Je ne sais si Salgon a lu Jules renard, mais son art de la miniature, du modèle réduit, nous rappelle cette prose sans bavures. les mots craquent comme allumettes dans l’âtre froid. À peine flambent-ils qu’une étrange langueur s’empare de nous. Rien ne manque. Ni le détail suggestif ni l’analyse sociale. [...] Bref, Salgon entre déjà dans la légende. Gérard Guégan, Sud-Ouest dimanche, 21 février 1993.
Quel livre ! Une petite merveille de tendresse et d’humour, un journal si intime de ses années d’enfance ardéchoise que vous serez nombreux à vous retrouver à travers ses tableautins d’une vie campagnarde dans les années soixante. Salgon sait bien que la mémoire est fantasque. Aussi a-t-il choisi de nous faire rebondir d’un souvenir à l’autre, d’un objet au suivant comme dans la vraie vie. Michèle Gazier, Télérama, 31 mars 1993.
L’écriture est exigeante, subtile, remarquablement élégante. Ce petit livre, décidément, possède une grâce particulière, celle que l’on nomme aussi, plus communément talent. Florence Noiville, Le Monde, 2 avril 1993.
Est-ce parce que Jean-Jacques Salgon avait un « frère Maurice » qu’il nous arrive de penser à Jules Renard ? Ce n’est évidemment qu’une coïncidence. D’ailleurs la vie quotidienne du narrateur est tout à fait heureuse. Mais on aura compris que la technique est la même, celle d’un portrait par petites touches, à la fois tendre et malicieux. Ce qu’il y a de curieux, dans ce portrait, c’est qu’il restitue l’image d’une vie rurale des années cinquante que l’on croyait à ce moment-là bien disparue, emportée par la désertification de nos campagnes et les violents soubresauts de la planète, qui mobilisaient l’attention de tous les citoyens. Jacques Bens, La Quinzaine littéraire, 16 mai 1993.
Le grand talent de Salgon est de faire surgir une fragrance en quelques lignes comme un apologue laïque et républicain. Dominique Durand, Le Canard enchaîné, 21 avril 1993.
Une manière de peindre notre société par touches avec une grande finesse et un sens aigu du détail qui restitue le goût d’une époque. L’évocation des lieux et des gens se fait sur un ton parfois enjoué, badin et léger mais toujours juste. Charente-Maritime, 30 mars 1993.
Le prestige du chiffre 7 est imparable, sa gloire remonte à la plus haute Antiquité. Il sert à dénombrer les Merveilles du monde, les Piliers de la sagesse, les péchés capitaux, les jours de la semaine, les mercenaires de cinéma, les branches de chandelier et les nains de Blanche-Neige. Plutôt qu’aux hasards de la taxinomie, c’est donc à un privilège des dieux que l’Ardèche doit de figurer au septième rang des départements français. Telle est l’opinion soutenue par Jean-Jacques Salgon dans 07 et autres récits, ouvrage de pure flânerie où une centaine de textes aussi brefs que délicieux font tourner le manège des bonheurs perdus et des chemins oubliés, quelque part entre Aubenas et Pont-d’Ucel, dans les années d’enfance de l’auteur. On songe à Gracq, au Gracq vagabond et précis de Lettrines, fabuleux lecteur de paysages qui aurait fait du Vivarais son Italie, sans craindre le qu’en-dira-t-on à quoi vous expose fatalement toute ethnologie à base de châtaignes, de lauzes moussues et de bicoques ruiniformes ensevelies sous la marée végétale. Mais on doit reconnaître que Jean-Jacques Salgon, fils d’un instituteur adepte des méthodes Freinet, se révèle dès son premier livre comme un extraordinaire et enjoué magicien de cette jungle cantonale dont Gaston Roupnel confessa que les routes elles-mêmes y perdaient la trace des villages, dans une sorte de chaos primordial que le poète Gil Jouanard a décrit comme un mélange de Cappadoce, de Péloponnèse et de Palestine huguenote (avec un rien de Connemara pour les tourbières). « L’austère et sinistre Ardèche » de Claudel prend ici la plus juste des revanches, dont l’argument et la lumière tiennent à la nostalgie d’un paysage tout entier remémoré. « Partout des murs qui s’effondraient, des maisons vides, des pierres, des rochers travaillés par les pluies. Mais les volcans étaient éteints, la guerre était finie. Le temps jetait le voile... » Il ne manque pas une borne-fontaine ni un coin de préau à la mélancolie farouche, laïque et républicaine de Jean-Jacques Salgon. Cet écrivain prometteur a grandi parmi les fantômes, entre les dolmens et les précipices, sans que son souvenir concède pourtant plus d’éloquence qu’il ne faut à la rituelle clabauderie des basses-cours, au chant du loriot et au couinement du vieux plumier où le gros bombyx endormi fait des rêves de soie. Du nanan, côté prose bien entendu, cette fête de la mémoire n’est que le prétexte à une ronde hallucinée dans la France des années cinquante et soixante, celle du verre de lait de Mendès, du catalogue de la Manufacture, de Marie-José Neuville et de la Dyna-Panhard. Du linoléum et des chansons de Trenet. De l’horloge futuriste et spiralesque de l’ORTF. Et d’une nationale fameuse entre toutes, qui porte elle aussi le numéro 7. Jean-Louis Ézine, Le Nouvel Observateur, 11 mars 1993. |