12 décembre 1969. Au plus fort des luttes ouvrières de l’« automne chaud », quatre attentats frappent à Rome l’Autel de la Patrie et la Banque Nationale du Travail, et à Milan la Banque Commerciale et la Banque de l’Agriculture. Ce dernier attentat fait seize morts. La police, les autorités gouvernementales et la grande presse proclament aussitôt que les anarchistes sont responsables.
15 décembre 1969. Le cheminot anarchiste Pino Pinelli meurt en tombant du bureau du commissaire Luigi Calabresi, au quatrième étage de la préfecture de police de Milan, où il était illégalement détenu depuis plus de trois jours. La préfecture de police soutient qu’il s’est jeté par la fenêtre à cause des preuves accablantes de culpabilité contre lui et l’anarchiste Pietro Valpreda. Cette version montre aussitôt sa fausseté. Cet épisode suscite une énorme émotion. Lotta Continua, dans son journal, se déclare persuadé que Pinelli a été assassiné et que, dans le massacre du 12 décembre, sont impliqués des services de l’État.
1970. Classée en mai, l’enquête sur Pinelli est de fait rouverte quand le commissaire Calabresi porte plainte contre le journal Lotta Continua, qui l’accuse depuis des mois, par des articles et des dessins humoristiques. Le procès s’ouvre en octobre 1970, mais s’interrompt au mois d’avril suivant, quand la Cour décide l’exhumation du cadavre de Pinelli pour de nouvelles expertises. L’avocat de Calabresi récuse le président, responsable, selon ses dires, d’avoir exprimé confidentiellement une position défavorable au commissaire.
Automne 1971. Par suite d’une plainte portée cette fois-ci par la veuve de Pinelli, Licia, Calabresi et d’autres fonctionnaires et agents de la préfecture de police de Milan sont inculpés d’homicide. L’affaire est classée en octobre 1975 par le juge D’Ambrosio, qui exclut à la fois homicide et suicide et suggère la thèse d’un « malaise actif ».
5 mai 1972. À Pise, à la veille des élections politiques anticipées, des heurts violents se déroulent entre les forces de police et des jeunes qui, à l’appel de Lotta Continua, tentent d’interdire la tenue d’un meeting du parti néo-fasciste MSI. Au cours de ces heurts, un jeune anarchiste, Franco Serantini est sévèrement matraqué ; il meurt de ses blessures deux jours plus tard en prison, faute de soins.
17 mai 1972. Calabresi est assassiné en sortant de chez lui, rue Cherubini à Milan, de deux coups de pistolet tirés à bout portant. Les premières enquêtes sont menées en direction de personnes liées à Lotta Continua. On désigne tout d’abord comme suspects un ancien ouvrier d’Alfa Romeo émigré en Allemagne, deux militants irlandais, un homme et une femme, invités en Italie par Lotta Continua, une jeune Milanaise, et d’autres encore.
31 mai 1972. À Peteano, près de Gorizia, trois carabiniers attirés dans un guet-apens sont tués par l’explosion d’une bombe. De hauts officiers des carabiniers, qui seront par la suite formellement inculpés pour avoir lancé de fausses pistes (certains seront d’ailleurs condamnés), accréditent, en l’attribuant au « repenti » Marco Pisetta, la thèse d’un dessein unique de Lotta Continua à l’origine de l’assassinat de Calabresi et de la tuerie de Peteano.
17 mai 1973. Au cours de la cérémonie d’inauguration d’un buste du commissaire Calabresi à la préfecture de Milan, en présence du ministre de l’Intérieur Rumor, Gianfranco Bertoli, qui se déclare anarchiste individualiste, lance une grenade qui provoque une tuerie parmi des personnes sans défense qui se trouvaient là. À la fin de 1990, on reparle de Bertoli, qui est en prison depuis dix-huit ans après une condamnation à perpétuité, comme un des membres de l’organisation Gladio. Les services secrets soutiennent qu’il s’agit d’une homonymie, tandis que le magistrat chargé de l’enquête découvre que le dossier sur son cas est incomplet. Un dossier au nom de Bertoli avait été ouvert par Calabresi avant sa mort. Le lendemain du meurtre de Calabresi, les informations sur Bertoli et une photo de lui avaient été envoyées par la préfecture de police de Venise à celle de Milan pour être montrées aux témoins oculaires de l’attentat, qui déclarèrent ne pas l’avoir vu.
1974. Deux hommes d’extrême-droite, le Milanais Gianni Nardi et le Romain Bruno Stefano, sont inculpés du meurtre de Calabresi, avec une de leurs amies, l’Allemande Gudrun Kiess. Nardi est accusé d’avoir tiré, Gudrun Kiess d’avoir conduit la Fiat 125 bleue utilisée lors de l’attentat. Après quelques mois, les deux hommes sont disculpés car ils fournissent un alibi ; Gudrun Kiess reste encore quelque temps en prison bien que ses deux coïnculpés soient disculpés et qu’elle-même n’ait pas le permis de conduire.
Novembre 1976. Auto-dissolution de Lotta Continua. Le journal quotidien continuera d’exister pendant quelques années.
1980. Sur la base de rumeurs provenant d’ex-militants de la « lutte armée », un militant milanais de Lotta Continua, Marco Fossati, est mis en examen pour le meurtre de Calabresi. Fossati l’apprend par le titre et la photographie d’un magazine : le juge d’instruction, Lombardi, ne lui a rien notifié.
28 juillet 1988. Adriano Sofri, Giorgio Pietrostefani et Ovidio Bompressi sont arrêtés chez eux à l’aube et transférés à Milan dans des casernes de carabiniers. Les deux premiers sont accusés d’être les donneurs d’ordre, le troisième d’être l’exécuteur du meurtre de Calabresi pour le compte de Lotta Continua. L’imputation repose sur les déclarations de Leonardo Marino qui, pour sa part, s’accuse d’avoir conduit la voiture ayant servi au crime. Trois mois plus tard, les trois hommes sont remis en liberté.
Août 1989. Le juge Lombardi clôt l’instruction, en décidant le renvoi en jugement pour le meurtre du commissaire Calabresi des quatre accusés qui, à l’exception de Sofri, sont également inculpés pour une série de vols à main armée commis, selon Marino, entre 1971 et 1973. Marino et d’autres personnes qu’il a dénoncées sont également inculpés pour d’autres vols à main armée commis jusqu’en 1987.
Janvier 1990. Le procès s’ouvre à Milan, à la troisième section de la cour d’assises. La cour arrête préliminairement la non-prise en compte des vols « post-politiques » et l’inclusion des autres. Le 2 mai 1990, après cinq jours de délibérations, la cour condamne Sofri, Pietrostefani et Bompressi à vingt-deux ans et Marino à onze ans de prison pour le meurtre de Calabresi. Il y a des acquittements pour certains délits mineurs, et prescription dans tous les autres cas. Sofri confirme sa décision de ne pas faire appel. Le parquet de Milan décide de suspendre l’exécution du verdict à son égard, à cause du lien entre sa position et celles de ses coïnculpés qui eux font appel.
Janvier 1991. Huit mois et demi après le verdict, les motivations sont déposées.
12 juillet 1991. Le verdict est confirmé en appel. Le cas de Sofri, qui a refusé de faire appel, est adjoint à celui de ses amis.
23 octobre 1991. Les sections réunies de la Cour de cassation annulent le premier procès.
21 décembre 1992. Verdict d’acquittement. Les motivations du verdict, rédigées par un des assesseurs favorables à la thèse de la culpabilité des accusés amènent la Cour de cassation à annuler également ce procès, le 21 décembre 1993.
27 octobre 1994. Nouveau verdict concluant à la culpabilité des inculpés. Bompressi, Pietrostefani et Sofri sont condamnés à 22 ans de prison. Leonardo Marino, dont les dénonciations constituent le seul élément à charge, bénéficie pour sa part de la prescription des faits qui lui sont reprochés. La Cour de cassation confirme ce dernier verdict le 23 janvier 1997.
24 janvier 1997. Bompressi et Sofri se présentent à la prison de Pise où ils sont incarcérés. Giorgio Pietrostefani, qui résidait en France, d’où il ne risquait pas d’être extradé car la loi française aurait considéré qu’il y avait prescription des faits qui lui sont reprochés, décide de rejoindre ses camarades pour mener à leurs côtés le combat pour la reconnaissance de leur innocence. Il quitte la France le 29 janvier pour être à son tour emprisonné à Pise.
15 décembre 1997. Présentation de l’instance de révision du procès.
18 mars 1998. La cour d’appel de Milan repousse la demande de révision.
20 avril 1998. Ovidio Bompressi sort de la prison pour raisons de santé ; il est soumis aux arrêts à domicile.
6 octobre 1998. La Cour de cassation annule le verdict de la cour d’appel de Milan.
1er mars 1999. La cour d’appel de Brescia repousse à son tour la demande de révision.
27 mai 1999. La Cour de cassation casse le verdict de Brescia.
24 août 1999. La cour d’appel de Venise accepte la demande de révision du procès. Sofri et Pietrostefani sortent de prison après deux ans et sept mois de détention.
20 octobre 1999. Le nouveau procès s’ouvre à Venise.
24 janvier 2000. La cour d’appel de Venise rend son verdict et confirme les condamnations antérieures d’Adriano Sofri, Ovidio Bompressi et Giorgio Pietrostefani à vingt-deux ans de prison. Adriano Sofri rejoint la prison de Pise, où il a déjà passé trente et un mois, pour continuer de se battre et faire reconnaître son innocence ; Ovidio Bompressi le rejoint quelques jours plus tard tandis que Giorgio Pietrostefani décide de ne pas retourner en prison. |