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  Sœurs
(Il cappotto del Turco)

  Cristina Comencini

  Roman
Traduit de l’italien par Carole Walter

  192 pages
14,50 €
ISBN : 2-86432-313-3

Résumé

     Le troisième roman de Cristina Comencini ressemble à ces duos pour violon et alto de Mozart où deux voix très proches, subtilement décalées, forment une tresse, échangeant leurs thèmes. Isabella et Maria, deux sœurs appartenant à la bourgeoisie romaine, deux enfants des années cinquante, incarnent apparemment des choix opposés devant l’énigme de l’existence : Isabella, que sa sœur évoque après qu’elle a disparu en mer, semblait tout entière risque et folie, et Maria la gardienne des rêves de sa cadette. L’une et l’autre ont connu l’engagement politique et son deuil. Maria, tentée par une vie plus conventionnelle, a fini par rejoindre son milieu d’origine tandis qu’Isabella, tenaillée par une quête incessante, parcourait le monde au gré des rencontres. Elles ont aimé le même homme, un Turc nommé Mehmet, apparu au cœur des aventures de l’une, du quotidien de l’autre, et qui personnifiait l’espoir d’indépendance d’une génération dont les idéaux déçus n’avaient pas encore sombré dans le cynisme.Une telle répartition des rôles est toutefois trop simple : au fil des années, la liberté d’Isabella s’est transformée en une sorte de piège, et la prudence de Maria en un choix profondément assumé. Dès lors, leurs visages tendent à se confondre, chacune est plus que jamais la mesure et le reflet de l’autre, aussi nécessaire que déformé.
     Deux destins, deux gouttes sur une vitre, que le moindre souffle peut fondre en une seule ou séparer à jamais.



Extrait du texte

     Je m’appelle Maria et le prénom de ma sœur est Isabella. Mais la différence des prénoms n’est qu’apparente. En réalité nos parents nous avaient donné le même : à elle Isabella Maria et à moi Maria Isabella. Mon père nous photographiait toujours ensemble et ma mère nous habillait souvent avec des vêtements identiques de couleurs différentes. L’idée que nous devions être deux moitiés de la même pomme, deux perles dans la même coquille, était de leur part un projet non dissimulé. Longtemps nous nous sommes endormies en faisant des conjectures sur notre prénom. Nos natures opposées (alors déjà, en bonnes filles, nous avions mis tout notre soin à décevoir leurs attentes de ressemblance) se manifestaient dans ces rêveries.
     « Si l’une de nous deux meurt, alors ils pourront remplacer le prénom de la vivante par celui de la morte, sans avoir à changer quoi que ce soit à l’état civil, lui disais-je sur un ton aussi lugubre et réaliste que mes pensées.
     — Au cours d’une nuit de pluie et d’éclairs, ils ont rêvé de deux fillettes, deux gouttes d’eau du même nuage, arrêtées sur la vitre où elles étaient tombées, immobiles », chantait sa voix à mon oreille sourde à toute fantaisie.



Extraits de presse

     Le Nouvel Observateur, 2 décembre 1999
     Par M.F.

     La narratrice de ce roman, Maria, croque de manière subjective la vie de sa cadette, Isabella, jeune femme libre et anticonformiste, dont la fin sera tragique. Nous sommes dans les années 70, dans une Italie plombée par ses remous sociaux. Point d’orgue du troisième roman de la réalisatrice Cristina Comencini, l’amour que les sœurs portent à Mehmet, exilé turc, aventurier énigmatique qui laissera en guise de souvenir son manteau à Maria. Une histoire fine dont l’écriture agile et maîtrisée ressemble à celle d’une caméra.

 

     Lire, janvier 2000,
     par Catherine Argand
     Avides de liberté et d’idéal

     Dans le bosquet de bambous d’une demeure patricienne deux petites filles de la bourgeoisie romaine chuchotent. L’une s’appelle Isabella. Excentrique, sensible, aventureuse, elle est veillée par son aînée, Maria la raisonnable, la bonne élève, la secrète.
     C’est ainsi que leurs parents les présentent, c’est ainsi que pendant longtemps elles se regarderont, s’aimeront et de fâcheront parfois sans jamais renoncer à être chacune la mesure de l’autre.
     De ce lien tissé serré comme une natte et de leur vie agitée par les secousses idéalistes des années 70 – Brigades rouges, féminisme, mouvement hippie – Cristina Comencini fait la matière d’un roman remarquable par sa tessiture, grave et chantante, ample et primesautière. Remarquable aussi par son souffle, sa façon de circuler très librement de l’intime au collectif en situant la dramaturgie des deux sœurs dans la perspective d’une époque enjôleuse et désordre. […]
    Pourquoi toute une génération avide d’idéal n’a-t-elle pu mener à bien tous ses rêves exaltés ? Pourquoi la petite sœur qui jouait dans le bosquet de bambous n’a-t-elle pu mener à bien son irrépressible désir de liberté ?
    Aux questions que Maria se pose Cristina Comencini répond tendrement. En rappelant que le réel est la mesure du rêve et le temps, si vaste et si changeant, celui de la vie.

 

     Le Figaro, 11 novembre 1999,

     […] Cristina a su s’affranchir de Luigi et Sœurs, son troisième roman, a une petite musique originale qui poursuit tout au long du livre. Elle raconte l’histoire, entre 1951 et 1967, de deux sœurs, Maria, la narratrice, raisonnable et un peu grise, et Isabella, l’aventurière, enthousiaste et fragile. […] Relations difficiles sur fond de bourgeoisie romaine et d’Italie post-mussolinienne aux parfums désuets, l’histoire de Maria et d’Isabella est tout à fait convaincante.

 

     Elle, 25 octobre 1999,
     Deux sœurs inoubliables

     Sœurs est une histoire de sœurs, et celles-ci vont beaucoup aimer la lire. Mais Sœurs peut plaire aussi à la lectrice et au lecteur élevé sans frère ni sœur. C’est dire que ce roman touche à tout, embrassant en 188 pages l’Italie post-mussolinienne, dont Maria et Isabella incarnent, chacune à leur manière, un visage. Le livre de Cristina Comencini est un duo de sopranos, où jouent en sourdine les voix de basse des parents, des amants, de l’Histoire. Enfants des années 50 et de la bourgeoisie romaine, les deux fillettes, si différentes en apparence, vont se lier à l’âge adulte plus étroitement encore l’une à l’autre, prises au piège de leurs engagements politiques de jeunesse et de leurs idéaux déçus. À Maria la raisonnable, tentée par une existence conventionnelle et rangée, un mariage sans passion. À Isabella la rêveuse, éprise d’indépendance, la solitude. Maria se protège, pèse et réfléchit, Isabella se jette, se trompe, souffre. « Était-ce là la vie que j’avais voulue ?», dit Maria. « Ce qui nous semblait beau avant est devenu laid et honteux», répond Isabella. Après qu’Isabella a disparu en mer à 30 ans, aventurière suicidaire, Maria se fait le scribe de leurs rêves d’enfants, de leurs souvenirs, de leur amour : « Je suis une chercheuse de pépites, je collectionne des fragments précieux, les intersections entre nos deux vies, mes pensées à son sujet, ces émotions soudaines qui mettent fin aux mois de silence de mon cœur, aux années d’absence. Je dilate le temps pour ne pas arriver à l’épilogue qui jamais ne me laisse en paix. […] Aujourd’hui encore, j’essaie de l’imaginer en voyage. Mais je ne retrouve au monde nulle trace de son existence. La planète me semble éteinte comme mon cœur.» Lisez-la !

 

     Reg’arts, octobre 1999,
     par Valérie Hernandez

     La fille du cinéaste publie son troisième roman chez Verdier. Un regard de femme sur la révolution en politique. Ce beau visage nous est connu : Cristina Comencini jouait dans le Casanova de Luigi Comencini, il y a très longtemps. Romancière, elle sort chez Verdier, dans la collection « Terra d’altri » un roman classique, fluide, où tout est au service de l’intrigue, sans discours, sans pose, sans commentaires sur le motif et la fabrique de l’écriture, selon la manière si française. Autant dire que ce livre est un plaisir simple.
     Maria et Isabella sont deux sœurs. Le livre démarre pendant leur enfance dans les années cinquante ce qui fait d’elles les héroïnes forcées, à 20 ans, de l’embrasement marxiste dont beaucoup sont revenus meurtris, éclopés à vie. « C’était mon destin : tous les garçons que je rencontrais me parlaient tôt ou tard de Marx et Lénine », écrit Maria.
     Sœurs est la chronique de l’amour de deux inséparables quoique contraires, le récit de deux trajectoires : celle assurée et inquiète à la fois de Maria, l’aînée solide, prudente, structurée (c’est elle qui écrit, c’est elle qui survit) et celle, fulgurante, maudite, d’Isabella, sur l’orbite du malheur malgré sa flamboyance (elle était la plus douée pour la vie, mais elle meurt en mer, trop jeune). « Je ne comprenais pas pourquoi tout le monde ne tombait pas amoureux d’elle », écrit Maria.
     Sœurs est aussi le livre du regard des femmes sur la révolution. Sur cette question-là, il laisse une impression très forte. « Ces années politiques, ces années de notre jeunesse, n’ont pas changé le cours de ma vie. Elles me semblent lointaines et creuses les paroles... » Le récit de la désillusion après 1968 peut presque passer, désormais, pour convenu. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’elle s’exerce ici sur le mode féminin, sans doute le moins explicite. On comprend que pour ces deux femmes, l’intuition de l’échec était inscrite dès le début de la révolution tandis que les hommes opposaient à la désagrégation du rêve, une volonté enfantine. Principalement parce que les révolutions des hommes ne s’intéressent pas aux choses de la vie. Une scène clef du livre montre Isabella dans un festival de l’Unita. Attablée avec son compagnon à la cantine du meeting, elle s’aperçoit que son voisin est en train de violenter sa fillette maigre et maladive en la mordant (!). « Que devons-nous faire ? » lui ai-je demandé. Au bout d’un moment, il m’a répondu : « Que sais-tu de leur vie ? Comment peux-tu le juger ? »
     Ce fut la fin de son amour, et la fin aussi, pour elle, d’une révolution qui rêve de libérer ce fameux prochain, mythique, au mépris du plus proche.

 

     La Quinzaine littéraire, 1er octobre 1999
     par Monique Baccelli
     Quand vient la cinquantaine

     Si les deux sœurs qui occupent Cristina Comencini ne connaissent pas les étranges dérives des héros de Michel Houellebecq, elles ne sont pas moins marquées, chacune à sa façon, par leur révolte juvénile. Une expérience qui, pour Maria, serait vite oubliée si elle n’était l’épouse d’un militant relativement tenace, alors qu’Isabella restera marginale tout au long de sa brève vie ; sa marginalité étant du reste la cause de son engagement plus que sa conséquence. Quoi qu’il en soit, les deux jeunes filles, de famille aisée et temporairement très unie, s’affirment en toute logique, mais de façon éphémère, dans la contestation sociale. « Ces années politiques, ces années de notre jeunesse, n’ont pas profondément changé le cours de ma vie, constate Maria la raisonnable. Nous voulions affubler le monde d’une idée vieille d’un siècle. Il n’y en avait pas d’autre en cours. » Mais à partir de cette option commune, les trajectoires personnelles des deux sœurs, à la fois antithétiques et complémentaires (« J’avais toujours considéré sa nature comme une autre face de la mienne », dit Maria), s’écarteront de plus en plus, tout en continuant à interagir l’une sur l’autre. Par son bon sens un peu austère, Maria tempérera la fantaisie débridée d’Isabella et réciproquement : « Son impulsivité m’avait toujours donné la force de contrôler mes réactions. » L’une admire secrètement dans l’autre les qualités qu’elle n’a pas, sans que l’une ne réussisse vraiment à transformer l’autre.
     Ce subtil jeu de miroirs est du reste multiplié par trois, puisque le binôme des sœurs antinomiques était déjà préfiguré à la génération précédente : la mère de Maria et Isabella, bourgeoise rangée malgré quelques écarts sentimentaux, voit son unique sœur mourir tragiquement après une courte vie aventureuse ; et à leur tour Maria, qui ressemble un peu à sa mère, et Isabella un peu à sa tante, mettront au monde à quelques jours de distance deux petites filles dont le contraste physique annonce déjà des différences psychiques tout aussi appuyées. En fait, les « sœurs » du roman ne sont pas deux, mais six.
     Exposée aussi brièvement, la trame paraît un peu systématique, mais on peut aussi penser que la romancière a voulu étudier à des époques et dans des contextes différents, deux types essentiels de femmes : celles qui protègent ou tentent de protéger, et celles qui ont besoin d’être protégées mais n’acceptent pas toujours de l’être. Cette répartition des tâches, se répétant sur trois générations, n’exclut pas l’idée d’une certaine prédestination. C’est dire que ce roman, essentiellement psychologique, comporte également toute une réflexion sur le sens de la vie.
    [...] [La] qualité [du texte de Cristina Comencini] tient à la rigueur de la construction, à l’aisance du style, bien rendu par la traduction, et avant tout à la poésie qui émane d’Isabella, l’« étrange enfant » qui toute petite escalade le mur de la propriété pour « voir le monde », fuit très tôt la réalité en se créant un univers fantastique, et finira par se perdre dans la mer lumineuse de la Grèce. Ayant tout juste eu le temps de murmurer à l’oreille de la petite fille qu’elle ne verra pas grandir : « Dans une nuit de pluie et d’éclairs, deux fillettes, deus gouttes d’eau d’un même nuage, étaient arrêtées sur la vitre où elles étaient tombées, immobiles. » Ce qui peut constituer une réponse à l’interrogation sur le sens de la vie : sages ou fantasques, soumis ou rebelles, forts ou faibles, nous ne sommes pas plus que ces gouttes éphémères glissant sur le verre du temps.

 

     La Croix, 30 septembre 1999
     par Francine de Martinoir

     Rarement les « années de plomb » avaient été évoquées avec un tel rayonnement romanesque, peut-être parce que Cristina Comencini a mis l’accent sur la complexité des sentiments, sur l’histoire des âmes, sur la persistance des rêves d’affection, en dépit du deuil des espérances politiques. Elle a su nous livrer le regard, plein d’humour et d’émotion, que la narratrice porte sur les garçons de sa génération, surpris par une vie quotidienne qui ne leur a pas permis de devenir les héros qu’ils croyaient être.

 

     La Vie, 23 septembre 1999
     par Élisabeth Nicolini

     Luigi, Francesca, Cristina… Décidément, la famille Comencini a la fibre créatrice. Et comme son cinéaste de père, émouvant réalisateur de Cuore, Cristina raconte merveilleusement les histoires de famille. Ainsi, dans ce troisième roman, c’est l’histoire de deux sœurs, attachées tendrement, profondément et viscéralement l’une à l’autre, telles « deux gouttes d’eau d’un même nuage », que le moindre souffle peut fondre en une seule ou séparer pour toujours. […]
     Au-delà de la remise en question, classique, attendue, des valeurs familiales et sociales, Cristina Comencini décrit avec une justesse et une émotion sans pareille les relations ambiguës, secrètes, passionnelles qui lient les sœurs entre elles. Tendresse mêlée de jalousie, d’envie et d’admiration. Peur viscérale, indicible, face au danger encouru par l’autre. Des sentiments si forts, si complexes que l’on ne peut s’empêcher de penser que seule une personne qui les a vécus peut en parler ainsi. Ce livre, pétri d’amour et de finesse, est plein de larmes. Mais les pages les plus bouleversantes sont celles où Isabella met un enfant au monde, aidée par Maria. Là, ce n’est pas de pleurs qu’il s’agit, mais d’un grand cri d’amour qu’on a envie de pousser en même temps qu’elle.

 

     Le Journal de la rentrée littéraire de la Fnac, 18 septembre 1999,
     par Nathalie Masseau

     Un très beau roman sur l’amour fraternel. […] Un récit captivant qui se dévore alors que l’on voudrait prolonger le plaisir de sa lecture.

 

     Le Point, 10 septembre 1999
     par Valérie Marin La Meslée

     Par la magie de ces débuts réussis où l’on entre dans un livre en sachant qu’on y sera bien, nous voilà sous le charme de cette chambre où Maria s’installe pour écrire sur sa sœur disparue. Le récit de leur enfance est une merveille, où Isabella apparaît aussi audacieuse que Maria est timorée, aussi imaginative que Maria est réaliste. L’une comme l’autre s’engagent et militent dans les années 70. Mais, vite, Maria retrouve le modèle bourgeois, tandis qu’Isabella poursuit l’aventure, à ses dépens. Comment mûrir après avoir voulu changer le monde ? Tous les secrets d’une relation fraternelle émergent. Les remises en question des valeurs familiales, sociales surviennent ici comme elles arrivent dans la vie, quand on ne les attendait pas. Avec ce troisième roman, Cristina Comencini confirme ses dons d’observation de la famille. En finesse.



Radio

     « Marque-pages », sur France-Culture, par C. Mourthé, le 10 septembre 1999.