’images ». En s’approchant du texte comme on caresse un corps, Jean-Pierre Richard relève d’abord tout un nuancier de qualités qui font retour sous la forme d’adjectifs substantivés dans toute l’œuvre de Barthes mais dont le rapport ou les harmonies sont changeants. Ainsi du mat, par exemple, principe de précaution, prémunissant de la résonance et, en dernière analyse, de la signification qui se trouve à ce moment-là supplanté par le scintillant, ou le moiré, aux vertus plus variables, aux effets de surface pluriels, à la luminosité légère. À l’attention au grain des choses s’est substituée aussi une valorisation de la fraîcheur, à la fois recueillie et dégagée par l’herbe.
   Ces diverses qualités, on les retrouve dans les formes que valorise Barthes dans ses derniers textes et en quoi dominent le trait, le tilt, l’instant, la légèreté. Les intercesseurs sont Cy Twombly pour le trait, Réquichot pour l’ensemble des sensations culinaires, le haïku, enfin, pour ce qu’il permet, « une montée d’oubli, et comme une contagion de fraîcheur ». Analysé tout au long des cours et séminaires, le haïku est la « forme d’art qui recueille en elle la plupart des rêveries ici décrites, les portant à une sorte de pureté incandescente ». Il occupe à un moment tout l’espace de La Préparation du roman, ce pour quoi Barthes aurait toujours préféré la préparation à la cuisson ou à la réalisation parce qu’on y est plus proche de la matière, du présent, du goût et du dégoût. Il est aussi ce qui, comme la photographie, « fait tilt ». « Dire que ça fait tilt, hors flipper par métaphore, cela signifie que quelque chose, dans le monde, et dans le commerce que nous menons avec lui, a été touché, ému, reconnu, ou réalisé, et qu’à son propos nous pourrons nous exclamer, après R.B. : “C’est ça !” » L’effet sur soi est direct, sans détour, sans cause véritablement rationalisable : il est à la fois de l’ordre de la rêverie, que toutes les postures du corps doivent préparer (une certaine mollesse, un vacillement, la position assise), et de l’ordre de la sensation.
   La lecture voluptueuse de Jean-Pierre Richard explique moins qu’elle ne prolonge l’immédiateté de ce qui émeut. Elle accueille le sensible et elle le qualifie. Elle donne ainsi à l’adjectif le pouvoir rare de nommer les choses.