Accueil
Littérature française
  Collection jaune
L’Image
Chaoïd
Fondation empreinte

Littérature étrangère
  allemande
anglaise
espagnole
italienne
russe Slovo
russe Poustiaki
grecque
japonaise

Verdier poche

Philosophie

Hébreu

Islam

Sciences humaines

Art et architecture

Tauromachie

Cuisine

Revues


vidéos

nouveautés

agenda


Lettre d'information

Informations générales

Sites conseillés

banquet du livre



 
  Voyage d’hiver
(Viaggio d’inverno)

  Attilio Bertolucci

  poèmes
Traduit par Muriel Gallot
Préface de Bernard Simeone
(édition bilingue)

  240 pages
17,50 €
ISBN : 2-86432-271-4

Résumé

     Second des grands livres d’Attilio Bertolucci, ce recueil regroupe des poèmes écrits entre le milieu des années cinquante et 1970. Une période d’intense bouleversement dans la vie de l’auteur et celle de l’Italie.
     Durant ces années la métropole romaine impose au poète, natif de Parme, la sensualité inquiète, la « vitalité désespérée » que son ami Pasolini exprimera jusqu’au spasme. Entre Rome et l’Émilie de son enfance, Bertolucci obéit quant à lui aux intermittences de la mémoire et du cœur.
     La plupart de ces poèmes furent écrits dans les plis et replis de La Chambre, le roman familial en vers où se sont nouées, comme chez Pouchkine, narration et poésie. Voyage d’hiver, plus lacunaire en apparence, est aussi plus proche d’un recueil au sens classique du terme. À travers les images et les rythmes, on entrevoit cependant un portrait, on entend un récit. Quel en est le personnage principal, le poète ou « le temps qui se consume » ? « Survivance notre terre ? Mais ils durent longtemps/ces crépuscules, comme l’été où jamais, jamais//ne vient l’heure de la lampe allumée ».
     Tenant l’histoire collective à distance afin d’explorer un microcosme familial et personnel aussi complexe que le monde, le poète se fait l’exécuteur testamentaire de sa propre origine.



Extrait du texte

     À Pasolini (en réponse)

     Survivance, notre terre ? Mais ils durent longtemps
     ces crépuscules, comme l’été où jamais, jamais

     n’arrive l’heure de la lampe allumée, de ces
     phalènes déraisonnables qui s’y heurtent,

     attirées et repoussées par la clarté qui est vie
     (et pourtant vie aussi était le jour qui meurt).

     Qu’il nous soit seulement donné, dans le temps incertain
     du trépas, de nous rappeler, nous rappeler pour nous

     et pour tous, la patience des années
     que blessèrent les éclairs d’amour – puis s’éteignirent.



Extraits de presse

     La Quinzaine littéraire, 1er mars 1998,
     par Mario Fusco,
     Bertolucci, la roue des heures

     On n’a pas oublié la belle traduction de La Chambre, d’Attilio Bertolucci, parue en 1984 dans la même collection. C’est de nouveau Muriel Gallot qui, après cet insolite et admirable « roman familial en vers », a traduit le Voyage d’hiver. Publié en Italie en 1971, il fut écrit comme en contrepoint, ou, comme Bertolucci l’a dit lui-même, dans les plis de La Chambre, qui ne sortit qu’une dizaine d’années plus tard, au terme d’une très longue élaboration.
     Ainsi retrouve-t-on l’univers familier de ce poète, né près de Parme en 1911, et qui appartient donc à la même génération que Sereni, Caproni ou Luzi. Mentionner son origine émilienne n’est pas une simple information factuelle, car la ville de Parme, sa région entre plaine et montagnes, sa lumière sont omniprésentes dans ces poèmes, relativement brefs par rapport aux amples développements de La Chambre.
     Bertolucci trouve son inspiration dans l’évocation d’un microcosme familier, voire familial, avec un goût de la narration qui s’appuie sur les choses les plus modestes et les réalités les plus simples, comme les plantes et les arbres (tels ces acacias omniprésents, à l’image d’une sorte de totem), et plus encore sur le passage des jours et sur ce que, dans La Chambre, il appelait la roue des heures. Il y a chez lui une prédilection évidente pour l’approche du soir, sans qu’on puisse pour autant trouver de parenté avec les poètes de l’école crépusculaire, comme Gozzano ou Corazzini : c’est qu’il ne s’agit pas d’une nostalgie strictement individuelle, mais plutôt du sens d’un déclin qui est à la fois celui d’un sujet, et celui d’un monde rural qu’il sent condamné parce qu’il s’estompe peu à peu devant les transformations irréversibles de la société : malgré leurs différences de ton, considérables, on n’est pas loin de certaines intuitions de Pasolini. Parfois aussi le ton se fait plus pressant, plus direct, comme un élancement soudain qui trahit une plus profonde et plus secrète souffrance.
     C’est ce qu’exprime à travers ces beaux vers, superbement maîtrisés jusque dans leurs déséquilibres passagers, un jeune poète presque nonagénaire, sur un ton qui n’appartient qu’à lui et que sa traductrice a eu le grand mérite de rendre parfaitement transparent.

 

     Le Monde, 9 janvier 1998,
     par Jean-Louis Perrier
     Les reflets lumineux de Bertolucci

     Le matin, au printemps, le soleil est « puissant et libre ». À midi, en été, règne l’« heure impie ». Seuls, les reflets hivernaux apportent leur substance à la poésie d’Attilio Bertolucci (86 ans). Le crépuscule n’est pas une fin, celle du jour, mais une manifestation de sa souveraineté, jamais plus assurée que dans la brièveté de janvier. Il est un moment étale, où la nature et les hommes « emmagasinent » la lumière. Chez ce poète des saisons et des jours, la rusticité est recours. Même Rome (« un champ moissonné ») s’y soumet. Cet élégiaque pratique la mélancolie, non pour s’y abandonner, mais comme résistance à l’anéantissement. La lumière vespérale est « bénéfique », comme l’amour : « Une richesse qui offense, un privilège indéfendable. »
     Les poèmes rassemblés ici, écrits entre 1950 et les années soixante-dix, sont chargés de fleurs et de fruits par dizaines. Les pages les plus émouvantes reflètent une floraison toute particulière : celle des fils du poète, Giuseppe et Bernardo, qui deviendront les cinéastes que l’on connaît. Au premier, son « pèlerin » qui le sauve « de l’ignominie de vivre », Attilio Bertolucci avoue toute la violence de l’amour paternel.
     Pour le second, à qui il vient d’offrir sa première caméra, il commande : « Laissez l’art prendre/de ces revanches soudaines mais justes/sur la vie. » Un affrontement dont chacun de ses textes offre la trace vive.

 

     Lire, novembre 1997,
     par Claude Michel Cluny

     Voyage d’hiver réunit l’œuvre médiane d’Attilio Bertolucci, les pièces écrites entre 1955 et la fin des années soixante. Médiane moins par sa place entre les deux autres grands livres, dont le dernier seul est traduit (La Chambre, chez le même éditeur), que par le fait qu’on y retrouve, comme en gerbe, les thèmes essentiels au poète de Parme, « ville aimée, peuplée de vivants/et de morts qui s’attardent » – ville « du sang et de la mémoire enfantine/dont se nourrit et se colore le moindre fruit ».
     Né en 1911, Bertolucci appartient à la « troisième génération » des modernes, selon le mode de répartition de la critique italienne. Il ne sera pas retenu par « l’hermétisme ». Surtout, il confiera à une poésie de nature discursive, et sans jamais revenir sur son choix, la traduction d’une inquiétude émerveillée. Nous pouvons voir dans l’instantané des deux jeunes pêcheurs les fils du poète ; mais aussi la réfraction dans son regard d’une mémoire future. Le courant des années se pare de tout ce qui est éphémère.
     Il écrit, parallèlement, La Chambre, « roman familial en vers » dont quelques fragments « exclus » figurent ici. La cohérence est indéniable. L’approche – et toute communion – est sensorielle, et nous rappelle La Stratégie de l’araignée de son fils cinéaste Bernardo ; chaque mot, chaque vers capte l’éveil d’une plante, la tiédeur d’une pluie d’été, le mystère de la vie qui nous ôte les réponses à mesure que les interrogations renaissent.

 

     Les pêcheurs

     Avez-vous vu deux frères, l’un
     de quinze ans, l’autre de dix, le long
     du fleuve, occupé le premier à pêcher,
     le second à l’aider avec patience

     et joie ? Le soleil de l’après-midi colore
     leurs visages aussi semblables et différents
     que sur une plante deux feuilles entre
     elles, ou deux violettes sur la terre.

     Oh ! si elle durait éternellement cette
     matinée qui les révèle et les masque
     alors que vagabonde le courant tranquille
     et qui aujourd’hui les unit quand un silence

     s’éternise entre eux et les oppresse au point
     qu’ils se cherchent d’une même voix et se trouvent,
     membres intacts, cœurs intacts, branches
     que la plante retient étroitement.