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  Tête rase

  Jesús Fernández Santos

  Nouvelles
Traduit de l’espagnol par Bernard Lesfargues
Épuisé

  216 pages
ISBN : 2-86432-112-2

Résumé

     La meilleure place, dans ce recueil, est tenue par l’enfance, zone pure et trouble à la fois, qui souffre de son inévitable et nécessaire insertion dans le monde des adultes. Et la guerre est violemment présente, qu’elle soit coloniale ou civile : mais elle ne saurait être que perdue. Car les êtres fragiles qui évoluent dans ces récits ne sont ni des battants ni des gagnants. Toutefois, Jesús Fernández Santos nous les présente avec un respect manifeste de la vie et une intense pudeur : de là vient qu’ils sont difficilement oubliables.



Extrait du texte

     — Ça te fait mal à présent ?
     — Ici, un peu...
     Il porta la main sous sa chemise. Il avait la peau blanche, sans trace de duvet, gercée comme les mains de ceux qui, en hiver, travaillent dans l’eau. Une nouvelle fois l’enfant avait peur. Moi aussi, mais je m’efforçais de le tranquilliser.
     — Ne te tracasse pas ; ça va passer comme hier.
     — Et si ça ne passe pas ?
     — Ça te fait très mal ?
     Le gardien nous regardait avec méfiance mais il ne dit rien quand nous nous appuyâmes contre la caisse des outils. Il faisait frire des sardines dans une petite poêle, un jouet. Dans la lueur orangée de la flamme, l’odeur de la graisse se mêlait à l’arôme du bois qui brûlait.
     — Ce garçon n’est pas en bonne santé...
     — Bah ! Ce n’est que le froid...
     Le garçon ne disait mot. Il regardait le feu pesamment, endormi presque.
     — Il n’est pas en bonne santé...
     Maintenant il n’avait pas la mine aussi renfrognée. Le garçon cracha dans le feu et garda le silence.
     — Il va attraper une pneumonie, assis comme ça. Je me levai et le pris par le bras, à moitié endormi comme il était.
     — Allons, dis-je ; allons-nous-en.
     Et je l’emmenai, peu à peu, loin du feu et du regard du gardien.
     Pendant que nous marchions, pour lui redonner courage, je frottai cette tête rase et douce, avec la main, tout en lui disant :
     — Ce n’est rien, mon vieux !
     Mais il n’osait pas le croire et, pour tout arranger, de derrière nous parvint la voix de l’autre :
     — Il faudrait qu’un médecin le voie !
     — Il l’a déjà vu hier.



Extraits de presse

     Gai pied hebdo, 15 novembre 1990
     par Hugo Marsan

     Ce sont des histoires d’hommes ou plutôt de jeunes garçons, une initiation à la virilité. Publiées en Espagne en 1959, ces nouvelles de Jesús Fernández Santos sont empreintes des troubles et de la peur des années de guerre civile, mais les événements politiques n’interviennent que comme le décor d’une autre aventure plus intime, celle de l’enfance qui perçoit le monde adulte et le désastre à travers le prisme d’une imagination puissante et heureusement débridée. Une très grande pudeur préside à ces évocations douloureuses qui mettent en scène des êtres fragiles, qui tentent bien sûr d’acquérir la couche apparente de dureté qui préserve tant bien que mal une sensibilité que rien n’épargne. D’une écriture sûre, sobre et violente néanmoins, les nouvelles de Fernández Santos restent inoubliables.

 

     Le Monde, 21 décembre 1990

     Quatorze nouvelles de cet écrivain né à Madrid en 1926. Si l’enfance et la guerre en sont les thèmes explicites, les récits de Fernández Santos valent surtout par l’art de suggérer, par le détail ou l’ellipse qui montrent la précarité d’une existence, le tremblement d’une douleur...