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Sous la direction de Pascale Dubus, Maître de conférences
à l'Université Paris I. Textes de Maurice Brock, Claude Frontisi, Jean-Pierre Greff, Michel Makarius, Thierry Paquot, Marc Perelman, Emmanuel Saulnier et Anca Vasiliu.
Épuisé |

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160 pages
15 €
ISBN : 2-906229-39-3 |
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Le présent ouvrage est le fruit de la journée d’étude qui s’est tenue
en mai 1998 à l’université Paris X-Nanterre, dans le cadre du Centre de
Recherches sur l’Art. Fidèles à l’esprit du CRÉART, nous avons convié
philosophes, artistes, et historiens de l’art à réfléchir sur la notion
de « transparence » dans le champ spécifique des arts
plastiques. […] Dans cette perspective, la question de la
« transparence » nous a semblé un objet d’études à la fois
fécond et fédérateur. De fait, la transparence considérée comme
matériau du visible, voire comme condition de possibilité de l’œuvre
d’art, intéresse expressément le philosophe, l’artiste et l’historien
de l’art. Cette réflexion, loin d’être isolée, s’inscrit dans une
mouvance qui, depuis une vingtaine d’années a donné lieu à nombre de
publications et d’expositions. Citons par exemple l’ouvrage de Philippe
Junod, Transparence et opacité, le numéro spécial de Traverses consacré
au « verre », le livre de Colin Rowe, Transparence réelle et
virtuelle, ou plus récemment l’ouvrage d’Anca Vasiliu, Du Diaphane,
sans compter les monographies dont les axes de recherches empruntent à
la question de la transparence. Quant aux expositions, deux étaient
consacrées à la transparence en 1995, tandis qu’en 1998, Mikaël Snow
exposait ses œuvres sous le titre Transparency à la Ferme du Buisson. L’ensemble de ces travaux indique sans ambages la prégnance de cette
problématique pour la compréhension des arts contemporains dans leur
ensemble. À l’évidence, nous sommes confrontés à une esthétique du
cristallin qu’il convient d’interroger tant dans la production
artistique que dans la pensée théorique du xxe siècle. Néanmoins, il
serait erroné de limiter la portée de la transparence à l’esthétique
contemporaine ; on connaît la fortune immense que lui réserva la
philosophie ancienne et les théories postérieures. En outre, les
pratiques artistiques du passé confirment que les questions soulevées
par la notion de transparence hantent le Moyen Âge. Il suffit de
mentionner la place exceptionnelle réservée à la représentation des
objets transparents dans la théorie de l’art à partir de la
Renaissance, ou les natures mortes cristallines du xviie siècle pour en
être assuré. On l’aura compris, la transparence ouvre un champ d’investigation dont
l’ampleur mérite tous nos soins. Afin d’apporter notre pierre à
l’édifice, il nous a paru indispensable de réunir philosophes (Anca
Vasiliu, Michel Makarius, Thierry Paquot, Marc Perelman), artistes
(Emmanuel Saulnier) et historiens de l’art (Maurice Brock, Claude
Frontisi), chacun spécialiste d’un domaine déterminé, et de faire
travailler cette notion à différents niveaux et à différentes époques.
En faisant tourner la problématique, en la soumettant à plusieurs
points de vue, son examen nous a conduits à une vision
« cubiste » de la transparence qui nous invite à repenser la
notion avec un œil neuf.
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L’Architecture d’Aujourd’hui
par Georges Sebbag
Deux articles tranchent dans ce recueil, les deux études
complémentaires de Thierry Paquot et Marc Perelman sur la même
thématique : transparence et architecture. Paquot, dans une
perspective historique, distingue trois œuvres de verre. D’abord, il
insiste sur le Crystal Palace de Joseph Paxton (1803-1865), édifié à
l’occasion de l’Exposition universelle de Londres de 1851. On sait que
des millions de visiteurs furent éblouis, outre l’exploit technique,
par la nouveauté radicale et le volume de cette énorme serre de 1851
pieds de longueur. L’auteur remarque au passage que l’idéal de
transparence ne concerne pas le nouveau monde amoureux, le phalanstère
de l’utopiste Charles Fourier, dont le modèle architectural est celui
des galeries couvertes et peu éclairées du Palais-Royal. Il évoque
ensuite les théories et les travaux de l’ingénieur-chimiste Jules
Harivaux (1848-1913), inventeur du « verre grillagé » et de
l’opaline, grand militant du verre dans le bâtiment, auteur en novembre
1898 de l’article « Une maison de verre ». Et il cite les héritiers
nombreux et variés de Harivaux, depuis Gropius ou Loos jusqu’à Johnson,
en passant par Charreau et Le Corbusier. La troisième œuvre qu’il
évoque est le film intitulé La Maison de verre que le cinéaste
Eisenstein envisage de tourner à Berlin en 1926. Effectuant des
repérages dans l’hôtel Hessler, tout en verre, le réalisateur préfère
renoncer, découvrant l’impossibilité de tourner sans « briser la
maison ».
Si, dans l’ensemble, Paquot a une conception nuancée de la transparence
en architecture, il n’en est pas de même avec Marc Perelman. Ce
dernier, dans une réflexion fouillée et argumentée, et en en appelant à
Paul Sheerbart et à Walter Benjamin, fait tout à la fois le procès du
verre et de l’architecture moderne. Insistant sur la nécessité de la
clôture, de la vision active, de la séparation intérieur/extérieur,
Perelman considère que le courant moderne par son emploi outrancier du
verre a adopté un point de vue résolument antidialectique, travaillant
pour la mort et non pour la vie. Un mot résume la situation, celui de
« vitrification », surtout si l’on entend ce terme au sens
muséal de mise sous verre ou au sens militaire d’annihilation. Le débat
reste ouvert : où va-t-on loger la lumière ?
Urbanisme
par Chris Younès
Dans cet ouvrage sont rassemblés des textes de philosophes, artistes et
historiens, invités à collaborer par le Centre de recherche sur l’art
(CRÉART). Les auteurs y abordent le caractère ambigu et paradoxal du
concept de transparence, qui désigne l’accès tout en se situant
toujours en retrait du visible « superficie d’une profondeur
inépuisable » (Merleau-Ponty), ou au contraire l’obscénité qui
veut réduire les choses à une apparence.
S’interroger sur la « transparence » – défini dans le Petit
Robert comme ce qui « laisse passer la lumière et paraître avec
netteté les objets qui se trouvent derrière » –, c’est explorer
des rapports au monde. Anca Vasiliu rappelle qu’en latin médiéval
transparens est une traduction littérale du grec diaphanes : le
diaphane, indissociable de la lumière, ne se confond pas avec elle mais
il en est la révélation à travers des corps matériels. La transparence
manifeste l’épaisseur du réel dans une dialectique du voyant et du
monde vu.
La plupart des auteurs considèrent, à partir de la tradition
philosophique ou artistique, que la transparence est constitutive du
visible dans un horizon d’invisible. Elle opère une médiation engageant
le sensible et l’intellection. Ainsi, Maurice Brock, dans ses analyses
de l’image de la Renaissance, se réfère à « la monstration
paradoxale qui en suggère plus à l’esprit qu’elle n’en montre aux
yeux ». Michel Makarius, en étudiant Chardin et Morandi, au fait
que transparence et opacité sont « deux moments de la vérité de
l’objet », Claude Frontisi, au rythme alterné du voilement et du
dévoilement destiné à cacher ou exhiber un corps pour mieux le révéler.
Le sculpteur Emmanuel Saulnier va jusqu’à témoigner de son intention de
« faire qu’un même espace transparaisse jusqu’à faire
disparaître », soulignant ainsi la limite ténue entre le visible
et l’invisible. J.-P. Greff considère que cette esthétique, qui est une
forme de cristallisation du voir, ne révèle pas de l’immatérialité mais
d’une « façon de porter ou retenir un objet sculptural à la limite
de l’évanescence, au seuil du visible ».
Il semble que la société contemporaine ait oublié, avec l’impératif
social et architectural de transparence, que voir ne concerne pas
seulement les yeux, que l’image et l’écran ne suffisent pas à faire
apparaître. Thierry Paquot et Marc Perelman dénoncent avec force le
caractère abusivement hégémonique et réducteur de la transparence dans
l’architecture contemporaine. Colin Rowe et Robert Slutzky avaient déjà
noté que, si la transparence réelle se double d’une transparence
virtuelle, « l’architecture a plus de mal à matérialiser la
transparence virtuelle », au point que la majorité des critiques
n’acceptent de voir la transparence en architecture que comme la
transparence du matériau. La critique développée par Thierry Paquot,
« trop de visibilité tue la visibilité », se fait au nom d’un
« invariant transcivilisationnel », à savoir l’opposition
entre l’ombre et la lumière, ou plutôt leur complémentarité dans
l’habiter. Avec la modernité et en raison d’arguments économiques,
techniques, esthétiques, le matériau verre s’est imposé, ainsi qu’une
volonté de dématérialisation de l’architecture. Et avec les adeptes du
« tout transparent » ont proliféré les surfaces vitrées et
miroitantes. Ce formalisme arrogant ne ménage pas l’habitant, qui
éprouve dans ces bâtiments des sentiments d’enfermement et de mal-être.
« La transparence, écrit-il, est un effet de miroir qu’il est
difficile d’admettre tant le vertige qu’il provoque exige un repos,
c’est-à-dire un abri, une ombre, bref de l’opacité pour reprendre son
souffle, pour retrouver ses esprits, pour à nouveau ouvrir les
yeux. » Marc Perelman, quant à lui, dénonce de même une
« transparence devenue un des paradigmes majeurs » de la
société moderne depuis la fin du XIX e siècle. Surexposition, pulsion
scopique exacerbée, projétation vers l’extériorité rendent obscène une
transparence qui est « négation du dedans ». La mutation
entraînée par l’emploi immodéré du verre dans la construction d’une
société transparente ne relève en rien d’une utopie de la libération,
malgré les discours qui cherchent à accréditer cette théorie. Ce n’est
que l’une des formes de la transparence emblématique du capitalisme
mondial, de la « société du spectacle » (Guy Debord). Si
certains textes très érudits exigent un effort de la part du lecteur,
l’ensemble de l’ouvrage, en confrontant des recherches qui croisent
différents domaines et époques, impulse une dynamique de pensée :
la transparence en tension entre l’énigme d’un sens ouvert qui apparaît
et la critique radicale de la « maigre positivité » du
« tout visible ».
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