Parmi les livres dont la vocation est d’exposer le mouvement de pensée d’Emmanuel Lévinas, Visage continu fait date. Paradoxalement, cependant, les thèses de ce livre sont généralement ignorées. L’œuvre
de Lévinas, complexe, mérite d’être explicitée. Il faut en examiner les
plis, les écarts, afin de mettre en pleine lumière ce qui s’y donne
dans un clair-obscur susceptible d’alimenter les équivoques. Visage continu
propose un tel éclairage : Benny Lévy y procède à l’élucidation de
l’arrière-fond d’intuitions pré-philosophiques qui, de l’aveu de
Lévinas lui-même, est nécessaire au déploiement de sa philosophie. Que
la philosophie implique autre chose qu’elle-même, voilà ce qui est,
semble-t-il, difficile à admettre. C’est pourtant là que réside toute
la tension de la pensée lévinassienne. Ressaisir cette tension en son
cœur : tel est le principe de la lecture exigeante de Benny Lévy, à
laquelle il importe de revenir. La lecture de Visage continu
n’est certes pas aisée, tant la manière de Benny Lévy est nouvelle,
inhabituelle. Mais le dérangement des habitudes n’est-il pas l’exigence
première de la pensée, ce sans quoi jamais elle ne naîtrait ? Il faut donc s’efforcer de lire.
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