Accueil
Littérature française
  Collection jaune
L’Image
Chaoïd
Fondation empreinte

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
grecque
japonaise

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines

Art et architecture

Tauromachie

Cuisine

Revues


vidéos

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  Rousseau : une philosophie de l'âme

  Paul Audi

  448 pages
9,80 €
ISBN : 978-2-86432-522-2

Résumé

Pour construire son éthique, Jean-Jacques Rousseau ne s’est pas posé la question de Spinoza : «  Que peut un corps  ?  »  ; il s’est demandé  : Que veut une âme  ? Cette question nous introduit au cœur de ce qu’il a lui-même appelé «  la véritable philosophie  » – une éthique qui préconise que pour jouir en toute liberté du «  plaisir d’exister  » il faut éviter de se mettre en contradiction avec soi-même.
Ce livre s’efforce ainsi de montrer que sous le titre de «  philosophie de l’âme  » Rousseau a poursuivi une méditation passionnante et passionnée de la vie au cours de laquelle il s’est interrogé sur son essence intime, son pouvoir et son lieu de manifestation, sa possible corruption, ses fins dernières. Il explique notamment comment cette recherche, pour laquelle Rousseau eut à subir une solitude tragique, a conduit celui-ci à découvrir que l’amour de soi est le premier principe de l’âme, que la vertu est la force et la vigueur de l’âme, que le sentiment de la Nature est une intensification du sentiment de l’existence ; enfin, et c’est peut-être cela qui lui fut le plus reproché, qu’en dépit de toutes les horreurs dont la société est à la fois la cause et le théâtre, la vie (qui répond ici au nom de «  nature  ») est un «  système où tout est bien  ».
Paul Audi est l’auteur de nombreux ouvrages qui traitent pour la plupart des relations entre l’éthique et l’esthétique.



Revue de presse

Presse écrite

   Le Point, jeudi 5 janvier 2012
   Aux sources de l’autofiction
   par P. A.

A   uteur de plusieurs études sur Jean Jacques, notamment Rousseau : une philosophie de l’âme (Verdier, 2008), le philosophe Paul Audi évoque ce que la littérature contemporaine doit à l’auteur des Confessions.

   Quand Rousseau emploie la première personne du singulier, il reprend et transforme trois de ses usages philosophiques antérieurs : le « je » de Montaigne, qu’il a beaucoup lu, l’« ego » de Descartes et le « moi » de Pascal. Les circonstances vont cependant le contraindre à une forme inédite d’écriture autobiographique. Alors que ses premiers grands textes, le Discours sur les sciences et les arts, celui sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, font scandale chez les philosophes des Lumières, qui avaient d’abord cru que ce philosophe était un des leurs, Rousseau s’est trouvé violemment rejeté et obligé de s’expliquer sur l’être qu’il est à la fois naturellement et socialement. Son exposition de soi prendra alors pour cible trois formes de jouissance, dont le récit, qu’il inaugure, va connaître un bel avenir. Dans Les Confessions, Rousseau insistera sur le rôle de la sexualité dans la naissance d’une pensée en allant, à cet égard, beaucoup plus loin que Montaigne; dans Rousseau juge de Jean Jacques, il décrira les obstacles à la jouissance qui sont dus à l’existence de l’homme en société; dans Les Rêveries, il analysera ce que c’est que jouir de la vie quand le monde entier n’est plus rien pour soi.
   Avec la mise en récit de la jouissance de soi, Rousseau apparaît comme l’ancêtre de l’autofiction contemporaine. Avec toutefois cette différence de taille : alors qu’il était mû par le souci éthique de se justifier et de se défendre, les auteurs d’aujourd’hui ne le sont plus que par une forme aussi vaine qu’irréfléchie de complaisance.



   La vie des idées, 20 mars 2008
   À la racine de la subjectivité
   Un Rousseau phénoménologue?

   par Olivier Chelzen



   Études, Mai 2008
   Par Sarah Brunel

   En découvrant ce livre, le lecteur se surprend à penser que les grands auteurs qui nous semblent plus ou moins connus resteraient étrangers et lointains si cette familiarité n’était brisée par une approche nouvelle qui nous les rend contemporains. La démarche phénoménologique de Michel Henry inspire l’écriture élégante et inquiète de Paul Audi. La nature est une origine comprise comme la condition première de manifestation de phénomènes ; elle désigne aussi l’expérience absolue et inaliénable de la subjectivité, de l’âme qui s’éprouve elle‑même comme vivante, dans l’immanence de son affectivité, celle de la jouissance ou de la souffrance. Elle est alors saisie du point de vue de l’intériorité, dans la permanence d’une présence à soi : « Rousseau ne conçoit l’être que sur le fond d’une vie dont il définit la manifestation en termes de “sentiment intérieur”. » Il se démarque ici des principes matérialistes de son siècle et de l’affirmation propre aux Lumières d’une morale fondée sur la seule raison purifiée de son ancrage sensible. La philosophie de l’âme est alors indissociable d’une « éthique de l’affectivité » fondée sur l’amour de soi, et non d’une morale à portée normative. Elle désigne un accord de la subjectivité avec l’ordre de la nature, qui se révèle par la voix de la conscience et l’injonction de prendre soin de soi : « L’humanisation de l’homme est un combat contre la dénaturation de son âme. »




   Tageblatt, février 2008
   Un phénoménologue de la vie
   par Robert Redeker

   Il existe des dizaines d’ouvrages explorant la pensée de Jean‑Jacques Rousseau, dont certains, comme ceux de Goldschmidt, de Cassirer ou de Starobinski ont fait date. Le nouveau livre de Paul Audi – Rousseau : une philosophie de l’âme – publié chez Verdier est appelé à prendre place parmi les très grandes lectures de l’œuvre du Citoyen de Genève.

   Le livre de Paul Audi réussit en effet un exploit particulièrement rare : il lit Rousseau comme personne ne l’avait fait avant lui, d’une manière véritablement inédite, en combinant rigueur et innovation pertinente. Pour naviguer sur l’océan compliqué, truffé de pièges, de passages propres à perdre les lecteurs et les interprètes les plus chevronnés de l’œuvre de Jean‑Jacques, Paul Audi a pris pour boussole la phénoménologie de Michel Henry.
   Audi ne se livre pas à une lecture phénoménologique de Rousseau – artifice qui consisterait à appliquer extérieurement une grille d’interprétation toute faite à une œuvre, comme hélas Althusser le fit à Marx –, mais considère l’auteur des Confessions comme un phénoménologue. Ce philosophe contemporain voit ainsi en Rousseau un phénoménologue de la vie. Pour exhiber cette phénoménologie de la vie, il est nécessaire de se souvenir – ce qui, à la vérité, est souvent oublié si ce n’est négligé, particulièrement quand on réduit Rousseau au statut de penseur politique – que cette pensée est, en son fondement, une philosophie de l’âme. Admettons le présupposé d’Audi et posons la question : quels sont les éléments de la phénoménologie rousseauiste de la vie ?
   La recherche de Rousseau sera en premier lieu celle d’une éthique (indifférente au Bien et au Mal, fondée dans l’amour de soi), et non d’une morale (obéissance à des préceptes extérieurs), qui fera office de sommet de la véritable philosophie : la philosophie de l’âme.
   L’éthique de Rousseau, malgré les illusions à ce sujet du maître de Königsberg, Kant, n’a rien à voir avec une Critique de la Raison pratique et son rigorisme fondé sur des impératifs contraignants.
   C’est cette philosophie rousseauiste de l’âme qui se produit, du Premier Discours aux Rêveries, de l’aube au crépuscule, de façon phénoménologique. Rousseau, par les moyens philosophiques originaux qu’il met en branle, va, comme les phénoménologues, « à la chose même », à ce qui apparaît à travers tous les « apparaître », toutes les apparences, qui identifient pour lui la vie. D’après Audi, toute la philosophie de Rousseau est la recherche de cette « philosophie de l’âme » correspondant avec le bien‑vivre (l’éthique).

   La nature, la bonté
   Le sujet, chez Rousseau, n’est pas le moi (comme chez Descartes, puis dans toute la psychologie) mais la vie. Le fait primitif n’est pas un « je pense, donc je suis », mais l’auto-affection de la vie. C’est d’une analyse phénoménologique de la vie – une « réduction éidétique » aurait dit Husserl – que devront sortir aussi bien les principes permettant de comprendre cette vie que les voies (« les préceptes d’une éthique de l’affectivité ») de la sagesse (la volupté pure issue du contentement de soi, joie d’être).
À la base de la pensée de Rousseau, mais aussi de l’ordre des choses, se situe la nature. Mais ce que Rousseau appelle « nature » s’avère très singulier. La nature en effet est tout ensemble l’essence de la subjectivité humaine, l’autoproduction de la présence, l’origine et « le sentiment intérieur ». Pour Rousseau, cette nature se définit par la bonté. Cette « bonté naturelle » – souvent objet de contresens dans la pensée de Rousseau – n’a rien à voir avec la morale ni avec la sainteté : elle est une détermination ontologique, et non un jugement moral. Éthiques, la pure jouissance d’être et le vrai contentement de soi (le bonheur éprouvé par la vie jouissant d’elle‑même) sont des illustrations de cette bonté de la nature.
   La nécessité de figurer l’origine s’est imposée à Rousseau sous le nom d’« état de nature ». Celui-ci est l’immanence radicale de la vie – la vie immanente à elle‑même au moment de la correspondance de l’intérieur et de l’extérieur. Au moment où l’extérieur ne trahit pas encore l’intérieur – on sait que pour Rousseau, « plus l’intérieur se corrompt, plus l’extérieur se compose ». On parvient à cet état qui « probablement » n’a jamais existé par une véritable épochè (par ce mot, les phénoménologues, à la suite de Husserl, entendent « suspension ») de la civilisation, de l’histoire anthropologique, de ce que l’homme est au cours du temps devenu.
   On y découvre alors l’homme avant l’apparition de la conscience. Lire dans l’âme de cet homme à l’état de nature dévoile les deux principes originels, antérieurs à toute réflexion, présents dans tout homme : l’amour de soi et la pitié.

   Au début était l’amour de soi
  Dans l’amour de soi (qui n’a rien à voir avec le méprisable amour‑propre, œuvre de la représentation et de la comparaison de soi avec l’autre) se trouve, pour Audi, « la première grande découverte » de Rousseau. Tout est suspendu à lui. Il fonde la subjectivité de l’âme quand la pitié fonde l’inter-subjectivité. Il est l’auto-affection de la vie structurant l’âme – autant dire qu’il est quasiment identifiable avec la vie elle‑même, que la vie est impensable sans l’amour de soi.
Auto-affection de la vie, l’amour de soi se révèle immanent à toutes les autres passions.
Propre aux humains (alors que l’amour de soi appartient à toutes les formes de vie), la pitié résulte de l’expansion de l’amour de soi. Source de l’intersubjectivité, la pitié rend possible cet ordre que Rousseau appelle la « société du cœur » et dans laquelle Paul Audi reconnaît, à l’aide d’une expression particulièrement heureuse, « l’invisible communauté de ceux qui sont en vie ». Ces deux principes se plantent au cœur de la philosophie de l’âme dont l’éthique – une éthique matérielle, qui n’est structurée par aucun devoir – constitue la mise en œuvre.
   « Comment naître à la vie : tel aura donc été le contenu essentiel de la pensée rousseauiste », nous rappelle Audi. La réponse à ce « comment » remplit l’espace de l’éthique, formant la sagesse.
   Émile et Sophie, opuscule inachevé, en donne deux aspects : être dans l’état de celui qui commence à vivre, ne faire, tout au long de la vie que commencer. Rousseau, au couchant de son existence, au moment de composer Les Rêveries du promeneur solitaire, touche aux rives de cette sagesse après avoir procédé, plus de deux décennies durant, sans le savoir, à une phénoménologie de la vie. Telle est la belle leçon philosophique de Paul Audi.
   Qu’est‑ce qu’un vrai livre de lecture (que ce soit une lecture de Platon, d’Aristote, de Marx ou de Rousseau) ? Réponse : c’est une lecture qui soit aussi une pensée du type du magnifique ouvrage que Paul Audi vient de nous donner.


Radio et télévision

« Les Nouveaux Chemins de la connaissance », par Raphaël Enthoven, France Culture, vendredi 20 mars 2009 à 17h